Le boulevard Magenta est enneigé, comme d'ailleurs tout Paris, ce 8 décembre 2010. Sur le trottoir de gauche, passée la station Jacques Bonsergent, vers la Gare de l'Est, au N° 43, se trouve le siège du M.R.A.P. Pas loin de là, que j'apprends la nouvelle qui me réjouit: Mouloud ne se représentera pas au Congrès du M.R.A.P. en Janvier 2010.

La neige à Paris! Entre pétaudière et enchantement. Au 43, le Conseil d'administration met la dernière main à la lettre qu'il m'adressera sous forme de commentaire à mon dernier message et qu'il publiera sur son site, 3 jours après. Sa conclusion sera : « Nous condamnons fortement ce qui s'apparente à une volonté délibérée de nuire à notre Mouvement. » Je tire une légitime fierté de voir ces mots que le CA m'adresse, déjà employés par le même  à l'égard de personnalités comme Malek Bouthi, Alain Finkielkraut, le professeur Chagnon et bien d'autres. La lettre m'autorise - décidément ces gens là sont bien bons -, à ne pas partager leurs idées. Cependant, ils écrivent que mon blog et mon libre publié en 2007, colportent des rumeurs insidieuses et des contrevérités sur le M.R.A.P. Ah ! Je ne m'en suis pas aperçu et je ne retire, donc, rien de ce que j'ai pu écrire. Sincèrement, j’aurais préféré me tromper, avoir mille fois tort, mais… Bon sang, relisez mon livre (il porte le N° 120 dans votre nomenclature) et vous verrez qui, de vous ou moi, nuit au Mouvement comme le tabac à la santé. Vous n'êtes même pas d'accord entre vous !

« C'est donc avec intérêt et respect et même admiration que j'ai lu la première partie de l'ouvrage qui porte sur les années antérieures à 1977... Avec intérêt car j'avoue que j'ignorais nombre d'évènements qui ont participé à la naissance du MRAP ; avec respect car malgré les critiques que l'auteur porte sur l'évolution du MRAP je sens une force de conviction issue à la fois d'une expérience traumatisante (la Shoah qui fait l'objet d'un chapitre spécifique) et d'une activité militante de longue durée. Evidemment, un tel engagement débouche sur des conflits d'orientation. Nous y reviendrons. Reste que les mots me manquent pour dire l'admiration que je porte aux militants de cette génération. Les militants antiracistes d'aujourd'hui ont à gagner à fréquenter ces hommes et ces femmes qui ont combattu le fascisme et l'antisémitisme De même que les hommes antisexistes s'enrichissent à fréquenter des féministes... A la question de Maurice WINNYKAMEN : Le MRAP est-il dépassé ? Il faut répondre par la négative. Cependant il faut bien opérer un retour sur le passé. Maurice WINNYKAMEN a le mérite de poser les jalons de la réflexion nécessaire Delarue, Secrétaire national du MRAP. » Dans une deuxième approche, il est vrai, Delarue critique certaines pages du livre. C'est son droit et j'en suis heureux car ce livre, je le voulais comme une ouverture au débat, justement. Je pense que les dérives du M.R.A.P. proviennent du fait que, volontairement ou non, il a abandonné la formation de ses militants. Delarue critique d'une autre manière que vous, en positif et négatif, en laissant ouverte la discussion et en affirmant qu'on peut discuter fraternellement. De cela, je lui suis gré, car j’y suis prêt.

Mon livre, qui vous met tant dans l'embarras, "Grandeur et misère de l'antiracisme, Le M.R.A.P. est-il dépassé ?", se terminait par un appel au retour du Mouvement vers ses fondamentaux – j'ai alors rejoint le "MRAPReconstruction". D'autres avaient déjà enterré cette institution à laquelle je tiens car elle est, pour partie, œuvre de mes parents résistants en 1941, face au statut de juifs de Pétain. Mais, pris dans votre folie suicidaire, aveugles quant à la perte massive de vos adhérents, vous n’avez vu dans mon livre qu'une agression envers votre chef. Votre lettre du 11 a ce mérite de rappeler que la responsabilité est collective, que les décisions étaient prises en congrès et par les instances dirigeantes. Mais elle ne va pas jusqu'à convenir que ces instances étaient phagocytées par le roi Mouloud, que le congrès de 2008 s'est tenu alors que 40% des délégués avaient refusé d’y participer et que, donc, même si vous êtes élus en droit, vous ne représentez pas, à vous seuls, le M..A.P. Aujourd'hui, sachant que Mouloud ne sera pas réélu au congrès de Janvier 2011, vous semblez vouloir tenter une sortie honorable.

