Je reviens, donc, après avoir subi, était-ce le virus de l'âge car les machines ont un âge, une énorme panne de mon ordinateur préféré. Au point qu'il est passé à la poubelle et que je lutte maintenant avec un nouveau Windows qui n'accepte pas tous mes anciens pilotes.

" Pas tout seul" signifie que je suis, aujourd'hui,  entouré d'ombres et accompagné par une combattante que tous, nous aimons bien, à Gauche autrement, Dominique Boy Mottard.

Dans quelques jours, je reviendrai entouré des vivants. Ces derniers, les résidents de LA COLLINE ont entre quatre vingt cinq et cent ans. Ils ont spontanément répondu à mes interviews. Chacun de leur témoignage est passionnant, tous ensemble, ils constituent l'Histoire du vingtième siècle. Ce siècle de progrès technologiques dans tous les domaines, progrès qui ont servi la plus impitoyable tuerie  - au nom d'une soi-disant race supérieure - que le monde ait jamais connue. Ce siècle qui a vu l'homme dans ce qu'il a de plus inhumain, mais aussi l'homme exemplaire qui a réhabilité l'humanité.  Bourreaux ou Sauveurs, ils étaient et sont tous des Hommes, femmes comprises, ils furent la fureur mais aussi l'espoir de l'humanité. 

la Colline, symphonie de la mémoire

Lisez jusqu’au bout le document ci-dessous, datant de près de soixante dix ans. Et puis celui, plus récent bien que ne datant pas d'hier (1973) où vous  trouverez Dominique témoignant pour son arrière-grand-mère assassinée:

Le Commissaire Divisionnaire, Chef du Service Départemental des Renseignements Généraux :

Adam 166 w 7, N° 704/V/Zi   

Objet : Arrestation par les Autorités allemandes de 15 vieillards demeurant villa « Jacob », Petite Avenue du Prince de Galles à Cimiez.

Le dimanche 21 novembre 1943 à 12 h 05, 15 pensionnaires de la maison de repos juive « Villa Jacob », sise Petite Avenue du Prince de Galles à Cimiez, et pour la plupart octogénaires, ont été arrêtés par la police allemande dans les circonstances suivantes : A 12 heures, trois voitures automobiles (deux tractions avant et une Peugeot 402) s’arrêtèrent à la hauteur de la Petite Avenue du Price de Galles. Une dizaine de policiers en civil en descendirent et se précipitèrent dans la rue en cernant toutes les issues. Cinq policiers, révolver au poing firent irruption dans la salle à manger et intimèrent aux occupants l’ordre de se préparer en toute diligence. Ces vieillards s’attendaient depuis longtemps à une pareille visite et avaient, dans l’alternative, préparé une valise. Les chambres furent alors visitées sommairement et les policiers ne s’emparèrent que des registres et papiers de bureau, après quoi ils firent monter les octogénaires munis que quelques paquets dans leurs voitures qui prirent la direction de l’hôtel Riviera, Avenue de Cimiez, à 13 h 10. Le lendemain, les vieillards furent transférés à l’hôtel Excelsior, Avenue Durante, en vue de leur départ pour un camp de concentration.

Une pensionnaire fort âgée et malade, la nommée Bain Amélie, fut laissée aux soins du jardinier de la Pension, le nommé Cioli Hector né à Cambrino (Italie) le 14/10/1899, français par naturalisation, catholique, demeurant 121, Avenue des Arènes à Cimiez. La dénommée Simon, de nationalité française, catholique, infirmière faisant fonction, par intérim, de directrice de la maison de repos, depuis un mois environ, fut également arrêtée et maintenue comme otage, jusqu’à ce qu’elle dévoile la retraite de la titulaire, Chatiel Adrienne, âgée de 65 ans, israélite, demeurant rue de l’Escarène. Mlle Simon avait déjà manifesté l’intention, quoiqu’il advienne, de ne pas se séparer de ses malades. Le mardi matin, vers 9 heures, une doctoresse allemande et son adjoint, assistés de 5 policiers, se sont à nouveau présentés à la Villa « Jacob ». Cette personne examina Mme Bain et la fit hospitaliser à Pasteur (pavillon P4) où elle se trouve démunie du strict nécessaire.

