Déferlantes et Ecumoire

09 février 2014

Français, un peu de fierté de soi-même... et d'autrui, que diable!

Marcel Apeloig – février 2014 mapeloig@gmail.com

Aujourd’hui, force est de constater que l’antisémitisme, le vrai, pas celui qui était sous jacent dans l’antisionisme, le vrai antisémitisme qui exprime un rejet franc et net du Juif en tant que tel, s’exprime au grand jour. De Dieudonné à « citoyen lambda » en passant par les Soral des vieux tonneaux, ces personnes sont nettement antisémites et s’en réclament ouvertement, sans la moindre ambiguïté.

Allons-nous couvrir des pages et des pages pour les dénoncer, les citer, les faire connaître ? Si nous voulons leur apporter un supplément de notoriété, on ne peut pas faire mieux. Un commerçant avisé disait un jour à un interlocuteur qui lui rapportait qu’on disait beaucoup de mal de sa société et de son enseigne commerciale : « C’est vrai qu’on dit du mal de nous, mais on dit aussi du bien. L’essentiel, est qu’on dise, qu’on parle de nous, ça aide à nous faire connaître ! ». Si nous continuons dans la voie de la dénonciation permanente, des citations à longueur de publications, nous ne faisons rien d’autre que d’augmenter le nombre de « clients » de ces propagateurs de l’antisémitisme. Pour l’instant, cette clientèle, bien que déjà trop importante, ne l’est pas vraiment dans l’ensemble de la population française.

Je pense qu’il serait plus efficace de s’adresser maintenant à cette majorité de Français qui justement, ne sont pas encore gagnés à ces idées d’antisémitisme virulent. Comment ?

Mon idée est que nous devons ramener à notre mémoire, à leur mémoire, ce qui s’est passé, en France, entre 1940 et 1944. Alors que l’état, gouverné par les Pétain et Laval, était antisémite au point de promulguer des lois anti-juives et de livrer des Juifs aux autorités allemandes d’occupation, des Français de toutes confessions, voire sans croyance quelconque, sans maîtres à penser, par simple humanisme, ont aidé ce qu’on appelle « Les Justes » à sauver de cette persécution, le trois quart des Juifs e France.

À partir de ce rappel mémoriel, on peut s’adresser aux enfants, petits-enfants et même aux arrière-petits-enfants de ces Français là et leur tenir ce langage : " Vos ascendants n’ont pas hésité à risquer des graves dangers pour sauver des Juifs, que bien souvent ils ne connaissaient pas. Ceux-ci, persécutés par le gouvernement de l’époque furent accueillis dans vos familles, nourris, logés, cachés et protégés de l’arrestation et du voyage sans retour dans les camps d’extermination. Pourquoi vous, les descendants de ces gens braves, courageux et déterminés, vous seriez prêts à les désavouer en suivant les idées des antisémites d’aujourd’hui ?

Nous vous appelons à venir avec nous pour dire « non », la France et l’immense majorité des Français ne sont pas antisémites. Ne restez pas passifs. Ne riez pas et n’applaudissez pas ces humoristes qui se moquent de ce que nous, les Juifs, appelons la Shoah. Car ce mot - qui pour vous n’est peut-être qu’un mot – contient et rassemble un ensemble d’horreurs, de comportements inhumains, d’actes barbares et d’une volonté programmée, qui assurèrent la mort dans la torture de plusieurs millions de personnes.

Parmi celles-ci il y avait parfois, le voisin, l’ami, le compagnon de vos grands-pères et grands-mères. Parfois, c’était le docteur qui a guéri votre père ou votre mère, quand enfant, il ou elle étaient victimes d’une maladie grave. Ce pouvait être l’instituteur, le maire de la commune, l’épicier, le garagiste, etc. La Shoah, c’est ça !

Ce n’est pas un mot parmi d’autres, banal et qu’on peut moquer. Quand on se moque de la Shoah, on se moque de toutes ces personnes qu’on retrouva en 1945, sous la forme de squelettes et de cadavres entassés dans les camps où arrivèrent les troupes alliées, et qui pourrissaient au soleil ou sous la pluie. Soldats de ces troupes qui pour enterrer ces squelettes et cadavres furent obligés d’utiliser des bulldozers pour pousser ces monticules de restants d’êtres humains dans les fosses creusées par des excavateurs. La Shoah, c’est ça aussi ! Peut-on rire de cela ?

