Ce 3 mai 2010 fut officiellement lancé, depuis le Parlement européen de Bruxelles, et à l’initiative de personnalités juives européennes un APPEL A LA RAISON, en faveur de la paix au Proche-Orient. Avant même son lancement, cet appel, que je fais mien, aura recueilli des milliers de signatures – parmi les plus prestigieuses du monde des arts, des sciences, de la politique. Vous pourrez consulter la liste des signataires et, si vous le jugez bon, que vous soyez Juif ou non, ajouter vôtre nom sur le site www.jcall.eu.

« Appel à la raison

Citoyens de pays européens, juifs, nous sommes impliqués dans la vie politique et sociale de nos pays respectifs. Quels que soient nos itinéraires personnels, le lien à l’État d’Israël fait partie de notre identité. L’avenir et la sécurité de cet État auquel nous sommes indéfectiblement attachés nous préoccupent.

Or, nous voyons que l’existence d’Israël est à nouveau en danger. Loin de sous-estimer la menace de ses ennemis extérieurs, nous savons que ce danger se trouve aussi dans l’occupation et la poursuite ininterrompue des implantations en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem Est, qui sont une erreur politique et une faute morale. Et qui alimentent, en outre, un processus de délégitimation inacceptable d’Israël en tant qu’État.

C’est pourquoi nous avons décidé de nous mobiliser autour des principes suivants :

  1. L’avenir d’Israël passe nécessairement par      l’établissement d’une paix avec le peuple palestinien selon le principe      « deux Peuples, deux États ». Nous le savons tous, il y a      urgence. Bientôt Israël sera confronté à une alternative      désastreuse : soit devenir un État où les Juifs seraient minoritaires      dans leur propre pays ; soit mettre en place un régime qui déshonorerait      Israël et le transformerait en une arène de guerre civile. 
  2. Il importe donc que l’Union Européenne, comme les      États-Unis, fasse pression sur les deux parties et les aide à parvenir à      un règlement raisonnable et rapide du conflit israélo-palestinien. L’Europe,      par son histoire, a des responsabilités dans cette région du monde.
  3. Si la décision ultime appartient au peuple      souverain d’Israël, la solidarité des Juifs de la Diaspora leur impose      d’œuvrer pour que cette décision soit la bonne. L’alignement systématique      sur la politique du gouvernement israélien est dangereux car il va à      l’encontre des intérêts véritables de l’État d’Israël.
  4. Nous voulons créer un mouvement européen capable      de faire entendre la voix de la raison à tous. Ce mouvement se veut au-dessus      des clivages partisans. Il a pour ambition d’œuvrer à la survie d’Israël      en tant qu’État juif et démocratique, laquelle est conditionnée par la      création d’un État palestinien souverain et viable. 

C’est dans cet esprit que nous appelons tous ceux qui se reconnaissent dans  ces principes à signer et à faire signer cet appel. »

 

Cet appel est avant tout un acte de foi en l’avenir d’Israël. Il rappelle que ce pays, comme tous les pays, a droit à une existence non contestée. Il est une supplique adressée :

- au gouvernement israélien lui-même afin qu’il entame de véritables négociations pour une paix durable au lieu de faire croire que l’acte de colonisation serait une solution d’avenir ;

- au peuple israélien désespéré, afin qu’il retrouve, avec l’espoir de paix, une joie de vivre perdue à mesure que s’envolaient ses illusions ;

- à la gauche israélienne afin qu’elle comprenne la portée de sa victoire idéologique, quand Netanyahou lui-même parle aujourd’hui de deux États pour deux peuples, alors que suggérer un Etat palestinien était considéré comme un gros mot au temps où Shimon Peres était aux affaires ; c’est parce qu’elle a su imposer cette idée forte que la droite l’a dépossédée de ce qui était discriminant, à son avantage, aux yeux du peuple israélien ;

- aux communautés juives de la diaspora afin qu’elles cessent d’avoir une vision idyllique de tout ce qui contient le nom d’Israël et qu’elles affirment, avec tout l’amour qu’elles peuvent avoir pour ce pays, que la paix est le gage de sa survie ;

- à l’Union européenne et aux Etats-Unis afin qu’ils soutiennent les initiatives de paix plutôt que de défendre coûte-que-coûte les politiques contraires, alors que l’existence d’Israël est de nouveau en danger, notamment avec la politique jusqu’au-boutiste d’un Iran bientôt doté de l’arme nucléaire.

