25 octobre 2011
"La colline ou la symphonie de la mémoire"
"La colline ou la symphonie de la mémoire", préfacée par Monsieur Eric de Rothschild, signature
le 12 novembre 2011 à la librairie Masséna, 53 rue Gioffredo, 06000 Nice entre 16 et 18 heures
Chers amis,
" LA COLLINE ou LA SYMPHONIE DE LA MEMOIRE", mon dernier livre - en collaboration avec le photographe Moshe Sayegh - préfacé par Monsieur Eric de Rothschild, est une liste de témoignages illustrés recueillis auprès des pensionnaires de la Maison de retraite « La Colline », de Nice. Chacune des personnes interviewées – pour la plupart juives, elles ont entre quatre vingt et cent ans - s’est exprimée librement sur le sujet de son choix. Leur narration est en elle-même extraordinaire. Regroupées elles nous content l’Histoire du vingtième siècle qui vit les plus grandes avancées de la technique et des sciences, mais aussi le plus grand crime qu'il fut donné à l’Homme de commettre, au nom du plus dégradant des prétexte, la « supériorité de la race ».
Vous rencontrerez un instituteur qui fut en Algérie et en France l’ami et le condisciple d’Enrico Macias. Une émigrée de treize ans, d’origine polonaise, qui à vingt ans devint l’une des héroïnes de la Résistance française. Un Niçois d’origine italienne que son amour des antiquités amena à vivre mille aventures. Une fille d’ambassadeur : née à Marrakech elle y fonda « l’Oeuvre de Secours aux Enfants » et y dirigea un hôpital avant que le poids administratif du pays devenu indépendant ne pèse sur les cadres d’origine étrangère ; elle est une des gloires de La Colline. Un enfant caché en Creuse qui devint Chef du Service radiologique de l’hôpital de Montpelliers. Une Marseillaise miraculée qui sortit vivante des quatre camps de concentration où ses gardiens l'entraînaient dans ce que l'Histoire retiendra sous le nom de "la longue marche". Un Corse peintre, baroudeur et soldat qui fait chaque jour son heure de marche à quatre vingt dix huit ans. Une femme qui sa vie durant fut poursuivie par le sort et qui, seule de sa famille, réussit à s’en sortir. Un jeune garçon de famille modeste qui jetait des cailloux dans l’oued sous les ponts de Constantine et auquel on doit d’avoir participé au calcul de l’équilibre en charge du Pont de Normandie; un compagnon de route du Colonel Fabien dans la deuxième DB. Une femme juive, épouse d’un orthodoxe négociant de fourrures en gros qui osa poser en 1944 sur le bureau du chef nazi une somme de un million de francs afin qu’il libéra son épouse. Vous rencontrerez aussi les pensionnaires de la Villa Jacob et sa directrice non juive que je n’ai pas pu interviewer, car ils avaient été déportés en mille neuf cent quarante trois et ne sont jamais revenus; pour leur rendre hommage, j’ai cité leur nom en publiant le procès verbal des archives de la police, et, aussi, les lois de Pétain dite « Statut des juifs » au nom desquelles ils ont été exterminés.
Ce livre, je l’ai fait à la mémoire de celles et de ceux qui, avant de résider à la Colline, ont tant apporté à la France; je l’ai fait pour faire connaitre au quotidien la vie d’une Maison de retraite niçoise juive, pour aider à ma façon, bien modestement, les personnels multi-éthniques de cette maison à faire non seulement vivre mais exister leurs pensionnaires juifs ou non. C’est ce livre que je vous dédicacerai le samedi 12 novembre de 16 à 18 heures à la librairie Masséna, 53 rue Gioffrédo à Nice. J’invite mes amis à venir nombreux. Ce livre, nonobstant l’âge de ses héros, leur apportera sans doute un peu de vie et de la fraîcheur d'en temps, et ils auront ainsi l’occasion d’aider la Maison de retraite « La Colline ». Si vous n’habitez pas Nice ou la Région, la portée universelle du livre peut aussi vous toucher. Demandez-le-moi par mail maurice.winnykamen@dbmail.com ou commandez-le à « La Colline » (19,50€) : 181, route de Saint-Antoine, 06200 Nice. Je ferai en sorte qu’il vous arrive dédicacé.
Comptant sur votre amitié, je vous prie de croire la mienne la plus sincère.
Maurice Winnykamen
19 juin 2011
Je reviens, mais pas tout seul, Amen
Je reviens, donc, après avoir subi, était-ce le virus de l'âge car les machines ont un âge, une énorme panne de mon ordinateur préféré. Au point qu'il est passé à la poubelle et que je lutte maintenant avec un nouveau Windows qui n'accepte pas tous mes anciens pilotes.
" Pas tout seul" signifie que je suis, aujourd'hui, entouré d'ombres et accompagné par une combattante que tous, nous aimons bien, à Gauche autrement, Dominique Boy Mottard.
Dans quelques jours, je reviendrai entouré des vivants. Ces derniers, les résidents de LA COLLINE ont entre quatre vingt cinq et cent ans. Ils ont spontanément répondu à mes interviews. Chacun de leur témoignage est passionnant, tous ensemble, ils constituent l'Histoire du vingtième siècle. Ce siècle de progrès technologiques dans tous les domaines, progrès qui ont servi la plus impitoyable tuerie - au nom d'une soi-disant race supérieure - que le monde ait jamais connue. Ce siècle qui a vu l'homme dans ce qu'il a de plus inhumain, mais aussi l'homme exemplaire qui a réhabilité l'humanité. Bourreaux ou Sauveurs, ils étaient et sont tous des Hommes, femmes comprises, ils furent la fureur mais aussi l'espoir de l'humanité.
la Colline, symphonie de la mémoire
Lisez jusqu’au bout le document ci-dessous, datant de près de soixante dix ans. Et puis celui, plus récent bien que ne datant pas d'hier (1973) où vous trouverez Dominique témoignant pour son arrière-grand-mère assassinée:
Le Commissaire Divisionnaire, Chef du Service Départemental des Renseignements Généraux :
Adam 166 w 7, N° 704/V/Zi
Objet : Arrestation par les Autorités allemandes de 15 vieillards demeurant villa « Jacob », Petite Avenue du Prince de Galles à Cimiez.
Le dimanche 21 novembre 1943 à 12 h 05, 15 pensionnaires de la maison de repos juive « Villa Jacob », sise Petite Avenue du Prince de Galles à Cimiez, et pour la plupart octogénaires, ont été arrêtés par la police allemande dans les circonstances suivantes : A 12 heures, trois voitures automobiles (deux tractions avant et une Peugeot 402) s’arrêtèrent à la hauteur de la Petite Avenue du Price de Galles. Une dizaine de policiers en civil en descendirent et se précipitèrent dans la rue en cernant toutes les issues. Cinq policiers, révolver au poing firent irruption dans la salle à manger et intimèrent aux occupants l’ordre de se préparer en toute diligence. Ces vieillards s’attendaient depuis longtemps à une pareille visite et avaient, dans l’alternative, préparé une valise. Les chambres furent alors visitées sommairement et les policiers ne s’emparèrent que des registres et papiers de bureau, après quoi ils firent monter les octogénaires munis que quelques paquets dans leurs voitures qui prirent la direction de l’hôtel Riviera, Avenue de Cimiez, à 13 h 10. Le lendemain, les vieillards furent transférés à l’hôtel Excelsior, Avenue Durante, en vue de leur départ pour un camp de concentration.
Une pensionnaire fort âgée et malade, la nommée Bain Amélie, fut laissée aux soins du jardinier de la Pension, le nommé Cioli Hector né à Cambrino (Italie) le 14/10/1899, français par naturalisation, catholique, demeurant 121, Avenue des Arènes à Cimiez. La dénommée Simon, de nationalité française, catholique, infirmière faisant fonction, par intérim, de directrice de la maison de repos, depuis un mois environ, fut également arrêtée et maintenue comme otage, jusqu’à ce qu’elle dévoile la retraite de la titulaire, Chatiel Adrienne, âgée de 65 ans, israélite, demeurant rue de l’Escarène. Mlle Simon avait déjà manifesté l’intention, quoiqu’il advienne, de ne pas se séparer de ses malades. Le mardi matin, vers 9 heures, une doctoresse allemande et son adjoint, assistés de 5 policiers, se sont à nouveau présentés à la Villa « Jacob ». Cette personne examina Mme Bain et la fit hospitaliser à Pasteur (pavillon P4) où elle se trouve démunie du strict nécessaire.
Pendant ce temps, les 5 policiers se livrèrent à une minutieuse perquisition et transportèrent dans une camionnette, tous les objets, vêtements, couvertures, chaussures, etc, qui appartenaient aux pensionnaires. A l’issue de cette journée, le jardinier fut prévenu que tous les meubles seraient enlevés ces jours-ci.
Les personnes qui ont été arrêtées sont :
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Salomon Abraham, né le 5/1/1859 à Lyon (Rhône), sans profession, Françai,s israélite, ancien domicile : 18 rue Massena.
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Cans Angeline, née le 24/7/1875, à Isolabonna (Italie), italienne, israélite, cuisinière de Salomon.
