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La foule se presse rue Durante, ce 9 octobre 2009, à l’appel du Maire de Nice, du Président du Conseil Général des Alpes Maritimes, de Serge Klarsfeld le Président fondateur de l’Association des filles et fils de déportés, appel relayé par l’ensemble des Associations juives de Nice et par tous les républicains juifs qui ne se reconnaissent pas dans leurs rangs.

Relayées aussi par les partis de gauche et les antiracistes ? De cela, je n’en suis pas certain - sauf concernant Gauche Autrement - car aucun de leurs élus n’était présent. Seul, sauvant l’honneur de cette gauche que j’ai tant aimée, Patrick Mottard. L’autre Patrick, Patrick Allemand qui pourtant aime tant figurer sur les photos avait loupé l’occasion. Les élus communistes, verts, socialistes brillaient par leur absence. Le M.R.A.P., organisation qui se vante tellement d’être née de la Résistance et en particulier de la résistance juive, avait bouffé le rendez-vous. Le Musée de la Résistance et Amnesty International ne sortent pas grandis, non plus, de leur absence. L’Hebdo le Patriote qui se dit « le dernier journal d’information libre » du département n’a envoyé aucun journaliste, ni même aucun stagiaire.

Pourquoi cette unanimité dans l’absence ? Certainement est-ce en relation avec le conflit israélo-palestinien. La réprobation des évènements de Gaza. je la partage si l’on condamne aussi les crimes de guerre du Hamas. Mais la gauche française est devenue, palestinienne, ce que je ne suis pas, bien que pro-palestinien autant que pro-israélien, et là je parle des peuples et non des gouvernements. Où plutôt, elle est devenue pro-islamiste, de l’Islam politique autant que religieux. Pauvre gauche ! Ta carence témoigne de ce que tu n’es plus toi-même,  plus capable de faire la part des choses et juger sainement, plus capable d’honorer la Mémoire des victimes du nazisme, ce qui selon toi contreviendrait à ton soutien de la lutte palestinienne. Pauvre gauche, tu confonds tout et tu t'emberlificote les sabots dans le négationnisme.

C’est donc sans toi, l'impuissante, qu’en présence de Monsieur le Préfet des Alpes-Maritimes, fut dévoilée une plaque, face à l’hôtel Excelsior. Cette plaque rappellera désormais à tous les passants que cet hôtel servit, entre septembre et décembre 1943, de prison provisoire (où l’on tortura et assassina), à 2.142 Juifs sur les 3.612, dont plus de 400 enfants, qui furent déportés des Alpes – Maritimes, pour être exterminés dans des camps. Sur les 76000 dont 11000 enfants pour l’ensemble de la France. Chiffres éloquents car ils démontrent que les 2/3 des Juifs vivant en France, qu’ils fussent Français ou Etrangers, furent sauvé par les Français, quand plus de 90% de Juifs de Pologne, de Grèce ou de Hongrie disparurent. La France n’est pas, nous ne le dirons jamais assez, un pays raciste.

Hebdomadairement, la soldatesque  barbare contraignait ses victimes, raflées dans la semaine, à faire la courte marche jusqu’à la gare de Nice où, sous les coups et la menace des chiens, ils montaient dans le train qui les conduisait à Drancy, principal camp de transit. Ce camp, ils ne le quitteraient que pour monter dans des wagons à bestiaux où, serrés à ne plus pouvoir respirer, sans boire ni manger, entassant sur le côté les corps de ceux qui, n’y résistant pas, faisaient en mourant une dernière obole aux vivants : élargir leur espace vital. Ils mettraient des jours et des jours, attendant souvent en plein cagnard sur une voie de garage,  pour atteindre Auschwitz ou Kaunas d’où ils ne reviendraient plus.