Mouloud serait, paraît-il, malade, et cela, si c'est exact, ne me réjouis pas. Je crois qu'on doit être humain en toutes circonstances. Mais par ailleurs, il n'a pas réussi à vous rassembler, voire à constituer une équipe, pour conserver la majorité au C.A. C’est dire combien il est aimé dans sa propre maison ! Pourtant, il avait obtenu des délais qu'il aurait, lui, refusé à ses contradicteurs, l'expérience ayant montré comment, par le passé, les règles démocratiques de Mouloud ressemblaient beaucoup au jeu du « chacun mon tour ». Demeurer dans la place en position minoritaire n'intéresse pas Monsieur, il ne se représentera pas, tout simplement.

De votre déconfiture, suis-je responsable ? Si j'y ai contribué, ne fût-ce que pour une toute petite part, dois-je gâcher mon plaisir ? Je n'ai pas l'esprit revanchard, mais tout de même ! Je dois reconnaître au M.R.A.P. une capacité de nuisance inimaginable, en pays démocratique, envers ses contradicteurs. Depuis 2007, date à laquelle a paru mon livre, cela n'a été que cris, fureur et menaces de la part des membres – en particulier niçois et mentonnais - du Mouvement. Envers moi comme envers quiconque aurait eu la prétention de proposer ce livre à la vente. La F.N.A.C. de Nice, a subi des pressions ayant pour but de la faire renoncer au forum prévu. Elle a eu le courage de braver l'interdit. Tous ne furent pas aussi téméraires. Bien des libraires s'empressèrent de retourner à l'éditeur les ouvrages qu'ils avaient commandés. Coïncidence? Je ne ferai pas la liste des mails envoyés à mes amis, des hurlements dans nos débats, et je ne dirai rien sur le refus qui me fut opposé d'intégrer le M.R.A.P. de Nice. Tout cela je l'ai, en texte ou en film. Cela n'a rien changé. Vous vivez sans doute vos dernières heures à la direction du Mouvement. Vous pourriez, alors, être plus modestes.

La prochaine direction aura sans doute à repenser les responsabilités concernant la déconfiture du Mouvement. Qui en est responsable ? Vous qui, majoritairement, souteniez Mouloud Aounit, lequel Mouloud imposait une politique d'antiracisme à géométrie variable ? Vous qui, abandonnant la laïcité, minimisiez et justifiez le voile et la viande hallal à l'école; vous qui faisiez des procès contre des enseignants dont le cursus scolaire les conduisait à aborder l'histoire de l'Islam ; vous qui traîniez en justice les philosophes, les penseurs, les dessinateurs et ceux qui les publiaient ;  vous qui co-organisiez avec Latrèche des défilés ou l'on entendait des cris Mort aux juifs et refusiez de participer à la protestation nationale contre l'assassinat de Ilan Hallimi au prétexte que le F.N. y était – il y était si peu ! ; vous qui exigiez au nom de la religion des exemptions de sport et les heures d'ouverture séparées pour filles et garçons des gymnases et piscines, et refusiez de considérer une Association comme Ni putes ni soumises ; Vous qui acceptiez l'utilisation du mandat associatif de Mouloud comme marchepied vers des mandats électifs - souvenons-nous de sa grosse colère quand Jean-Paul Huchon, le Président de la Région Îles de France, lui refusa un fauteuil de vice-président ; faut-il continuer?

Vous ou ceux qui parlaient de justice sociale, d'égalité des chances de l'égalité entre hommes et femmes, de la priorité à l'éducation qui n'exclurait pas le sécuritaire mais le manierait à bon escient ; ceux qui ont critiqué, combattu vos attitudes et proposé le retour à ce qui avait fait la grandeur de l'antiracisme et qui en subissaient les misères ? Tiens, c'est le titre de mon bouquin ... Ceux que vous avez gentiment poussés vers la porte, les chanteurs, les écrivains, les militants, parce que conscients du terrain perdu par vous, ils le disaient.

Allons, qui est responsable de cette dégringolade ? De la réponse que saura, ou pas, apporter la nouvelle équipe à cette question, le M.R.A.P. renaîtra ou s'éteindra à jamais. L'Histoire tranche toujours. Moi, je souhaite qu'il vive dans l'honneur retrouvé. Si ce n'était pas le cas, malheureusement, c'est vous qui porteriez la plus grande part de responsabilité, pas moi qui n’ai fait qu’écrire ce que vous faisiez de la noble institution qui ne vous était que confiée, mais dont vous vous êtes cru les propriétaires. Allons, soyons optimistes, Ne pas l'être serait faire un procès d'intention  à vos successeurs ! Souhaitons-leur bonne chance, au contraire. Les victimes du racisme, de l’antisémitisme, de toutes les ségrégations ont besoin d’eux, et la paix sociale, aussi.

Tout ceci étant dit, et au nom des luttes passées que vous avez ou pas menées, et vous en ferez ce que vous voudrez, je vous dis:

Fraternellement votre, et bonne année.