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Kagan, veuve Rosenstein Slava, née le 7 septembre 1885 à Hagueleff (Russie, russe de religion israélite, ancien domicile :154 rue de la Buffa.
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Foulègue, née Barach Lydie, née le 6/4/74 à Toulouse (Haute Garonne), française, israélite, sœur du premier ministre officiant, également déporté.
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Blume, née Vogue Fernande, Berthe, née le 2/1/1873 à Paris, française, israélite, ancien domicile : rue Descoubres.
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Monteux Emile, né le 7/12/1863 à Marseille, français, israélite, sans profession.
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Monteux Rosalie, née le 26/5/1863 à St-Avold (Moselle), israélite, femme du précédent.
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Bain Amélie, née le 30 septembre 1858 à Panilhac (Gironde), israélite, hospitalisée à Pasteur (pavillon F4).
Les dénommés :
Bohaub-Wolf – Carcassonne – Eisenmontich – Blasberg – Simon et une autre octagénaire arrêtée, sont inconnus au Service de la Statistique de la Carte d’Alimentation.
Cette Maison de repos fut fondée il y a près de 50 ans par Kotuof et Jacob et était, par conséquent, connue de la police allemande. Le Trésorier, M. Debenedetti, ancien marchand d’huiles, a quitté son domicile depuis quelques mois déjà.
le Commissaire Divisionnaire, Chef du Service Départemental des Renseignements Généraux :
Vu et transmis à
Monsieur le DIRECTEUR des Renseignements Généraux à Vichy,
Monsieur le PREFET REGIONAL (Intendance de police – Cabinet)
Monsieur le COMMISSAIRE DIVISIONNAIRE, Chef, du Service Régional des Renseignements Généraux,
/ le Commissaire Divisionnaire, Chef du Service Départemental des Renseignements Généraux
˙/. Signature et Cachet
Qui est cette « autre octogénaire arrêtée, inconnue au Service de la Statistique de la Carte d’Alimentation » ? Il s’agit de Mme Cériche Flora, née Lattès, le 12 mai 1869 à Cunéo, Italie, déportée de la Villa Jacob et décédée le 12 décembre 1943 à Auschwitz. Sa fiche au Yad Vashem, remplie par son arrière-petite-fille, Dominique Boy Mottard, en atteste.
Que mon livre : « La Colline, symphonie de la mémoire », soit, d’abord et à sa manière, un lieu de repos et de souvenirs. Pour Flora, assassinée parce que Juive, pour ses co-pensionnaires, pour leurs dévoués soignants non juifs de la « Villa Jacob » qui ont payé de leur vie leur charité chrétienne. Et si j’osais, moi l’athée, je commanderais à mon curé de Le Montcel ou à son successeur, pour tous ceux-là qui, sans doute, croyaient en Dieu, qu'ils le nomment Christ ou Yahvé et pour toutes les victimes de toutes les guerres, sans avoir une seconde le sentiment de blasphémer, le plus beau des offices oecuméniques.
Parce que je les pleure. Parce que je les aime, parce que je crois qu'ils nous auraient aimés.
Amen
30 décembre 2010
L'histoire d'un livre
Le plaisir d'écrire reçoit parfois récompense. J'ai reçu la mienne pour Hanoukka, la seule fête juive qui ne fut pas religieuse, même si elle fait état d'une lampe merveilleuse et même si beaucoup la comparent au Noël chrétien.
J'avais eu, un jour, le toupet, d'autres diront la h'ouspa, d'adresser à cet homme, que je connaissais comme l'auteur de l'Anthologie des poètes juifs - et vous aurez déjà reconnu, j'en suis sûr , l'un des plus grands poètes français des 20e et 21e siècles, Chevalier des Arts et des lettres, Rédacteur en chef de la revue Europe, Membre de l’Académie Mallarmé, Président du jury du prix Apollinaire - le tapuscrit de ce qui allait devenir mon livre témoignage : Hommage, Peu de temps après, j'eus la surprise de recevoir, en retour, un coup de téléphone: "Charles Dobzynski à l'appareil. Votre texte? Emouvant de sincérité, intéressant témoignage - il me disait aussi que si nos expériences n'avaient pas été identiques, elles étaient néanmoins bien proches. Mais, ajoutait-il, le mode épistolaire que vous avez adopté pour votre livre, une lettre à chacun des membres, petits ou grands, de votre famille pour dire votre expérience d'enfant caché, votre amour de la Savoie et des Savoyards qui vous ont sauvé, des Résistants, de la France enfin! ne convient pas. Trop de redites, treize lettres sur un seul sujet ne peuvent que générer des répétitions dont le poids assommera le lecteur. L'idée oui, mais la forme non!
Avant de me remettre à ma table d'écriture, j'interrogeais ma famille savoyarde. Me permettrait-elle de demander pour elle la reconnaissance de Justes parmi les Nations pour avoir sauvé un enfant juif, moi? Vous saurez comment cela se passa en lisant mon livre. Ce ne fut d'abord, pour moi, que le témoignage du sauvé à l'égard de ses sauveurs, c'est à dire un deuxième tapuscrit destiné au seul Yad Vashem (c'est à Jérusalem que l'on statue sur le fait d'accorder ou non la médaille des Justes parmi les Nations) et aussi à mes familles, la biologique et celle qui m'adopta. C'est ma fille aînée, psychologue à l'hôpital - je ne vous dirai pas dans quelle ville française car elle est si belle que vous seriez capables, Messieurs, de je ne sais quelle addiction, pour la rencontrer, ce qui vous rendrait, Mesdames un bisselé jalouses... C'est ma fille, donc, qui me dit que le sujet méritait une plus large audience et que je devais publier. Comment! Moi, publier un livre? Si je comprenais le pourquoi, je ne saisissais pas le comment.
La Société des écrivains accepta de me prendre à compte d'auteur, et j'obtins, contre payement, un franc succès d'estime, à défaut d'une réussite commerciale. Je ne crois pas qu'il se vendit plus de livres que je n'en offris, et au total, 400 serait déjà un chiffre optimiste. Mais mon objectif était atteint et nous organisâmes, en avril 2001, une cérémonie pour la remise des 4 médailles - dont malheureusement 3 à titre posthume - à ma famille savoyarde, les Pegaz de Le Montcel, petit village situé entre le Mont Revard et Aix-les-Bains.
Au cours de cette cérémonie, j'appris, mais cela ne venait en rien contredire mon témoignage à l'égard de ma famille d'accueil, qu'il restait à éclaircir des zones d'ombre : intégrer, dans le combat de la Résistance nationale, la Résistance juive et les Juifs dans la Résistance dont l'un des objectifs essentiels était le sauvetage des enfants, condition évidente d'une renaissance du peuple juif ; réhabiliter des personnes que j'avais soupçonnées de n'être pas étrangères à la disparition de mon ami Albert, garçon de mon âge caché dans une ferme voisine; savoir pourquoi certains d'entre nous, les enfants cachés, qui avaient eu la chance de rencontrer sur leur chemin d'infortune des sauveteurs comme mes Pegaz et s'en étaient sortis - sort-on tout à fait indemne d'une telle épreuve ? -, n'ont jamais donné signe de vie à leurs familles d'accueil et vivent sans savoir dit merci...
Alors, je décidais, en 2003, de réécrire mon témoignage sous un autre nom que vous comprendrez aisément en lisant "Enfant Caché, Hommage et malentendu". Permettez-moi une parenthèse. Depuis que mon livre est paru, j'ai reçu des mails qui me disaient: "Moi non plus je n'ai pas repris contact, est-ce trop tard ?" Non, il n'est pas trop tard, même si l'on ne rencontre, le plus souvent, que les enfants de nos héros.
Je me retournais de nouveau vers Charles Dobzynski, lequel était devenu entre-temps Prix Goncourt 2006 de poésie, pour lui demander de bien vouloir préfacer le livre dans sa nouvelle publication, ce qu'il accepta immédiatement, tout simplement comme si c'était une chose normale. Je lui en serai toute ma vie reconnaissant. Ce n'est qu'en 2010 que je trouvais, enfin, l'éditeur qui accepta de rééditer le livre - deux fois plus gros que le premier - sous son titre actuel: Enfant caché, Hommage et malentendu.