Á Auschwitz, la plupart étaient sélectionnés dès leur arrivée pour être gazés. Bien peu entaient dans le camp où, vêtus uniquement de légers haillons, en hiver comme été, ils étaient, de toute façon, condamnés à mourir par le travail sous les coups, par la faim, le froid, la maladie, par balle, par pendaison et aussi par le gaz. Leur destination finale, ils le savaient très vite, c’était les fours crématoires qui projetaient dans le ciel une fumée rougeoyante et tellement nauséabonde que les oiseaux eux-mêmes ne survolaient plus cet espace. Leurs os, même leurs os, étaient écrasés, pilonnés de telle sorte qu’il n’en resta rien.

Dominique, ton aïeule est passée par là. Est-ce à elle que pensait Patrick, raide et pâle, face de marbre comme peu de gens l’auront jamais vu, pendant les discours d’Estrosi, du Préfet, de Cioti ? J’ai eu une pensée pour elle, condamnée uniquement parce que les hasards de la naissance - la naissance est toujours un hasard, ce qui rend absolument folle l’idée de racisme -, l’avaient faite Juive, et en écrivant ces lignes, les larmes me viennent. Est-ce à elle seulement, que pensait Patrick ou pensait-il aussi à son père René et à son grand-père, Edgar Ponthus Maire Cruzille, auquel il a consacré un si bel hommage dans son blog, et qui furent, eux aussi déportés ? Parmi les gens qui, avec elle, sont passés par là, il y avait Simone Veil, sa sœur, son père et sa mère… Qui dira un jour ce que l’humanité a perdu avec les 5O millions de morts, parmi lesquels 6 millions de Juifs, pendant la seconde guerre mondiale ?

Ceux qui partirent vers Kaunas avaient été choisis et regroupés à Drancy dans un dessein précis. Ils étaient parmi les plus forts, des sportifs, des costauds. Ils avaient été réservés pour effectuer, avant d’être exterminés à leur tour, cela va sans dire, les travaux les plus pénibles sur le territoire redevenu, aujourd’hui, la Lituanie. Une erreur des fascistes locaux - cela mit en rage les nazis allemands qui avaient, eux, la programmation chevillée au corps -, leur épargna cette corvée. Ils furent fusillés à leur arrivée dans les fossés de la forteresse de Kaunas. Parmi eux, le père de Serge Klarsfeld.

Le père de Patrick et le père de son père ne sont pas partis de Nice, mais de Compiègne. Ils n’ont pas connu l’hôtel Excelsior, ils n’étaient ni Juifs ni Niçois. Ils étaient Bourguignons et Résistants ! René Mottard était encore un jeune étudiant quand il s’opposa, à Châlon, par le verbe et par le poing, aux colleurs d’affiches pétainistes et aux recruteurs de la LVF (la Légion des Volontaires Français du transporteur niçois Darnand, qui combattit au côté des Allemands contre les Russes à Stalingrad). C’était suffisant, il fut déporté. C’est à Hitler et à ses commensaux de Vichy que nous devons de connaître Patrick. En effet, René revint tellement malade de sa déportation qu’il ne se déplaçait plus qu’en fauteuil. La famille quitta sa chère Bourgogne et s’installa à Nice. Vous connaissez Edith et, comme moi, vous l’aimez. Mais savez-vous quel fut son courage, elle qui, mince comme un haricot vert, devait porter chaque jour sur son dos son René pour atteindre son logement du 3e étage ? Avec son grand-père, son père et sa mère, notre Patrick a de qui tenir, et Dominique aussi.

 

Et puis, face à l’hôtel Excelsior, je songeais aussi à toute ma famille, une famille parait-il nombreuse que je n’ai jamais connue et ne connaitrai jamais. Ceux qui habitaient Varsovie disparurent à Treblinka, ceux de Cracovie, à Auschwitz, ceux de Bialystok ou de Ragun, je ne sais où. Je les unis par la pensée à ceux de Nice, de France, du monde, et je les unis aussi à tous les Justes qui sauvèrent des enfants, à tous les Résistants du monde.