Pendant ce temps, les 5 policiers se livrèrent à une minutieuse perquisition et transportèrent dans une camionnette, tous les objets, vêtements, couvertures, chaussures, etc, qui appartenaient aux pensionnaires. A l’issue de cette journée, le jardinier fut prévenu que tous les meubles seraient enlevés ces jours-ci.

Les personnes qui ont été arrêtées sont :

  • Salomon Abraham, né le 5/1/1859 à Lyon (Rhône), sans profession, Françai,s israélite, ancien domicile : 18 rue Massena.

  • Cans Angeline, née le 24/7/1875, à Isolabonna (Italie), italienne, israélite, cuisinière de Salomon.

  • Kagan, veuve Rosenstein Slava, née le 7 septembre 1885 à Hagueleff (Russie, russe de religion israélite, ancien domicile :154 rue de la Buffa.

  • Foulègue, née Barach Lydie, née le 6/4/74 à Toulouse (Haute Garonne), française, israélite, sœur du premier ministre officiant, également déporté.

  • Blume, née Vogue Fernande, Berthe, née le 2/1/1873 à Paris, française, israélite, ancien domicile : rue Descoubres.

  • Monteux Emile, né le 7/12/1863 à Marseille, français, israélite, sans profession.

  • Monteux Rosalie, née le 26/5/1863 à St-Avold (Moselle), israélite, femme du précédent.

  • Bain Amélie, née le 30 septembre 1858 à Panilhac (Gironde), israélite, hospitalisée à Pasteur (pavillon F4).

Les dénommés :

Bohaub-Wolf – Carcassonne – Eisenmontich – Blasberg – Simon et une autre octagénaire arrêtée, sont inconnus au Service de la Statistique de la Carte d’Alimentation.

Cette Maison de repos fut fondée il y a près de 50 ans par Kotuof et Jacob et était, par conséquent, connue de la police allemande. Le Trésorier, M. Debenedetti, ancien marchand d’huiles, a quitté son domicile depuis quelques mois déjà.

le Commissaire Divisionnaire, Chef du Service Départemental des Renseignements Généraux :

Vu et transmis à

Monsieur le DIRECTEUR des Renseignements Généraux à Vichy,

Monsieur le PREFET REGIONAL (Intendance de police – Cabinet)

Monsieur le COMMISSAIRE DIVISIONNAIRE, Chef, du Service Régional des Renseignements Généraux,

/ le Commissaire Divisionnaire, Chef du Service Départemental des Renseignements Généraux  

˙/. Signature et Cachet

Qui est cette « autre octogénaire arrêtée, inconnue au Service de la Statistique de la Carte d’Alimentation » ? Il s’agit de Mme Cériche Flora, née Lattès, le 12 mai 1869 à Cunéo, Italie, déportée de la Villa Jacob et décédée le 12 décembre 1943 à Auschwitz. Sa fiche au Yad Vashem, remplie par son arrière-petite-fille, Dominique Boy Mottard, en atteste.

Ceriche Yad Vashem 

Que mon livre : « La Colline, symphonie de la mémoire », soit, d’abord et à sa manière, un lieu de repos et de souvenirs. Pour Flora, assassinée parce que Juive, pour ses co-pensionnaires, pour leurs dévoués soignants non juifs de la « Villa Jacob » qui ont payé de leur vie leur charité chrétienne. Et si j’osais, moi l’athée, je commanderais à mon curé de Le Montcel ou à son successeur, pour tous ceux-là qui, sans doute, croyaient en Dieu, qu'ils le nomment Christ ou Yahvé et pour toutes les victimes de toutes les guerres, sans avoir une seconde le sentiment de blasphémer, le plus beau des offices oecuméniques.

Parce que je les pleure. Parce que je les aime, parce que je crois qu'ils nous auraient aimés.

 Amen