Entretemps, j'avais publié : Quel avenir pour le Syndicalisme (chez un éditeur qui n'existe plus) et Grandeur et misère de l'antiracisme (dont l'éditeur ne répond plus) qui m'oppose encore aujourd'hui au CA sortant du MRAP et à son chef Mouloud Aounit auxquels je reproche d'avoir dévié de la ligne antiraciste de ses fondateurs pour enfermer le Mouvement dans un communautarisme imbécile. Mais je pense que le Congrès de janvier 2011 contribuera à remettre dans les rails un MRAP issus de la Résistance. Oublions pour un moment le MRAP, au moins jusqu'à son prochain Congrès, il y a des sujets plus joyeux. Aujourd'hui, l'actualité pour moi, c'est "Enfant caché, hommage et malentendu" qui sera sous peu en librairie. Ce livre, je ne peux pas l'ouvrir sans fierté, le voyant ainsi préfacé. Je veux, aujourd'hui, vous donner à lire la lettre qu'il m'adressa en retour de celle par laquelle je le remerciais
Cher Maurice Winny,
Pardonnez-moi de ne pas vous écrire à la main, mais je ne veux pas vous infliger mon écriture devenue quasiment illisible. Bien sûr, j'ai reçu, il y a peu de jours votre livre "Enfant caché" et ce fut pour moi un double plaisir, d'abord de le voir enfin publié sous une belle couverture photographique, beau caractère et mise en page, mais ensuite et surtout de pouvoir relire ce récit que j'avais aimé d'emblée, et qui garde à la lecture de l'imprimé toute sa saveur, sa sincérité dans l'émotion, sa qualité humaine
J'ai beaucoup travaillé depuis 2009: 5 livres - dont deux pour les enfants!- cela ne m'était pas arrivé depuis longtemps... Deux ont paru: un grand poème d'amour J'ai failli la perdre aux éditions de La Différence, et un roman la comédie des échecs, chez Publiboock. Deux autres vont paraître simultanément en janvier, chez Daniel Cohen, Editions Orizons: Je est un juif, roman, écrit en vers qui relate mon expérience, mais qui traite aussi des divers aspects de la judéïté, les diasporas, la shoah, le conflit israélo-palestinien, la religion, etc. C'est une œuvre qui n'a pas beaucoup d'équivalent! D'autre part, un ensemble de nouvelles, Le bal des baleines, qui évoque sous une forme d'humour et de fantastique bien des problèmes de notre société d'aujourd'hui... Enfin, au printemps 2011 va paraître un autre livre de poésie, où l'humour se fait macabre et un peu métaphysique: La mort, à vif, où Madame la Mort, raconte sa vie difficile, privée qu'elle est de sécurité sociale.
Enfin, un recueil de fables en vers pour les jeunes Le tour du monde des animaux est en voie de publication à la société des écrivains, avec des dessins très drôles de mon ami Daniel Hénon, qui avait déjà illustré mon livre pour la jeunesse Les premiers de la glace...
Mais ce n'est pas tout: je viens de mettre le point final au premier volume de mes critiques sur la poésie, sous le titre A brûler les réel, que j'ai emprunté à Pierre Reverdy, ce tome rassemble mes études sur la poésie en France, il y aura un tome 2, pratiquement achevé sur " La poésie d'ailleurs», donc de l'étranger... Là, je n'ai pas encore d'éditeur, et ça risque d'être difficile, car ce sont des livres substantiels... Le premier est déjà en lecture... mais je ne me fais pas trop d'illusion: c'est une bataille à mener.
Je vous raconte tout ça, sans être sûr que ça vous intéresse: mais enfin pour vous montrer qu'à mon âge - bientôt 82 ans! - la dynamique de la création ne m'a pas abandonné! Autre preuve: je viens de terminer un autre livre de poésie De ma mère, roman. Je vous en parle parce que plusieurs de ses chapitres évoquent mon enfance d'enfant caché dans une ferme, sous l'occupation, alors là, vous aurez une image de mon sort, très différent du vôtre, c'est vrai, mais où il y a des points communs. Pour que vous en ayez une idée, je vous envoie quelques uns de ses très courts chapitres en vers, vous serez l'un de mes premiers lecteurs pour cet inédit dont je vous donne la primeur, et vous me direz comment vous le trouvez, c'est une lecture sans complication, je crois, sous une forme très classique...
Voilà, cher ami Winny - cette abréviation me plaît! - quelques nouvelles fraîches, mais en premier lieu mes félicitations pour la publication attendue de votre Enfant caché que j'apprécie toujours autant et qui aurait peut-être mérité de ma part une préface plus étendue : je ne comprends pas pourquoi le nom du préfacier - qui n'est pas un inconnu - ne figure pas sur la page de garde, après "texte autobiographique" mais ce n'est pas grave.
En ces jours noélisants - ce n'est pas ma fête préférée, moi ce serait plutôt Hanoukah ou Pessah - je vous souhaite une bonne fon d'année et mes meilleurs vœux - mazeltov! - pour celle qui va commencer
Amicalement à vous,
Charles DOBZYNSKI
Mon cher Charles
Cette lettre complétant la préface de "Enfant caché, Hommage et malentendu" est pour moi, venant de votre part, un sujet de fierté et de plaisir. Cette abréviation du nom, Winny, était déjà celle qu'avaient choisie mes parents, tous deux Résistants à Lyon, lui à l'UJRE et aux groupes de combats des FTP, elle - qui vient de nous quitter - au groupe La Carmagnole et au MNCR, pour leur état civil d'après guerre. Moi - j'étais majeur à l'époque - pensant que mon grand-père, révolutionnaire bundiste qui avait fui la Pologne, alors province russe, parce que condamné à mort par les tribunaux tzaristes, n'avait pas démérité, je décidais de conserver son patronyme.
82 et 77 ans, gardons encore longtemps, vous et moi, notre âme de vingt ans et écrivons. Vous surtout dont chaque mot me touche. Là où il me faut un chapitre, vous n'avez besoin que d'une page, là où il me faut un livre, une ligne vous suffit. Je n'en citerai qu'une, prise parmi les autres dans ces poèmes que vous m'avez fait l'honneur et le plaisir de m'adresser en primeur et que je garde jalousement, tant ils me rappellent de souvenirs, La ferme, surtout : "les mots étaient écrasés par la nuit"... J'attends impatiemment la publication de ce livre dont les prémices m'ont mis la larme à l'œil.
Nous sommes parmi les derniers témoins. Après nous, notre histoire sera dans les mains des historiens où, au mieux, elle deviendra série de dates, série de lieux, série de chiffres, sans âme. Il en est même qui la contesteront. Laissons-leur notre émotion toujours vivante en héritage, notre douleur qui ne s'éteindra qu'avec nous, laissons-leur notre mémoire, peut-être certains d'entre eux en feront-ils quelque chose.
Merci encore, Charles, mon camarade (je ne suis plus stalinien depuis les années 70, mais le terme me plaît toujours) merci de m'avoir traité en ami.
Très affectueusement
Maurice Winnykamen
20 décembre 2010
Le MRAP m'écrivit, Ah! alors moi, Oy!
Le boulevard Magenta est enneigé, comme d'ailleurs tout Paris, ce 8 décembre 2010. Sur le trottoir de gauche, passée la station Jacques Bonsergent, vers la Gare de l'Est, au N° 43, se trouve le siège du M.R.A.P. Pas loin de là, que j'apprends la nouvelle qui me réjouit: Mouloud ne se représentera pas au Congrès du M.R.A.P. en Janvier 2010.
La neige à Paris! Entre pétaudière et enchantement. Au 43, le Conseil d'administration met la dernière main à la lettre qu'il m'adressera sous forme de commentaire à mon dernier message et qu'il publiera sur son site, 3 jours après. Sa conclusion sera : « Nous condamnons fortement ce qui s'apparente à une volonté délibérée de nuire à notre Mouvement. » Je tire une légitime fierté de voir ces mots que le CA m'adresse, déjà employés par le même à l'égard de personnalités comme Malek Bouthi, Alain Finkielkraut, le professeur Chagnon et bien d'autres. La lettre m'autorise - décidément ces gens là sont bien bons -, à ne pas partager leurs idées. Cependant, ils écrivent que mon blog et mon libre publié en 2007, colportent des rumeurs insidieuses et des contrevérités sur le M.R.A.P. Ah ! Je ne m'en suis pas aperçu et je ne retire, donc, rien de ce que j'ai pu écrire. Sincèrement, j’aurais préféré me tromper, avoir mille fois tort, mais… Bon sang, relisez mon livre (il porte le N° 120 dans votre nomenclature) et vous verrez qui, de vous ou moi, nuit au Mouvement comme le tabac à la santé. Vous n'êtes même pas d'accord entre vous !
« C'est donc avec intérêt et respect et même admiration que j'ai lu la première partie de l'ouvrage qui porte sur les années antérieures à 1977... Avec intérêt car j'avoue que j'ignorais nombre d'évènements qui ont participé à la naissance du MRAP ; avec respect car malgré les critiques que l'auteur porte sur l'évolution du MRAP je sens une force de conviction issue à la fois d'une expérience traumatisante (la Shoah qui fait l'objet d'un chapitre spécifique) et d'une activité militante de longue durée. Evidemment, un tel engagement débouche sur des conflits d'orientation. Nous y reviendrons. Reste que les mots me manquent pour dire l'admiration que je porte aux militants de cette génération. Les militants antiracistes d'aujourd'hui ont à gagner à fréquenter ces hommes et ces femmes qui ont combattu le fascisme et l'antisémitisme De même que les hommes antisexistes s'enrichissent à fréquenter des féministes... A la question de Maurice WINNYKAMEN : Le MRAP est-il dépassé ? Il faut répondre par la négative. Cependant il faut bien opérer un retour sur le passé. Maurice WINNYKAMEN a le mérite de poser les jalons de la réflexion nécessaire Delarue, Secrétaire national du MRAP. » Dans une deuxième approche, il est vrai, Delarue critique certaines pages du livre. C'est son droit et j'en suis heureux car ce livre, je le voulais comme une ouverture au débat, justement. Je pense que les dérives du M.R.A.P. proviennent du fait que, volontairement ou non, il a abandonné la formation de ses militants. Delarue critique d'une autre manière que vous, en positif et négatif, en laissant ouverte la discussion et en affirmant qu'on peut discuter fraternellement. De cela, je lui suis gré, car j’y suis prêt.
