A Lulu et aux autres amis de Gauche Autrement,

Jamais, l'abstention ne fut « La Bonne Solution », j’en conviens, mais y a-t-il, parfois, une alternative? Mon commentaire, à propos des abstentionnistes, sur le blog de Patrick Mottard, ayant suscité quelques réactions de votre part, je veux m'en expliquer davantage. Vous avez développé l’argument selon lequel il fallait impérativement voter à gauche, contre la droite et plus particulièrement contre l’extrême droite, si virulente sur notre région. En clair, il fallait suivre les mots d’ordre du PS au premier tour, de la gauche unie au second. Sur le principe, je suis d’accord, mais cela ne me suffit pas. Il y a les idées, mais il y a parfois, pour les soutenir, des candidats dont les comportements très peu démocratiques laissent prévoir une dérive dangereuse pour la République. Je m’accorde le droit de montrer que je ne suis pas dupe.

Je plains ceux qui, avant la seconde guerre mondiale, ont élu ou réélu le communiste Doriot qui se présentait contre un candidat de droite, et l’on sait jusqu’où la droite à mené la France dans ces années-là. Mais voilà que Doriot, trahissant son parti et le pays, créa le PPF de sinistre mémoire, entraînant à sa suite les Barbé, Giton et autres Marion, également élus communistes, dans les rangs de Pétain. L’Histoire a jugé et a condamné les renégats, mais leurs électeurs ont traîné le reste de leur vie – souvent écourtée pour fait de Résistance – des regrets mêlés de culpabilité et de rage... contre eux-mêmes.

L’élection de Jacques Chirac en 2002. Sans nos voix il eut quand même été élu. Cette « opération » me laisse, elle aussi, rempli d’amertume. Il a surfé sur 82% des suffrages pour mener sa politique impopulaire qui préparait l'avènement de Nicolas Sarkozy. Nous n'avions pas voté pour Chirac, mais contre Le Pen et nous avons vu que « voter Contre » n'est pas plus productif que s’abstenir, sauf pour l’élu qui peut alors nous prendre pour ce que nous sommes : des billes ! Nous avons suivi les mots d'ordre du PS. Les uns et les autres, nous cessons de penser par nous-mêmes, dès lors que nous sommes encartés. Devions-nous bêler dans le troupeau ?

Ah ! la constitution européenne. Là, nous avons clairement vu ce que notre Démocratie fait du vote populaire : elle s’assoit dessus. Avez-vous vu des manifestations populaires, organisées par nos élus, pour protester contre ce déni de démocratie ? Non puisque le PS avait appelé à voter Oui et que la France avait dit Non. Il arrive que les politiques aient raison contre le peuple, l’exemple en est Mitterrand et la peine de mort. Mais y eut-il un seul meeting socialiste pour dire aux gens : « Nous avons entendu votre message mais vous avez tort ? » Non, pour préserver quelques sièges, l’électeur a été traité par le mépris. Le message des politiques est clair : Naissez, servez, mourrez, nous ferons le reste ! Pourquoi voulez-vous, dès lors, que les électeurs se déplacent.

