Le bus de l’amitié

Ce dimanche 27 juin 2010, l’Association Nationale pour l’Amitié Judéo-Musulmane, l’AJMF, association laïque dirigée conjointement par le Rabbin Sarfati et l’Imam Azizi, avec l’appui de la Mosquée de Paris, du Consistoire et du CRIF, arrêtait  son bus sur la place Garibaldi, à Nice. Une tournée européenne pour manifester sa volonté de rapprochement entre les frères humains Juifs et Musulmans, qu’ils soient croyants ou athées. Ce fut une belle fête qui dura toute la journée dans l’esprit laïque le plus pur, en faveur le la Paix, n’en déplaise aux foudres de guerre qui aimeraient tant importer en France, terre d’accueil et de solidarité, le conflit du Proche-Orient.

Disons carrément, puisque l'Amitié est leur contraire, que le racisme et l’antisémitisme étaient, il fut un temps, l’apanage de l’extrême droite qui assumait son crime. Les deux ne sont pas obligatoirement génocidaires, mais ils sont issus de la même haine, matérialisée par les mêmes personnes. Il n’est que de citer Papon, responsable des rafles de Juifs à Bordeaux des 15 au 18 juillet 1942 (condamné à dix ans pour crime contre l’humanité, il a été libéré au bout de quatre, en raison d’une mesure de clémence qu’il n’avait pas eue, lui, envers ses victimes) et organisateur, avec son ami Frey, Ministre de l’intérieur, de la tuerie perpétrée contre les travailleurs Algériens le 17 octobre 1961 (les archives de la police indiquent des noyés par balle !) et de la tuerie de Charonne en 1962. Certes, la Shoah et le crime anti Algérien des trente glorieuses n’ont pas revêtu les mêmes proportions diaboliques, la même volonté d’éradiquer un peuple, ce ne fut pas la même organisation méthodique dans l’exécution en masse.

Mais ce qui retient l’attention, c’est qu’aujourd’hui, soi-disant au nom de la défense du faible, comme si parmi les victimes du racisme il fallait distinguer un faible et un fort - ce qui ressort de la fracture sociale pour laquelle le racisme n'est qu'un prétexte -, c’est la gauche et plus particulièrement la gauche de la gauche, qui vous expliquera qu’il faut comprendre, parce qu’ils sont pauvres et victimes de ségrégation, les réactions racistes de certains voyous des banlieues défavorisées, mais qui ne dira pas un mot des footeux français issus des mêmes quartiers qui jouent ailleurs et touchent leurs « modestes salaires » en Suisse, afin d'éviter de payer des impôts ; qui présentera au suffrage universel une femme voilée ; qui confondra Juifs et sionisme pour cacher son antisémitisme ; qui au nom des fautes politiques d’Israël demandera son éradication, sans se dire que si cette règle morale était appliquée, il n’y aurait plus d’Etat sur la terre. Ce faisant, cette gauche-là s’éloigne, et le mot est faible, des valeurs de la République française dont elle est héritière.

Certain(e)s tireront de ces attitudes gauchistes le prétexte à ne rien faire, à ne rien dire, on n'y peut rien, penseront-ils-elles. Les Juifs, qu’ils soient directement victimes d’antisémitisme ou pas, s'enfermeront dans le carcan communautariste et soutiendront tous les gouvernements israéliens, quoi qu’ils fassent. Ils ne signeront pas l'appel à la raison de JCall, proposé par La Paix Maintenant. Les autres rejoindront le camp des abstentionnistes déjà trop nombreux. Le piège qui est tendu aux uns comme aux autres est le même, il sert les mêmes intérêts. Ceux qui jouent ce jeu-là sont... non, je ne dirai pas le mot qui commence par Tr..., ils sont contre-productifs, comme on dit plus gentiment aujourd'hui, et ils seront tout aussi responsables des drames futurs que s'ils avaient agi de leur plein gré pour que le pire leur arrive. C'est bien la raison pour laquelle j'affirme que demeurer uniquement dans des actions de commisération, naturellement pleinement fondées, mais sans voir ce qui se passe aujourd'hui et sans militer pour demain est une aberration. C'est une planche savonnée sur laquelle on se laisse entraîner malgré soi, sans savoir où cela nous conduira. Exemple :