Mon livre, qui vous met tant dans l'embarras, "Grandeur et misère de l'antiracisme, Le M.R.A.P. est-il dépassé ?", se terminait par un appel au retour du Mouvement vers ses fondamentaux – j'ai alors rejoint le "MRAPReconstruction". D'autres avaient déjà enterré cette institution à laquelle je tiens car elle est, pour partie, œuvre de mes parents résistants en 1941, face au statut de juifs de Pétain. Mais, pris dans votre folie suicidaire, aveugles quant à la perte massive de vos adhérents, vous n’avez vu dans mon livre qu'une agression envers votre chef. Votre lettre du 11 a ce mérite de rappeler que la responsabilité est collective, que les décisions étaient prises en congrès et par les instances dirigeantes. Mais elle ne va pas jusqu'à convenir que ces instances étaient phagocytées par le roi Mouloud, que le congrès de 2008 s'est tenu alors que 40% des délégués avaient refusé d’y participer et que, donc, même si vous êtes élus en droit, vous ne représentez pas, à vous seuls, le M..A.P. Aujourd'hui, sachant que Mouloud ne sera pas réélu au congrès de Janvier 2011, vous semblez vouloir tenter une sortie honorable.
Mouloud serait, paraît-il, malade, et cela, si c'est exact, ne me réjouis pas. Je crois qu'on doit être humain en toutes circonstances. Mais par ailleurs, il n'a pas réussi à vous rassembler, voire à constituer une équipe, pour conserver la majorité au C.A. C’est dire combien il est aimé dans sa propre maison ! Pourtant, il avait obtenu des délais qu'il aurait, lui, refusé à ses contradicteurs, l'expérience ayant montré comment, par le passé, les règles démocratiques de Mouloud ressemblaient beaucoup au jeu du « chacun mon tour ». Demeurer dans la place en position minoritaire n'intéresse pas Monsieur, il ne se représentera pas, tout simplement.
De votre déconfiture, suis-je responsable ? Si j'y ai contribué, ne fût-ce que pour une toute petite part, dois-je gâcher mon plaisir ? Je n'ai pas l'esprit revanchard, mais tout de même ! Je dois reconnaître au M.R.A.P. une capacité de nuisance inimaginable, en pays démocratique, envers ses contradicteurs. Depuis 2007, date à laquelle a paru mon livre, cela n'a été que cris, fureur et menaces de la part des membres – en particulier niçois et mentonnais - du Mouvement. Envers moi comme envers quiconque aurait eu la prétention de proposer ce livre à la vente. La F.N.A.C. de Nice, a subi des pressions ayant pour but de la faire renoncer au forum prévu. Elle a eu le courage de braver l'interdit. Tous ne furent pas aussi téméraires. Bien des libraires s'empressèrent de retourner à l'éditeur les ouvrages qu'ils avaient commandés. Coïncidence? Je ne ferai pas la liste des mails envoyés à mes amis, des hurlements dans nos débats, et je ne dirai rien sur le refus qui me fut opposé d'intégrer le M.R.A.P. de Nice. Tout cela je l'ai, en texte ou en film. Cela n'a rien changé. Vous vivez sans doute vos dernières heures à la direction du Mouvement. Vous pourriez, alors, être plus modestes.
La prochaine direction aura sans doute à repenser les responsabilités concernant la déconfiture du Mouvement. Qui en est responsable ? Vous qui, majoritairement, souteniez Mouloud Aounit, lequel Mouloud imposait une politique d'antiracisme à géométrie variable ? Vous qui, abandonnant la laïcité, minimisiez et justifiez le voile et la viande hallal à l'école; vous qui faisiez des procès contre des enseignants dont le cursus scolaire les conduisait à aborder l'histoire de l'Islam ; vous qui traîniez en justice les philosophes, les penseurs, les dessinateurs et ceux qui les publiaient ; vous qui co-organisiez avec Latrèche des défilés ou l'on entendait des cris Mort aux juifs et refusiez de participer à la protestation nationale contre l'assassinat de Ilan Hallimi au prétexte que le F.N. y était – il y était si peu ! ; vous qui exigiez au nom de la religion des exemptions de sport et les heures d'ouverture séparées pour filles et garçons des gymnases et piscines, et refusiez de considérer une Association comme Ni putes ni soumises ; Vous qui acceptiez l'utilisation du mandat associatif de Mouloud comme marchepied vers des mandats électifs - souvenons-nous de sa grosse colère quand Jean-Paul Huchon, le Président de la Région Îles de France, lui refusa un fauteuil de vice-président ; faut-il continuer?
Vous ou ceux qui parlaient de justice sociale, d'égalité des chances de l'égalité entre hommes et femmes, de la priorité à l'éducation qui n'exclurait pas le sécuritaire mais le manierait à bon escient ; ceux qui ont critiqué, combattu vos attitudes et proposé le retour à ce qui avait fait la grandeur de l'antiracisme et qui en subissaient les misères ? Tiens, c'est le titre de mon bouquin ... Ceux que vous avez gentiment poussés vers la porte, les chanteurs, les écrivains, les militants, parce que conscients du terrain perdu par vous, ils le disaient.
Allons, qui est responsable de cette dégringolade ? De la réponse que saura, ou pas, apporter la nouvelle équipe à cette question, le M.R.A.P. renaîtra ou s'éteindra à jamais. L'Histoire tranche toujours. Moi, je souhaite qu'il vive dans l'honneur retrouvé. Si ce n'était pas le cas, malheureusement, c'est vous qui porteriez la plus grande part de responsabilité, pas moi qui n’ai fait qu’écrire ce que vous faisiez de la noble institution qui ne vous était que confiée, mais dont vous vous êtes cru les propriétaires. Allons, soyons optimistes, Ne pas l'être serait faire un procès d'intention à vos successeurs ! Souhaitons-leur bonne chance, au contraire. Les victimes du racisme, de l’antisémitisme, de toutes les ségrégations ont besoin d’eux, et la paix sociale, aussi.
Tout ceci étant dit, et au nom des luttes passées que vous avez ou pas menées, et vous en ferez ce que vous voudrez, je vous dis:
Fraternellement votre, et bonne année.
25 novembre 2010
C‘est éprouvant d’avoir la preuve que l’on a eu raison
Le M.R.A.P :
Aujourd’hui, Mouloud Aounit, ex Président et membre du Collège de la Présidence sortante du MRAP, a du mal à constituer sa liste de candidature en vue du prochain congrès. Il a demandé – et obtenu - un délai ! C’est déjà une bonne nouvelle, car je voyais avec tristesse la disparition programmée d’un Mouvement, né de la Résistance, à la création duquel mes parents ont participé et dans lequel j’avais milité dès l’âge de 15 ans, en 1950.
Alors je me souviens. Que d’insultes, voire de menaces, n’ai-je reçues début 2008, mes amis s’en souviennent, de la part de certains membres du M.R.A.P. et particulièrement de ses dirigeants niçois et mentonnais, lors de la sortie de mon livre : GRANDEUR ET MISERE DE L’ANTIRACISME sous-titré LE M.R.A.P. EST-IL DÉPASSÉ ? – j’insiste sur le point d’interrogation et je tiens à votre disposition leurs mails qui pourraient faire la joie de collectionneurs ayant manqué les épisodes staliniens où l’on s’en prenait, non aux auteurs de crimes mais à ceux qui, sans même les dénoncer tout à fait, osaient ouvrir la bouche. Car en ces temps de sinistre mémoire, il se trouvait toujours une bonne âme pour dénoncer qui avait l’outrecuidance de dire...
Mon livre faisait l’historique du M.R.A.P., d’abord Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix, créé en 1949 par les survivants du M.N.C.R., Mouvement National contre le racisme, conçu à l’initiative de Résistants en majorité Juifs et Communistes, en 1941, pour combattre le (s) statut (s) des Juifs de Pétain (1941 et 42) qui faisait (ent) de l’État français le seul, avec l’Allemagne nazie, dont l’antisémitisme fut officialisé par la loi. J’avais compris que les aberrations du M.R.A.P. n’avaient été rendues possibles que parce que ses dirigeants négligeaient cet historique. Aujourd’hui, pour bien des gens, le M.R.A.P. ne s’est jamais appelé autrement que Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, appellation qui occulte les deux termes essentiels initiaux : l’antisémitisme (à la sortie de la guerre) et la paix (comme si l’on pouvait parler d’amitié avant de faire la paix).
Je montrais nos luttes contre l'antisémitisme persistant, pour la promulgation d’une loi spécifiquement antiraciste, nos batailles contre le racisme anti-Algérien quand les travailleurs de ce Pays participaient à la reconstruction de la France, nos luttes pour faire reconnaître le droit des anciens combattants noirs, asiatiques et maghrébins, notre participation à la journée de sinistre mémoire du 17 octobre 1961 quand on dénombra, selon la police, des « noyés par balles dans la Seine ». Je m’arrête pour faire court.