Les abstentionnistes sont-ils les principaux responsables du mode démissionnaire qu’ils ont adopté ? Et si, tout simplement, ils ne se reconnaissaient plus dans les candidats, tous partis confondus? Ils sont tellement formatés par nos média, qu’ils ne distinguent plus ceux qui, parmi les candidats, leurs sont dévoués de ceux qui ne sont complaisants qu’à eux-mêmes ? Tous sont médecins, avocats ou magistrats, fonctionnaires et notamment enseignants.  Si par malheur l’un d’eux venait un jour à n'être plus élu ou réélu, le médecin et l'avocat retrouveraient leur cabinet, le magistrat et le fonctionnaire réintégreraient leur poste - au pire dans un autre lieu, avec une promotion compensatrice. L’ouvrier ou le cadre de l’industrie, qui produisent les richesses que les autres redistribuent, s’ils sont candidats, sont immédiatement licenciés. Au lieu de créer ce fameux statut de l’élu qui les aurait défendus, la gauche au pouvoir a préféré continuer à ne pas les adouber. Bref, nos élus sont des gens savants, l'élite. Quoi de plus normal, dès lors, que la bonne parole vienne d'en haut, jamais d'en bas. Et de quel côté ranger les cumulards de mandat, tous partis confondus ? Ne nous y trompons pas, le législateur l’a voulu ainsi dès le départ de cette grande aventure nommée le suffrage universel. 1791: suffrage censitaire et indirect, réservé aux hommes payant un impôt direct correspondant à 3 journées de travail (un cens), lesquels élisent des électeurs plus riches qui voteront pour élire les Députés à l'Assemblée nationale législative. 1799: Droit de vote donné à tous les hommes de plus de 21 ans demeurant depuis un an et + sur le territoire. Ils choisiront un homme sur 10 qui figurera sur les listes communales dites listes de confiance. Ce dixième élira à son tour un membre sur 10 de sa liste communale pour former la liste départementale. De cette liste sera tiré un homme sur dix pour la liste nationale sur laquelle le Sénat choisira ses membres. 1815: Le suffrage censitaire est rétabli, mais la barre du revenu imposable pour voter - pis encore pour être élu -, est relevée. 1848: Le suffrage universel est adopté (décret du 5 mars) et ne sera plus remis en cause. Il faut être homme, avoir plus de 21 ans pour voter et 25 pour être élu. Le vote devient secret. 1944, le 21 avril, le droit de vote est enfin accordé aux femmes qui éliront pour la première fois leurs conseillers municipaux en avril/mai 1945. C'est une victoire que les femmes ont remporté par leur participation à la Résistance. Ajoutons aussi que la misogynie est un mal bien partagé. 1974: Par la loi du 5 juillet, l'âge du droit de vote est abaissé à 18 ans. Le droit de vote était une telle avancée sociale en 1789 qu'il ne serait certainement venu à l'idée de personne, que quelques 200 ans après l'adoption du principe de la Nation souveraine, quiconque pouvant voter s'en abstienne. Je suis outré de la perspicacité prospective… et progressive du législateur qui a inventé - n'est-il pas temps de changer cela et faudra-t-il attendre autant de temps que pour l’accession au droit de vote des femmes ? -, ce système qui promeut la confusion mentale plutôt que la clarté, en mêlant dans une case cochée « poubelle » les bulletins exprimés blancs et les absents. Je refuse, quant à moi, de confondre l’électeur qui, ayant fait son devoir de citoyen, s’exprime blanc (pour quelque raison que ce soit) et le non-électeur inscrit au parti des j’menfoutistes. Cela est une insulte de plus faite à la République et aux républicains. Je persiste et je signe : Les scrutateurs ont trouvé mon bulletin dans l’urne : Je dis non ! Ce vote n’est pas nul, il est politique. Les électeurs qui se déplacent pour dire non ne sont pas à confondre avec les abstentionnistes. Ce sont, eux, des Républicains qui assument leur devoir de citoyen en exerçant leur droit de vote, mais qui ne se reconnaissent pas dans certains candidats, même quand ils soutiennent les idées de leurs partis et donc de leurs listes. Ils ont un droit, qui leur sera reconnu un jour en toute démocratie, celui d’être comptés, de ne pas voir leurs votes mélangés avec les non-voix de celles et ceux qui ne se sont pas déplacés. Accorder ce droit donnerait sans doute le frisson à bien des élus, c’est sans doute pourquoi, en bons démocrates, ils s’y opposent.

A Nice, seul Patrick Mottard a su, au nom du principe élémentaire de non cumul des mandats, refuser d’être candidat à la députation alors qu’il était Conseiller général et municipal, ainsi que professeur en exercice. Dont acte ! En remerciement, le PS l’a exclu de ses rangs… avec 48 autres socialistes dont nous sommes. Je considère ce geste comme une reconnaissance involontaire du vice à la vertu. Quant à Dominique, elle est Conseillère générale… et prof. Certains qui la regardent – beaucoup ne la voient que pour les services qu’elle peut ou pourrait leur rendre - discernent les effets de son dévouement sur les traits un peu creusés de son visage. Chapeau bas. Seront-ils encore demain nos élus ? Contre le PS ? Rien de moins sûr. Réélus ou pas, ils resteront nos amis.