 

Les auteurs du texte s’inquiètent de la situation de blocage des négociations sur cette zone hautement stratégique pour la paix dans le monde et soulignent le danger lié à l’occupation et à la poursuite ininterrompue de la colonisation en Cisjordanie et des implantations dans Jérusalem-Est, qui sont qualifiées d’erreur politique et de faute morale. Ils estiment que l’alignement systématique de la Communauté juive sur la politique israélienne est dangereux. Celles et ceux qui croient, en l’occurrence, soutenir Israël, ne soutiennent en fait que la partie la plus réactionnaire de l’extrême droite israélienne.

Tout comme l’équipe américaine de J Street, créée en avril 2008 afin de contrebalancer le monopole que s’était octroyé la très puissante fédération de toutes les organisations juives américaines « AIPAC », ils affirment que cette politique est contraire aux intérêts vitaux d’Israël, tout comme à ceux de l’État palestinien qui verra nécessairement le jour, car l’avenir des deux peuples est inextricablement lié.

Pourtant, avant même son lancement, l’Appel et ses auteurs ont rencontré la désapprobation, délicat euphémisme, d’un certain nombre de personnes appartenant à des Associations et mouvements (juives ou non, de la Droite à l’extrême gauche) qui, à la manière des trois singes, ne voient, n’entendent et ne disent que ce qu’elles veulent et ne font pas montre d’une honnêteté intellectuelle évidente. Il est pour le moins curieux, et pour tout dire inadmissible, qu’un tel appel qui devrait enthousiasmer tous les gens épris de paix ait suscité tant de haine.

 

Nous savions déjà, à « La Paix Maintenant 06», que les débats que nous avons organisés autour de films et de livres en présence de leurs auteurs israéliens :

- Yavin, le N°1 de la télévision israélienne avec son film « Le pays des Colons », en 2007 ;

- Hagit Offran, la responsable de l’Observatoire de la colonisation avec son diaporama, en 2008 ;

- Dror Etkès, l’animateur du Yesh Din, groupement d’avocats défendant les droits des Palestiniens devant la Cour Suprême israélienne, en 2009 ;

- Yavin avec son deuxième film « I Blue » en 2010 ;

- et cette même année 2010 Marius Schattner avec son livre « Israël, l’autre conflit » ;

ont été largement boudées par la Communauté juive et par l’extrême gauche. Mais du moins, cela se faisait-il en silence, ce qui n’est plus le cas avec cet Appel qui suscite des réactions odieuses.

 

En réponse à ces attaques, de nombreux partisans de l’Appel ont répondu, prenant en priorité, et à mon avis maladroitement, pour cible le CRIF – Conseil Représentatif des Institutions Juives, le CRIF étant, selon eux, l’archétype d’organisations trop légitimistes et qui, en France, serait converti au dextrisme israélien, un néologisme repris de l’article de Gilles Paris dans le monde du 22 avril, après avoir fait preuve de plus d’audace et d’esprit d’ouverture dans le passé.

Il est vrai que Monsieur Prasquier, son Président national, soutenu par mon ami Alain Belhassen, Président local, à fait une déclaration avant même l’officialisation de l’Appel. Sa déclaration contient des arguments difficilement contestables, même s’il en tire des conclusions qui ne sont pas les miennes. Mais il l’a faite sans jamais passer la ligne jaune, se souvenant que nous sommes tous, sinon des amis du moins des militants solidaires devant tout acte raciste, tout appel à la haine raciale, d’où qu’il vienne et qu’elle qu’en soit la victime, ce qui n’est pas toujours le cas de ceux de son camp. Je reviendrai sur le CRIF – issu de la Résistance française à l’occupation - et sur les autres déclarations plus hostiles dans mon prochain message.

Lors du voyage d’étude auquel j’ai participé avec « La Paix Maintenant France », en octobre/novembre 2009, entre Israël et Cisjordanie, un haut responsable palestinien nous disait : « Si dans les 5 ans nous n’avons pas d’Etat palestinien, nous y renoncerons. Nous ferons cesser toute violence et les instances gouvernementales palestiniennes seront supprimées. Israël réinvestira alors l’ensemble du territoire et nous, nous revendiquerons un homme une voix dans l’urne. »

 

Ce jour-là, Israël, Etat juif et démocratique ou Etat des Juifs, voire Etat démocratique tout court, aura cessé d’exister.

J’ai signé cet Appel à la raison. Je redis à mes amis qu’ils peuvent en faire autant, sur www.jcall.eu, et qu’ils peuvent nous rejoindre à La Paix Maintenant 06, en appelant au 06 08 04 32 32 ou en laissant un message à lapaixmaintant06@free.fr

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