Mais je montrais aussi les déviances du M.R.A.P. de Mouloud Aounit qui, au nom de l’antiracisme, soutenait le droit au foulard pour les collégiennes, revendiquait la viande hallal à l’école, portait plainte contre France soir après la publication des fameuses caricatures danoises, contre les profs d’histoire qui abordaient l’Islam pourtant prévu dans le cursus scolaire, les journalistes, les philosophes et j’en passe. Là aussi, je veux faire court.
Je montrais que le M.R.A.P. perdant plus de la moitié de ses militants (il devait tenir son congrès en 2008 en l’absence d’un tiers de ses organisations de base) poursuivait dans une voie dangereuse, traitant de raciste quiconque osait critiquer, voire seulement soulever une objection sur les effets visibles (le voile, la burqa…) de la religion islamiste
Une autre liste, enfin, prête celle-ci, qui se nomme liste M.R.A.P. Unitaire, se présente pour le congrès des 8 et 9 janvier prochain. Cette liste je cite, se veut un signe d’espoir pour la survie du MRAP dans la fidélité à ses valeurs fondatrices : aujourd’hui pour la survie du mouvement, et demain pour son développement.
Je souhaite que cette liste soit élue et que vive le M.R.A.P. renouvelé.
L’histoire du M.R.A.P est toujours d’actualité. Sa connaissance peut éviter de retomber dans les erreurs du passé.
GRANDEUR ET MISÉRE DE L’ANTIRACISME, LE M.R.A.P. EST-IL DEPASSE ?
(15 Euros + frais de port)
*
04 novembre 2010
le boycott d'Israël est une arme indigne
Chers amis,
voici un appel publié dans Le Monde dont les signataires sont, remarquons-le, de tous bords politiques et de toutes confessions, quand ils en professent une. Je le fais mien et je vous le livre, sans commentaire :
Une entreprise commence à faire parler d'elle en France, consistant à promouvoir un embargo d'Israël tant dans l'ordre économique que dans celui des échanges universitaires ou culturels. Ses initiateurs, regroupés dans un collectif intitulé Boycott, désinvestissement, sanctions, ne s'embarrassent pas de détails. Au vu de leur charte, tout ce qui est israélien serait coupable, ce qui donne l'impression que c'est le mot même d'Israël que l'on souhaite, en fait, rayer des esprits et des cartes. L'illégalité de la démarche ne fait pas de doute et la justice française ne tardera pas à la confirmer. Mais la justice sera bien en peine de sanctionner ce qui est essentiel dans cette affaire. C'est pourquoi, nous, associations, citoyens de tous bords, acteurs de la vie de notre pays, tous également attachés à la paix au Moyen-Orient et, donc, à l'avènement d'un Etat palestinien viable et démocratique aux côtés d'Israël, nous sommes convaincus que les boycotteurs se trompent de combat en prenant le parti de la censure plutôt que celui de la paix, celui de la séparation plutôt que celui de la possible et nécessaire coexistence - celui, en un mot, de la haine et non de la parole et de la vie partagées. La possibilité de critiquer, même de manière vive, le gouvernement israélien concernant sa politique vis-à-vis des Palestiniens n'est pas ici en cause. Peu de gouvernements sont autant sévèrement jugés, y compris par certains d'entre nous. Mais la critique n'a rien à voir avec le rejet, le déni, et, finalement, la délégitimation. Et rien ne saurait autoriser que l'on applique à la démocratie israélienne un type de traitement qui n'est réservé aujourd'hui à aucune autre nation au monde, fût-elle une abominable dictature. D'autant que, de plus, la globalité du rejet et sa bêtise font que l'on emporte dans le même mouvement les forces qui, en Israël, oeuvrent jour après jour au rapprochement avec les Palestiniens en sorte que les partisans du boycott sont, aussi, des saboteurs et des naufrageurs d'espérance. La paix ne se fera pas sans les Palestiniens. Mais elle ne se fera pas non plus sans les Israéliens. Et moins encore sans les intellectuels et les hommes et femmes de culture qui, quels que soient leur pays d'origine ou leur parti pris politique, travaillent à rapprocher les peuples. Céder à l'appel du boycott, rendre impossibles les échanges, infliger aux chercheurs israéliens, par exemple, ou aux écrivains on ne sait quelle punition collective, c'est abandonner toute perspective de solution politique au conflit et signifier que la négociation n'est plus dans le champ du possible. Nous n'acceptons pas cet aveu d'échec. Nous pensons que notre rôle est de proposer un chemin de dialogue. C'est pourquoi, nous, signataires, sommes résolument contre le boycott d'Israël et pour la paix - et, précisément, contre le boycott parce que nous sommes pour la paix. Yvan Attal, comédien ; Photo : D.R. Le boycott d'Israël est une arme indigne (lemonde.fr)
Pierre Arditi, comédien ;
Georges Bensoussan, historien ;
Michel Boujenah, comédien ;
Patrick Bruel, comédien et chanteur ;
Pascal Bruckner, essayiste ;
David Chemla, secrétaire général de JCALL, ;
Bertrand Delanoë, maire de Paris ;
Frédéric Encel, géopolitologue ;
Alain Finkielkraut, philosophe ;
Patrick Klugman, avocat ;
François Hollande, député (PS) de Corrèze ;
Georges Kiejman, avocat ;
Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris ;
Bernard-Henri Lévy, philosophe ;
Mohamed Sifaoui, essayiste ;
Yann Moix, écrivain ;
Bernard Murat, directeur de théâtre ;
Jean-Marie Le Guen, député ;
Pierre Lescure, directeur de théâtre ;
Serge Moati, journaliste ;
Daniel Racheline, vice-président de JCALL ;
Arielle Schwab, présidente de l'UEJF ;
Dominique Sopo, président de SOS-Racisme ;
Gérard Unger, président de JCALL ;
Manuel Valls, député-maire d'Evry ;
Michel Zaoui, avocat.
06 octobre 2010
Enfant caché, Hommage et malentendu
Chers amis,
Mon dernier livre : "Enfant caché, hommage et malentendu", est disponible sur Internet : http://www.editeurindependant.comwww.editeurindependant.comwww.editeurindependant.comwww.editeurindependant.com/doc/21707
Je remercie Edilivre d'avoir accepté ce que peu d'éditeurs acceptent, une réédition. À « Hommage », publié en 2001 comme témoignage en vue d’obtenir pour mes sauveteurs, les quatre Pegaz, la « Médaille des Justes entre les Nations », j’ai ajouté la cérémonie de remise de ladite médaille ainsi que celle des Massonnat, voir ma lettre à Albert. J'ai joint, aussi, des épisodes de la Résistance locale. Ce livre n'est plus le seul témoignage d'un enfant reconnaissant, mais c'est aussi une narration des évènements que j'ai vécus et une réflexion d'adulte sur la conduite des hommes placés dans des circonstances particulières.
Lettre à Albert, mon ami,
Tu le sais, en ces temps là, on ne m'appelait plus Maurice mais Marcel. J’avais huit ans, ma vie en dépendait. Toi, je t’appelais Albert, mais quel était ton nom, avant la guerre ? Je portais le patronyme de ma famille d'accueil savoyarde, les Pegaz. Toi tu portais celui des Massonnat d’en haut. Notre amie Berthe, celui des Massonnat d’en bas. À Le Montcel. Je ne savais pas que j'étais juif ni ce qu'était un juif. Mais toi, tu le savais et tu me l’as appris.
Voulant me présenter à Monseigneur afin d’obtenir de lui que l'on m'inscrivit au séminaire, notre curé exigea mon acte de baptême. Pour échapper à son insistance, on m’envoya à Lyon où je découvris le Statut des juifs de Pétain et la vie clandestine que menaient mes parents. J'héritais alors d'un nouveau nom, volé, peut-être, sur une pierre tombale dans un village bombardé, donc sans archives. Pendant ce temps, des hommes de la Gestapo se présentaient dans les fermes à Le Montcel. La présence d'esprit de Marie Massonnat, son courage évitèrent que Berthe fût prise, mais toi, Albert, tu avais disparu à mon retour. Depuis, je n'ai cessé de me sentir coupable. Nous avions le même âge, nous étions cachés tous les deux, dans le même village : "pourquoi lui et pas moi, en quoi suis-je fautif ?" En ces temps lugubres, où la haine et la gloire cohabitaient dans un cortège de sang, une branche de mon arbre généalogique, devenue trop faible pour supporter le poids de la désespérance millénaire qui l'accablait, a ployé jusqu'au sol en une pieuse et désespérée génuflexion. Elle s'est laissé recouvrir de terre et de cendres. Puis, elle a pris racines. Les racines ont créé une marcotte et la marcotte un bourgeon qui ne devra jamais plus se cacher, ni rougir du tronc judaïque dont il est issu ou de son appartenance à sa famille savoyarde. Ce bourgeon, c’est moi. Aussi, quand j'ai appris que toi, mon ami que j'avais pleuré pendant plus de soixante ans, tu avais échappé à la traque, il m'a semblé normal de rétablir la vérité, de réhabiliter notre curé que j'avais soupçonné à tort et de rendre justice à ceux qui, engagés dans la Résistance juive ou comme juifs dans la Résistance française, avaient, une fois de plus, sauvé un enfant. Mais alors, pour moi, une autre question s'est posée: Si tu n'as pas été pris, plus tard et ailleurs, si tu es toujours vivant et en bonne santé, pourquoi n'as-tu jamais donné signe de vie à nos sauveteurs? Comprends que leur geste, extraordinaire de courage, exigeait de nous une réponse. Une simple visite pour leur dire que nous n’oublierons jamais ce qu’ils ont fait, pas plus que nous n’oublierons celles et ceux de nos frères et sœurs qui n’ont pas eu la chance de trouver sur leur chemin d’infortune un Pegaz ou un Massonnat ! Comprends que leur geste était un geste d’amour pour l’humanité ? Que leur modestie nous engage pour la vie ? Qu’il nous appartient désormais de clamer cet amour géant que leur pudeur leur interdit de dire. Qu’il nous engage à combattre ici et maintenant, là-bas et toujours, la haine, l’intolérance, la ségrégation, l’exclusion, le racisme et l’antisémitisme ? Comprends que nous sommes l’avenir de nos sauveurs et aussi l’avenir de ceux qui n’ont pas eu leur courage. Nous sommes l’avenir des victimes, aussi, comme nos enfants sont notre avenir. Je t’embrasse. Maurice-Marcel, ton frère.