À Nice, aujourd’hui, c’est le M.R.A.P., issu du Mouvement National contre le Racisme créé par des Résistants pour lutter contre le double Statut des Juifs de Pétain en 1940/41, qui monte en première ligne pour bouffer du sioniste, défendre le droit à la viande Hallal dans les cantines scolaires, faire admettre le port du voile, fut-il intégral, comme un droit inaliénable de la femme ; qui attaque en usant de mensonges les propos et écrits des pacifistes, surtout quand il s'agit de la Paix entre Israël et le futur Etat palestinien; qui confond sous le vocable "Les Palestiniens", le peuple palestinien et le Hamas dont, rappelons-le, le nom figure parmi les organisations répertoriées comme terroristes. C’est le M.R.A.P. de Nice, qui aurait pourtant pu y tenir toute sa place, qui est absent de la fête de l’amitié Judéo-Musulmane, mais dont le Président plastronne revêtu de l’uniforme vert chez Darty (voir sur le net Europalestine Darty Nice, c'est hallucinant!) pour réclamer le boycott de produits israéliens. Il est accompagné d’un dingue même pas loufoque, qui affirme en public que l’armée israélienne coupe les bras des enfants palestiniens ! Qui, après de tels propos ne réclamerait-il pas que cet Etat disparaisse, le seul Etat démocratique de la Région, et alors, à qui profiterait ce crime? Le M.R.A.P. est-il devenu fou, lui aussi, qui croit à de telles inepties, ou est-ce seulement Christian Masson, son Président qui a fait son choix entre une manifestation pour l’Amitié et une action pour promouvoir la haine ?

L’antenne niçoise de l’AJM, actuellement présidée par le Docteur Mohamed Fernane, est vieille de trois ans, déjà. Le bus s’est arrêté deux fois à Nice, devant une foule qui ne sera jamais assez nombreuse mais qui ne passait tout de même pas inaperçue sur la place Garibaldi

Après les discours officiels, les Scouts musulmans - les Juifs et les Chrétiens ayant malheureusement fait faux bond - plantèrent symboliquement l'arbre de l'amitié. Une collation, offerte par la Mairie, attendait ensuite les participants à la Maison des Associations ouverte exceptionnellement ce dimanche, et dont le personnel se montra formidablement disponible et serviable. Les convives se quittèrent en entonnant la Marseillaise, sous la conduite du baryton Franck Ferrari, secondé de main de maître par le ténor Sauveur Assouz, par ailleurs Président du FSJU (Front Social Juif Unifié) et membre influant de l’AJM. Puis un film israélien, « La visite de la fanfare » (une fanfare égyptienne égarée dans un village d'Israël), fut projeté et ce fut l’occasion d’un débat  dans lequel revenaient les mots Amitié, Gentillesse, Pudeur, Retenue, Amour. Mais il est vrai, l’ai-je dit, que Masson n’était pas là.

Le soir, c’est à la salle Django Reinhardt qu’eu lieu un débat, à l’initiative de Bernard Kohl, le Président de l’Association pour l’Amitié Judéo-chrétienne 06, qui est, personnellement, membre de l’AJM. Ce débat, les enfants d’Abraham, permit aux Rabbins Pinson et Sarfati, à Madame le Pasteur Christine Weinhold, aux Imams Hadj Abdelkader et Azizi, d’expliquer – et de s’expliquer – sur l’évolution des trois religions monothéistes, leurs contradictions et leurs points d’accord ou de désaccord. Madame le Pasteur revendiquant que l’on parle, aussi des filles d’Abraham, pas seulement de ses fils. L’athée que je suis se montra fort débonnaire, allant jusqu’à filmer tout le débat. Pensez à moi, amis, car si les auditeurs ont entendu chacun des discours une seule fois, le montage du film m’obligera à les écouter au moins 20 à 30 fois chacun. Oui, pour un athée, c’est dur, mais si ça sert l’Amitié, c’est peu cher payé, ne croyez-vous pas ?

Cette journée se termina par un repas pris ensemble, Casher pour les uns et Hallal pour les autres. Moi, j’ai mangé des deux avec un évident plaisir. Mais n’allez pas croire que je bouffe à tous les râteliers. Je laisse ça à Chris… Non, de celui-là, j’ai assez parlé, je n’en dirai plus rien, sauf à vous indiquer son adresse mail : chrymass@gmail.com dont vous ferez ce que vous voulez.