Chers amis,

Mon dernier livre : "Enfant caché, hommage et malentendu", est disponible sur Internet : http://www.editeurindependant.comwww.editeurindependant.comwww.editeurindependant.comwww.editeurindependant.com/doc/21707

Je remercie Edilivre d'avoir accepté ce que peu d'éditeurs acceptent, une réédition. À « Hommage », publié en 2001 comme témoignage en vue d’obtenir pour mes sauveteurs, les quatre Pegaz, la « Médaille des Justes entre les Nations », j’ai ajouté la cérémonie de remise de ladite médaille ainsi que celle des Massonnat, voir ma lettre à Albert. J'ai joint, aussi, des épisodes de la Résistance locale. Ce livre n'est plus le seul témoignage d'un enfant reconnaissant, mais c'est aussi une narration des évènements que j'ai vécus et une réflexion d'adulte sur la conduite des hommes placés dans des circonstances particulières.

Lettre à Albert, mon ami,

Tu le sais, en ces temps là, on ne m'appelait plus Maurice mais Marcel. J’avais huit ans, ma vie en dépendait. Toi, je t’appelais Albert, mais quel était ton nom, avant la guerre ? Je portais le patronyme de ma famille d'accueil savoyarde, les Pegaz. Toi tu portais celui des Massonnat d’en haut. Notre amie Berthe, celui des Massonnat d’en bas. À Le Montcel. Je ne savais pas que j'étais juif ni ce qu'était un juif. Mais toi, tu le savais et tu me l’as appris.

Voulant me présenter à Monseigneur afin d’obtenir de lui que l'on m'inscrivit au séminaire, notre curé exigea mon acte de baptême. Pour échapper à son insistance, on m’envoya à Lyon où je découvris le Statut des juifs de Pétain et la vie clandestine que menaient  mes parents. J'héritais alors d'un nouveau nom, volé, peut-être, sur une pierre tombale dans un village bombardé, donc sans archives. Pendant ce temps, des hommes de la Gestapo se présentaient dans les fermes à Le Montcel. La présence d'esprit de Marie Massonnat, son courage évitèrent que Berthe fût prise, mais toi, Albert, tu avais disparu à mon retour. Depuis, je n'ai cessé de me sentir coupable. Nous avions le même âge, nous étions cachés tous les deux, dans le même village : "pourquoi lui et pas moi, en quoi suis-je fautif ?" En ces temps lugubres, où la haine et la gloire cohabitaient dans un cortège de sang, une branche de mon arbre généalogique, devenue trop faible pour supporter le poids de la désespérance millénaire qui l'accablait, a ployé jusqu'au sol en une pieuse et désespérée génuflexion. Elle s'est laissé recouvrir de terre et de cendres. Puis, elle a pris racines. Les racines ont créé une marcotte et la marcotte un bourgeon qui ne devra jamais plus se cacher, ni rougir du tronc judaïque dont il est issu ou de son appartenance à sa famille savoyarde. Ce bourgeon, c’est moi. Aussi, quand j'ai appris que toi, mon ami que j'avais pleuré pendant plus de soixante ans, tu avais échappé à la traque, il m'a semblé normal de rétablir la vérité, de réhabiliter notre curé que j'avais soupçonné à tort et de rendre justice à ceux qui, engagés dans la Résistance juive ou comme juifs dans la Résistance française, avaient, une fois de plus, sauvé un enfant. Mais alors, pour moi, une autre question s'est posée: Si tu n'as pas été pris, plus tard et ailleurs, si tu es toujours vivant et en bonne santé, pourquoi n'as-tu jamais donné signe de vie à nos sauveteurs? Comprends que leur geste, extraordinaire de courage, exigeait de nous une réponse. Une simple visite pour leur dire que nous n’oublierons jamais ce qu’ils ont fait, pas plus que nous n’oublierons celles et ceux de nos frères et sœurs qui n’ont pas eu la chance de trouver sur leur chemin d’infortune un Pegaz ou un Massonnat ! Comprends que leur geste était un geste d’amour pour l’humanité ? Que leur modestie nous engage pour la vie ? Qu’il nous appartient désormais de clamer cet amour géant que leur pudeur leur interdit de dire. Qu’il nous engage à combattre ici et maintenant, là-bas et toujours, la haine, l’intolérance, la ségrégation, l’exclusion, le racisme et l’antisémitisme ? Comprends que nous sommes l’avenir de nos sauveurs et aussi l’avenir de ceux qui n’ont pas eu leur courage. Nous sommes l’avenir des victimes, aussi, comme nos enfants sont notre avenir. Je t’embrasse. Maurice-Marcel, ton frère.

D'ici 45 jours, le livre sera disponible en format papier auprès des libraires internet (Amazon, Alapage, AbebooksAbebooksAbebooksAbebooks, Rue du Commerce, Chapitre, etc.) et sur le réseau DILICOM (réseau des libraires physiques).