D'ici 45 jours, le livre sera disponible en format papier auprès des libraires internet (Amazon, Alapage, AbebooksAbebooksAbebooksAbebooks, Rue du Commerce, Chapitre, etc.) et sur le réseau DILICOM (réseau des libraires physiques).
30 juin 2010
Le bus de l'amitié
Le bus de l’amitié
Ce dimanche 27 juin 2010, l’Association Nationale pour l’Amitié Judéo-Musulmane, l’AJMF, association laïque dirigée conjointement par le Rabbin Sarfati et l’Imam Azizi, avec l’appui de la Mosquée de Paris, du Consistoire et du CRIF, arrêtait son bus sur la place Garibaldi, à Nice. Une tournée européenne pour manifester sa volonté de rapprochement entre les frères humains Juifs et Musulmans, qu’ils soient croyants ou athées. Ce fut une belle fête qui dura toute la journée dans l’esprit laïque le plus pur, en faveur le la Paix, n’en déplaise aux foudres de guerre qui aimeraient tant importer en France, terre d’accueil et de solidarité, le conflit du Proche-Orient.
Disons carrément, puisque l'Amitié est leur contraire, que le racisme et l’antisémitisme étaient, il fut un temps, l’apanage de l’extrême droite qui assumait son crime. Les deux ne sont pas obligatoirement génocidaires, mais ils sont issus de la même haine, matérialisée par les mêmes personnes. Il n’est que de citer Papon, responsable des rafles de Juifs à Bordeaux des 15 au 18 juillet 1942 (condamné à dix ans pour crime contre l’humanité, il a été libéré au bout de quatre, en raison d’une mesure de clémence qu’il n’avait pas eue, lui, envers ses victimes) et organisateur, avec son ami Frey, Ministre de l’intérieur, de la tuerie perpétrée contre les travailleurs Algériens le 17 octobre 1961 (les archives de la police indiquent des noyés par balle !) et de la tuerie de Charonne en 1962. Certes, la Shoah et le crime anti Algérien des trente glorieuses n’ont pas revêtu les mêmes proportions diaboliques, la même volonté d’éradiquer un peuple, ce ne fut pas la même organisation méthodique dans l’exécution en masse.
Mais ce qui retient l’attention, c’est qu’aujourd’hui, soi-disant au nom de la défense du faible, comme si parmi les victimes du racisme il fallait distinguer un faible et un fort - ce qui ressort de la fracture sociale pour laquelle le racisme n'est qu'un prétexte -, c’est la gauche et plus particulièrement la gauche de la gauche, qui vous expliquera qu’il faut comprendre, parce qu’ils sont pauvres et victimes de ségrégation, les réactions racistes de certains voyous des banlieues défavorisées, mais qui ne dira pas un mot des footeux français issus des mêmes quartiers qui jouent ailleurs et touchent leurs « modestes salaires » en Suisse, afin d'éviter de payer des impôts ; qui présentera au suffrage universel une femme voilée ; qui confondra Juifs et sionisme pour cacher son antisémitisme ; qui au nom des fautes politiques d’Israël demandera son éradication, sans se dire que si cette règle morale était appliquée, il n’y aurait plus d’Etat sur la terre. Ce faisant, cette gauche-là s’éloigne, et le mot est faible, des valeurs de la République française dont elle est héritière.
Certain(e)s tireront de ces attitudes gauchistes le prétexte à ne rien faire, à ne rien dire, on n'y peut rien, penseront-ils-elles. Les Juifs, qu’ils soient directement victimes d’antisémitisme ou pas, s'enfermeront dans le carcan communautariste et soutiendront tous les gouvernements israéliens, quoi qu’ils fassent. Ils ne signeront pas l'appel à la raison de JCall, proposé par La Paix Maintenant. Les autres rejoindront le camp des abstentionnistes déjà trop nombreux. Le piège qui est tendu aux uns comme aux autres est le même, il sert les mêmes intérêts. Ceux qui jouent ce jeu-là sont... non, je ne dirai pas le mot qui commence par Tr..., ils sont contre-productifs, comme on dit plus gentiment aujourd'hui, et ils seront tout aussi responsables des drames futurs que s'ils avaient agi de leur plein gré pour que le pire leur arrive. C'est bien la raison pour laquelle j'affirme que demeurer uniquement dans des actions de commisération, naturellement pleinement fondées, mais sans voir ce qui se passe aujourd'hui et sans militer pour demain est une aberration. C'est une planche savonnée sur laquelle on se laisse entraîner malgré soi, sans savoir où cela nous conduira. Exemple :
À Nice, aujourd’hui, c’est le M.R.A.P., issu du Mouvement National contre le Racisme créé par des Résistants pour lutter contre le double Statut des Juifs de Pétain en 1940/41, qui monte en première ligne pour bouffer du sioniste, défendre le droit à la viande Hallal dans les cantines scolaires, faire admettre le port du voile, fut-il intégral, comme un droit inaliénable de la femme ; qui attaque en usant de mensonges les propos et écrits des pacifistes, surtout quand il s'agit de la Paix entre Israël et le futur Etat palestinien; qui confond sous le vocable "Les Palestiniens", le peuple palestinien et le Hamas dont, rappelons-le, le nom figure parmi les organisations répertoriées comme terroristes. C’est le M.R.A.P. de Nice, qui aurait pourtant pu y tenir toute sa place, qui est absent de la fête de l’amitié Judéo-Musulmane, mais dont le Président plastronne revêtu de l’uniforme vert chez Darty (voir sur le net Europalestine Darty Nice, c'est hallucinant!) pour réclamer le boycott de produits israéliens. Il est accompagné d’un dingue même pas loufoque, qui affirme en public que l’armée israélienne coupe les bras des enfants palestiniens ! Qui, après de tels propos ne réclamerait-il pas que cet Etat disparaisse, le seul Etat démocratique de la Région, et alors, à qui profiterait ce crime? Le M.R.A.P. est-il devenu fou, lui aussi, qui croit à de telles inepties, ou est-ce seulement Christian Masson, son Président qui a fait son choix entre une manifestation pour l’Amitié et une action pour promouvoir la haine ?
L’antenne niçoise de l’AJM, actuellement présidée par le Docteur Mohamed Fernane, est vieille de trois ans, déjà. Le bus s’est arrêté deux fois à Nice, devant une foule qui ne sera jamais assez nombreuse mais qui ne passait tout de même pas inaperçue sur la place Garibaldi
Après les discours officiels, les Scouts musulmans - les Juifs et les Chrétiens ayant malheureusement fait faux bond - plantèrent symboliquement l'arbre de l'amitié. Une collation, offerte par la Mairie, attendait ensuite les participants à la Maison des Associations ouverte exceptionnellement ce dimanche, et dont le personnel se montra formidablement disponible et serviable. Les convives se quittèrent en entonnant la Marseillaise, sous la conduite du baryton Franck Ferrari, secondé de main de maître par le ténor Sauveur Assouz, par ailleurs Président du FSJU (Front Social Juif Unifié) et membre influant de l’AJM. Puis un film israélien, « La visite de la fanfare » (une fanfare égyptienne égarée dans un village d'Israël), fut projeté et ce fut l’occasion d’un débat dans lequel revenaient les mots Amitié, Gentillesse, Pudeur, Retenue, Amour. Mais il est vrai, l’ai-je dit, que Masson n’était pas là.
Le soir, c’est à la salle Django Reinhardt qu’eu lieu un débat, à l’initiative de Bernard Kohl, le Président de l’Association pour l’Amitié Judéo-chrétienne 06, qui est, personnellement, membre de l’AJM. Ce débat, les enfants d’Abraham, permit aux Rabbins Pinson et Sarfati, à Madame le Pasteur Christine Weinhold, aux Imams Hadj Abdelkader et Azizi, d’expliquer – et de s’expliquer – sur l’évolution des trois religions monothéistes, leurs contradictions et leurs points d’accord ou de désaccord. Madame le Pasteur revendiquant que l’on parle, aussi des filles d’Abraham, pas seulement de ses fils. L’athée que je suis se montra fort débonnaire, allant jusqu’à filmer tout le débat. Pensez à moi, amis, car si les auditeurs ont entendu chacun des discours une seule fois, le montage du film m’obligera à les écouter au moins 20 à 30 fois chacun. Oui, pour un athée, c’est dur, mais si ça sert l’Amitié, c’est peu cher payé, ne croyez-vous pas ?
