Amis bonjour, Je rouvre mon blog: "déferlantes et écumoire". Les "Evènements" sont trop nombreux, trop rapprochés, trop prégnants pour que l'on demeure immobile: les insultes racistes qui fleurissent, particulièrement contre notre Ministre de la justice, la mort de Nelson Mandela, les prochaines élections et particulièrement les municipales de Nice...

Bonne lecture!

Lettre à Monsieur Cukierman, Président du CRIF

 Monsieur le Président,

Que ne l'avez-vous dit de son vivant ! Mais tard vaut mieux que jamais

Je vous ai critiqué pour vos propos quand, en janvier 2003, vous vous en preniez de façon maladroite aux Verts, à la gauche de la gauche et à la Confédération  paysanne en la personne de José Bové (qui au passage ne l'avait pas volé) quand vous aviez dénoncé l'alliance "Brun-Vert-Rouge". C'était au cours d'un dîner comme sait les organiser le CRIF, un de ces dîners où certains - doit-on dire une élite? - vont pour être vus et non pour voir, saisir et comprendre, un dîner que quittèrent quelques personnalités qui s'estimèrent visées par vos propos. 

Mais c'était aussi, alors, un moment dont tout le monde sortit blanc-bleu : Monsieur Cukierman vous vous expliquâtes (déclarant vouloir «entretenir un dialogue constant avec toutes les formations politiques démocratiques, y compris les Verts et leurs dirigeants»; Monsieur Bové s'excusa (des propos qu'il avait tenus à Ramallah, en avril 2002 lors d'une visite à Yasser Arafat, sur la purification ethnique en Israël ­ et sur la responsabilité du Mossad dans les attaques contre des écoles juives en France), et l'antisionisme resta, depuis, une forme moderne et déguisée de l'antisémitisme. Je vous en voulais, aussi, de dénoncer sans distinction les musulmans et non pas les seuls voyous responsables (et condamnables) de propos ou d'actes antisémites, sans jamais tenter d'aborder le thème de la ségrégation des autres que nous, les juifs. Et je vous en veux, aussi, de ce que le CRIF fût massivement absent des dernières manifestations contre le racisme et pour soutenir Madame Taubira: je n'ai vu dans les communiqués du CRIF que quelques lignes à propos du journal Minute et de la présentation intolérable et déshumanisante qu'il fait de la Ministre de la Justice. Pourtant, il y en aurait eu des choses à dire, par exemple les réactions  de ce torchon sorti en mars 1962, après le massacre organisé le 8 février de la même année par Papon et Frey au métro Charonne, le même Papon qui fut à Bordeaux responsable des déportations de juifs en juillet 1942 ! Si le racisme et l'antisémitisme ne se confondent pas, leur combat est identique, c'est le combat de l'humain. Je vous citerai pour mémoire la réaction immédiate du rabbin Joe ABBITAN qui a proclamé, dès le 13 novembre lors de son émission à radio Chalom Nitsam, que les Juifs doivent être les premiers à se mobiliser sans réserve contre ces formes de racisme tendant à assimiler à un animal un être humain.

Bref, vous l'aurez compris, j'étais fâché contre vous.

Et voilà que, à mon grand soulagement,  vous publiez le 6 décembre, L'éditorial du Président du CRIF, qui rend hommage à cette rare figure de l'antiracisme et de la paix que fut Nelson Mandela... Aussi, il me plaît de donner enfin une image ouverte du CRIF dont je rappelle qu'il fut créé en juillet 1943 durant l'occupation allemande et dans les conditions difficiles de la Shoah, et je publie votre texte.

Mais je veux aussi, si vous me le permettez, vous poser une question d'éthique. Que pensez-vous de la décision de Benjamin Netanyahou de ne pas représenter Israël aux funérailles de Nelson Mandela, et surtout, que pensez-vous du prétexte avancé : le voyage serait trop onéreux ! Ne pensez-vous pas, comme moi, que ce prétexte est indéfendable de la part d'un chef d'État ?

Je vous assure, Monsieur le Président de mes sincères salutations

Maurice Winnykamen

 

 Monsieur le Président, votre édito, avec mes remerciements :

Je me suis rendu plusieurs fois en  Afrique du Sud du temps de l'apartheid 

J'avais été choqué par les conditions de vie de la communauté noire à Soweto et dans bien d'autres compounds. 

J'étais admiratif du courage de Nelson Mandela à dénoncer les méfaits de l'apartheid et les souffrances du peuple noir alors même qu'il était privé de liberté. 

J'étais encore plus admiratif à sa libération qu'il ait pu surmonter sa haine en pardonnant à ses bourreaux, en prêchant la coexistence pacifique pour préserver l'unité de son pays. 

Elevé dans une famille royale noire, avocat de formation, c'était un homme épris de justice et de tolérance  malgré les 27 ans passés en prison. 

Lorsque le Président Frédéric de Klerk, auquel je rends aussi un grand hommage et sans lequel Mandela serait toujours en prison, le libéra sans condition, Nelson Mandela pris symboliquement un enfant blanc dans ses bras, nous montrant ainsi le chemin du vivre ensemble. 

Ils reçurent tous deux le prix Nobel de la paix en 1993. 

J'espère que le message de Nelson Mandela inspirera tous ceux qui aujourd'hui n'ont pas encore renoncé à la violence et les incitera à se tourner vers le dialogue, l'amour de l'Autre et la paix.

Roger Cukierman