Cette journée se termina par un repas pris ensemble, Casher pour les uns et Hallal pour les autres. Moi, j’ai mangé des deux avec un évident plaisir. Mais n’allez pas croire que je bouffe à tous les râteliers. Je laisse ça à Chris… Non, de celui-là, j’ai assez parlé, je n’en dirai plus rien, sauf à vous indiquer son adresse mail : chrymass@gmail.com dont vous ferez ce que vous voulez.
14 mai 2010
"Appel à la Raison"
Ce
3 mai 2010 fut officiellement lancé, depuis le Parlement européen de Bruxelles,
et à l’initiative de personnalités juives européennes un APPEL A LA RAISON, en faveur de la paix au Proche-Orient. Avant
même son lancement, cet appel, que je fais mien, aura recueilli des milliers de
signatures – parmi les plus prestigieuses du monde des arts, des sciences, de
la politique. Vous pourrez consulter la liste des signataires et, si vous le
jugez bon, que vous soyez Juif ou non, ajouter
vôtre nom sur le site www.jcall.eu.
« Appel à
la raison
Citoyens de
pays européens, juifs, nous sommes impliqués dans la vie politique et sociale
de nos pays respectifs. Quels que soient nos itinéraires personnels, le lien à
l’État d’Israël fait partie de notre identité. L’avenir et la sécurité de cet
État auquel nous sommes indéfectiblement attachés nous préoccupent.
Or, nous voyons que l’existence d’Israël est à nouveau en danger. Loin de
sous-estimer la menace de ses ennemis extérieurs, nous savons que ce danger se
trouve aussi dans l’occupation et la poursuite ininterrompue des implantations
en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem Est, qui sont une
erreur politique et une faute morale. Et qui alimentent, en outre, un processus
de délégitimation inacceptable d’Israël en tant qu’État.
C’est pourquoi nous avons décidé de nous mobiliser autour des principes suivants :
- L’avenir d’Israël passe nécessairement par l’établissement d’une paix avec le peuple palestinien selon le principe « deux Peuples, deux États ». Nous le savons tous, il y a urgence. Bientôt Israël sera confronté à une alternative désastreuse : soit devenir un État où les Juifs seraient minoritaires dans leur propre pays ; soit mettre en place un régime qui déshonorerait Israël et le transformerait en une arène de guerre civile.
- Il importe donc que l’Union Européenne, comme les États-Unis, fasse pression sur les deux parties et les aide à parvenir à un règlement raisonnable et rapide du conflit israélo-palestinien. L’Europe, par son histoire, a des responsabilités dans cette région du monde.
- Si la décision ultime appartient au peuple souverain d’Israël, la solidarité des Juifs de la Diaspora leur impose d’œuvrer pour que cette décision soit la bonne. L’alignement systématique sur la politique du gouvernement israélien est dangereux car il va à l’encontre des intérêts véritables de l’État d’Israël.
- Nous voulons créer un mouvement européen capable de faire entendre la voix de la raison à tous. Ce mouvement se veut au-dessus des clivages partisans. Il a pour ambition d’œuvrer à la survie d’Israël en tant qu’État juif et démocratique, laquelle est conditionnée par la création d’un État palestinien souverain et viable.
C’est
dans cet esprit que nous appelons tous ceux qui se reconnaissent dans ces
principes à signer et à faire signer cet appel. »
Cet
appel est avant tout un acte de foi en l’avenir d’Israël. Il rappelle que ce
pays, comme tous les pays, a droit à une existence non contestée. Il est une
supplique adressée :
- au gouvernement
israélien lui-même afin qu’il entame de véritables négociations pour une paix
durable au lieu de faire croire que l’acte de colonisation serait une solution
d’avenir ;
- au peuple
israélien désespéré, afin qu’il retrouve, avec l’espoir de paix, une joie de
vivre perdue à mesure que s’envolaient ses illusions ;
- à la gauche
israélienne afin qu’elle comprenne la portée de sa victoire idéologique, quand
Netanyahou lui-même parle aujourd’hui de deux États pour deux peuples, alors
que suggérer un Etat palestinien était considéré comme un gros mot au temps où
Shimon Peres était aux affaires ; c’est parce qu’elle a su imposer cette
idée forte que la droite l’a dépossédée de ce qui était discriminant, à son
avantage, aux yeux du peuple israélien ;
- aux communautés
juives de la diaspora afin qu’elles cessent d’avoir une vision idyllique de
tout ce qui contient le nom d’Israël et qu’elles affirment, avec tout l’amour
qu’elles peuvent avoir pour ce pays, que la paix est le gage de sa
survie ;
- à l’Union
européenne et aux Etats-Unis afin qu’ils soutiennent les initiatives de paix
plutôt que de défendre coûte-que-coûte les politiques contraires, alors que
l’existence d’Israël est de nouveau en danger, notamment avec la politique
jusqu’au-boutiste d’un Iran bientôt doté de l’arme nucléaire.
Les
auteurs du texte s’inquiètent de la situation de blocage des négociations sur
cette zone hautement stratégique pour la paix dans le monde et soulignent le
danger lié à l’occupation et à la poursuite ininterrompue de la colonisation en
Cisjordanie et des implantations dans Jérusalem-Est, qui sont qualifiées
d’erreur politique et de faute morale. Ils estiment que l’alignement
systématique de la Communauté juive sur la politique israélienne est dangereux.
Celles et ceux qui croient, en l’occurrence, soutenir Israël, ne soutiennent en
fait que la partie la plus réactionnaire de l’extrême droite israélienne.
Tout
comme l’équipe américaine de J Street, créée en avril 2008 afin de
contrebalancer le monopole que s’était octroyé la très puissante fédération de
toutes les organisations juives américaines « AIPAC », ils affirment
que cette politique est contraire aux intérêts vitaux d’Israël, tout comme à
ceux de l’État palestinien qui verra nécessairement le jour, car l’avenir des
deux peuples est inextricablement lié.
Pourtant,
avant même son lancement, l’Appel et ses auteurs ont rencontré la
désapprobation, délicat euphémisme, d’un certain nombre de personnes
appartenant à des Associations et mouvements (juives ou non, de la Droite à
l’extrême gauche) qui, à la manière des trois singes, ne voient, n’entendent et
ne disent que ce qu’elles veulent et ne font pas montre d’une honnêteté
intellectuelle évidente. Il est pour le moins curieux, et pour tout dire
inadmissible, qu’un tel appel qui devrait enthousiasmer tous les gens épris de
paix ait suscité tant de haine.
Nous
savions déjà, à « La Paix Maintenant 06», que les débats que nous
avons organisés autour de films et de livres en présence de leurs auteurs
israéliens :
- Yavin, le N°1 de
la télévision israélienne avec son film « Le pays des Colons », en
2007 ;
- Hagit Offran, la
responsable de l’Observatoire de la colonisation avec son diaporama, en
2008 ;
- Dror Etkès,
l’animateur du Yesh Din, groupement d’avocats défendant les droits des
Palestiniens devant la Cour Suprême israélienne, en 2009 ;
- Yavin avec son
deuxième film « I Blue » en 2010 ;
- et cette même
année 2010 Marius Schattner avec son livre « Israël, l’autre
conflit » ;
ont
été largement boudées par la Communauté juive et par l’extrême gauche. Mais du
moins, cela se faisait-il en silence, ce qui n’est plus le cas avec cet Appel
qui suscite des réactions odieuses.
En
réponse à ces attaques, de nombreux partisans de l’Appel ont répondu, prenant
en priorité, et à mon avis maladroitement, pour cible le CRIF – Conseil
Représentatif des Institutions Juives, le CRIF étant, selon eux, l’archétype d’organisations trop légitimistes et qui, en
France, serait converti au dextrisme israélien, un néologisme repris de
l’article de Gilles Paris dans le monde du 22 avril, après avoir fait preuve de plus d’audace et d’esprit d’ouverture dans
le passé.
Il
est vrai que Monsieur Prasquier, son
Président national, soutenu par mon ami Alain Belhassen, Président local, à
fait une déclaration avant même l’officialisation de l’Appel. Sa déclaration
contient des arguments difficilement contestables, même s’il en tire des
conclusions qui ne sont pas les miennes. Mais il l’a faite sans jamais passer
la ligne jaune, se souvenant que nous sommes tous, sinon des amis du moins des
militants solidaires devant tout acte raciste, tout appel à la haine raciale,
d’où qu’il vienne et qu’elle qu’en soit la victime, ce qui n’est pas toujours
le cas de ceux de son camp. Je reviendrai sur le CRIF – issu de la Résistance
française à l’occupation - et sur les autres déclarations plus hostiles dans
mon prochain message.
Lors
du voyage d’étude auquel j’ai participé avec « La Paix Maintenant
France », en octobre/novembre 2009, entre Israël et Cisjordanie, un haut responsable
palestinien nous disait : « Si
dans les 5 ans nous n’avons pas d’Etat palestinien, nous y renoncerons. Nous ferons
cesser toute violence et les instances gouvernementales palestiniennes seront
supprimées. Israël réinvestira alors l’ensemble du territoire et nous, nous
revendiquerons un homme une voix dans l’urne. »
Ce
jour-là, Israël, Etat juif et démocratique ou Etat des Juifs, voire Etat
démocratique tout court, aura cessé d’exister.
J’ai
signé cet Appel à la raison. Je redis à mes amis qu’ils peuvent en faire autant,
sur www.jcall.eu, et qu’ils peuvent nous
rejoindre à La Paix Maintenant 06, en appelant au 06 08 04 32 32 ou en laissant
un message à lapaixmaintant06@free.fr
.
31 mars 2010
dire non, c'est aussi voter... Parfois
A Lulu et aux autres amis de
Gauche Autrement,
Jamais, l'abstention ne fut
« La Bonne Solution », j’en conviens, mais y a-t-il, parfois, une
alternative? Mon commentaire, à propos des abstentionnistes, sur le blog
de Patrick Mottard, ayant suscité quelques réactions de votre part, je veux m'en
expliquer davantage. Vous avez développé l’argument selon lequel il fallait
impérativement voter à gauche, contre la droite et plus particulièrement contre
l’extrême droite, si virulente sur notre région. En clair, il fallait suivre
les mots d’ordre du PS au premier tour, de la gauche unie au second. Sur le
principe, je suis d’accord, mais cela ne me suffit pas. Il y a les idées, mais
il y a parfois, pour les soutenir, des candidats dont les comportements très
peu démocratiques laissent prévoir une dérive dangereuse pour la République. Je
m’accorde le droit de montrer que je ne suis pas dupe.
Je plains ceux qui, avant la
seconde guerre mondiale, ont élu ou réélu le communiste Doriot qui se
présentait contre un candidat de droite, et l’on sait jusqu’où la droite à mené
la France dans ces années-là. Mais voilà que Doriot, trahissant son parti et le
pays, créa le PPF de sinistre mémoire, entraînant à sa suite les Barbé, Giton
et autres Marion, également élus communistes, dans les rangs de Pétain. L’Histoire
a jugé et a condamné les renégats, mais leurs électeurs ont traîné le reste de
leur vie – souvent écourtée pour fait de Résistance – des regrets mêlés de
culpabilité et de rage... contre eux-mêmes.
L’élection de Jacques Chirac en
2002. Sans nos voix il eut quand même été élu. Cette « opération » me
laisse, elle aussi, rempli d’amertume. Il a surfé sur 82% des suffrages pour
mener sa politique impopulaire qui préparait l'avènement de Nicolas Sarkozy. Nous
n'avions pas voté pour Chirac, mais contre Le Pen et nous avons vu que « voter Contre » n'est pas plus
productif que s’abstenir, sauf pour l’élu qui peut alors nous prendre pour ce
que nous sommes : des billes ! Nous avons suivi les mots d'ordre du
PS. Les uns et les autres, nous cessons de penser par nous-mêmes, dès lors que
nous sommes encartés. Devions-nous bêler dans le troupeau ?
Ah ! la constitution
européenne. Là, nous avons clairement vu ce que notre Démocratie fait du vote
populaire : elle s’assoit dessus. Avez-vous vu des manifestations
populaires, organisées par nos élus, pour protester contre ce déni de
démocratie ? Non puisque le PS avait appelé à voter Oui et que la France
avait dit Non. Il arrive que les politiques aient raison contre le peuple,
l’exemple en est Mitterrand et la peine de mort. Mais y eut-il un seul meeting
socialiste pour dire aux gens : « Nous avons entendu votre message
mais vous avez tort ? » Non, pour préserver quelques sièges, l’électeur
a été traité par le mépris. Le message des politiques est clair : Naissez,
servez, mourrez, nous ferons le reste ! Pourquoi voulez-vous, dès lors,
que les électeurs se déplacent.
Les abstentionnistes sont-ils les principaux responsables du
mode démissionnaire qu’ils ont adopté ? Et si, tout simplement, ils ne se
reconnaissaient plus dans les candidats, tous partis confondus? Ils sont
tellement formatés par nos média, qu’ils ne distinguent plus ceux qui, parmi
les candidats, leurs sont dévoués de ceux qui ne sont complaisants qu’à
eux-mêmes ? Tous sont médecins, avocats ou magistrats, fonctionnaires et notamment
enseignants. Si par malheur l’un d’eux venait un jour à n'être plus élu
ou réélu, le médecin et l'avocat retrouveraient leur cabinet, le magistrat et
le fonctionnaire réintégreraient leur poste - au pire dans un autre lieu,
avec une promotion compensatrice. L’ouvrier ou le cadre de l’industrie, qui
produisent les richesses que les autres redistribuent, s’ils sont candidats,
sont immédiatement licenciés. Au lieu de créer ce fameux statut de l’élu qui
les aurait défendus, la gauche au pouvoir a préféré continuer à ne pas les adouber.
Bref, nos élus sont des gens savants, l'élite. Quoi de plus normal, dès lors,
que la bonne parole vienne d'en haut, jamais d'en bas. Et de quel côté
ranger les cumulards de mandat, tous partis confondus ?
Ne nous y trompons pas, le législateur l’a voulu ainsi dès le départ de cette
grande aventure nommée le suffrage universel. 1791: suffrage censitaire et indirect, réservé aux hommes payant un
impôt direct correspondant à 3 journées de travail (un cens), lesquels élisent
des électeurs plus riches qui voteront pour élire les Députés à
l'Assemblée nationale législative. 1799:
Droit de vote donné à tous les hommes de plus de 21 ans demeurant depuis un an et
+ sur le territoire. Ils choisiront un homme sur 10 qui figurera sur les listes
communales dites listes de confiance. Ce dixième élira à son tour un membre sur
10 de sa liste communale pour former la liste départementale. De cette liste
sera tiré un homme sur dix pour la liste nationale sur laquelle le Sénat
choisira ses membres. 1815: Le
suffrage censitaire est rétabli, mais la barre du revenu imposable pour voter -
pis encore pour être élu -, est relevée.
1848: Le suffrage universel est
adopté (décret du 5 mars) et ne sera plus remis en cause. Il faut être homme,
avoir plus de 21 ans pour voter et 25
pour être élu. Le vote devient secret. 1944,
le 21 avril, le droit de vote est enfin accordé aux femmes qui éliront pour la
première fois leurs conseillers municipaux en avril/mai 1945. C'est une
victoire que les femmes ont remporté par leur participation à la Résistance.
Ajoutons aussi que la misogynie est un mal bien partagé. 1974: Par la loi du 5 juillet, l'âge du droit de vote est abaissé à
18 ans. Le droit de vote était une telle avancée sociale en 1789 qu'il ne
serait certainement venu à l'idée de personne, que quelques 200 ans après
l'adoption du principe
de la Nation souveraine, quiconque pouvant voter s'en abstienne. Je suis outré de
la perspicacité prospective… et progressive du législateur qui a inventé -
n'est-il pas temps de changer cela et faudra-t-il attendre autant de temps que
pour l’accession au droit de vote des femmes ? -, ce système qui promeut
la confusion mentale plutôt que la clarté, en mêlant dans une case cochée « poubelle »
les bulletins exprimés blancs et les absents. Je refuse, quant à moi, de
confondre l’électeur qui, ayant fait son devoir de citoyen, s’exprime blanc (pour
quelque raison que ce soit) et le non-électeur inscrit au parti des
j’menfoutistes. Cela est une insulte de plus faite à la République et aux
républicains. Je persiste et je signe : Les scrutateurs ont trouvé mon bulletin
dans l’urne : Je dis non ! Ce vote
n’est pas nul, il est politique. Les électeurs qui se déplacent pour dire non
ne sont pas à confondre avec les abstentionnistes. Ce sont, eux, des
Républicains qui assument leur devoir de citoyen en exerçant leur droit de
vote, mais qui ne se reconnaissent pas dans certains candidats, même quand ils
soutiennent les idées de leurs partis et donc de leurs listes. Ils ont un
droit, qui leur sera reconnu un jour en toute démocratie, celui d’être comptés,
de ne pas voir leurs votes mélangés avec les non-voix de celles et ceux qui ne
se sont pas déplacés. Accorder ce droit donnerait sans doute le frisson à bien
des élus, c’est sans doute pourquoi, en bons démocrates, ils s’y opposent.
A Nice, seul Patrick Mottard a su, au nom du principe élémentaire de non cumul des mandats, refuser d’être candidat à la députation alors qu’il était Conseiller général et municipal, ainsi que professeur en exercice. Dont acte ! En remerciement, le PS l’a exclu de ses rangs… avec 48 autres socialistes dont nous sommes. Je considère ce geste comme une reconnaissance involontaire du vice à la vertu. Quant à Dominique, elle est Conseillère générale… et prof. Certains qui la regardent – beaucoup ne la voient que pour les services qu’elle peut ou pourrait leur rendre - discernent les effets de son dévouement sur les traits un peu creusés de son visage. Chapeau bas. Seront-ils encore demain nos élus ? Contre le PS ? Rien de moins sûr. Réélus ou pas, ils resteront nos amis.