Aujourd’hui, les Juifs de France, ont besoin de vous comme ceux de 1940 eurent besoin de vos ascendants. Et ils les trouvèrent. Est-ce possible encore aujourd’hui ?"

 

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01 février 2014

Dieudirit, les gens sont...

Peut-on rire de tout ?

Sans doute, oui. Mais avec beaucoup de retenue et sans intention de blesser. Les humoristes de talent racontent des histoires qui frôlent la vérité de près, mais ils n’attaquent jamais les personnes ni les peuples. Les lieux favoris du rire sont : le comptoir, le bureau, les réunions amicales ou familiales, la scène. En général les blagues arrivent quand il faut meubler le temps. Alors, qui n’a pas entendu un collègue lui dire, en le rattrapant par la manche : "j’en ai une  bien bonne, c’est l’histoire de…" Je remarque, d'ailleurs, que la plupart du temps, il s'agit d'une blague à caractère racial mais difficilement assimilable à du racisme, car elle met en scène des personnes qui, pour être différentes du narrateur, n'en sont pas moins des gens qu'il aime bien... même quand il ne le sait pas lui-même.

Les cibles du rire sont, dans le désordre et de façon non exhaustive, les femmes, le poids et la corpulence des gens, leur ethnie, les outrances administratives, les erreurs répétées qui deviennent de mauvaises habitudes, les pratiques religieuses, la politique. Quelques exemples : Rire de la météo n’est pas un problème, car si les météorologistes vous annoncent grand soleil quand il pleut des cordes, ils seront mouillés, tout comme vous. Rire de la mère juive n’est pas un souci, car c’est une démonstration d’amour qu’elle fait à ses enfants quand elle vous les présente dans leur poussette : lui, le médecin, il a trois ans ; elle, l’avocate, elle a cinq ans ; elle veut qu’ils réussissent mieux que la génération de casquettiers qui les a précédés. Rire des Belges, pourquoi pas mais sachez que les Belges savent rire aussi. Rire des hommes qui creusent des tranchées dans la rue en leur demandant s’ils cherchent du pétrole est une blague éculée. Rire au bureau de l’administration qui vous demande un bordereau en six exemplaires pour obtenir une gomme, c’est rire de la stupidité administrative qui dépense plus pour économiser moins. J’avais un ami antillais très foncé de peau qui était le patron de la recherche sur les radars dans une grande entreprise française. Quand on lui redemandait un document parce qu’un employé de bureau l’avait égaré, il répondait : « moi y en a pôv nèg ! » Ça, c’est de l’humour !

Nous pourrions multiplier les exemples mais mieux vaut s’en abstenir.

En fait on s’aperçoit vite que ce qui est risible, ce ne sont pas les gens – surtout pas en raison des horreurs qu’ils ont subies - mais les actes, les choses, les attitudes, les habitudes dont on peut rire ensemble, même si l’on se sent concerné. On peut rire quand les blagues ne visent pas à asservir l’homme, à le rendre ridicule, voire méprisable. Quand elles ne servent pas à le nier en tant qu’être humain, comme ce fut le cas pour Madame Taubira notre ministre de la justice. On comprend vite que se moquer des hommes au prétexte qu’ils sont nés d’une ethnie différente et qu’ils sont reconnaissables à la couleur de leur peau, d’une culture différente mais ô combien complémentaire à la sienne propre, qu’ils ont une histoire particulière de souffrance collective, confine très vite à la haine de l’autre, cet autre dans lequel on se reconnait un peu soi-même, victime ou bourreau, victime et bourreau. C’est pourquoi les véritables humoristes s’inventent un ou plusieurs personnages qui incarnent ces actes, choses, attitudes et habitudes, objets de la moquerie. Car il ne s’agit pour eux que de moquerie, pas d’animosité, pas de désobligeance, pas d’appel à la haine raciale. C’était le propre de Dieudonné, du temps où il se produisait avec Elie Semoun, un temps révolu. C’est le propre de chacun d’entre nous, quand bien même nous ne sommes pas des humoristes professionnels, voire des humoristes tout court.

Vous rencontrez une personne obèse ou très vieille, bègue ou handicapée d’une manière ou d’une autre selon les critères de normalité de notre Société parfois trop civilisée pour encore comprendre l’essentiel du sens de la vie, quelle sera votre attitude ? Se moquer n’est pas drôle et touche à la goujaterie, plaindre n’est pas coopérant, tenter d’aider – selon les moyens que vous aurez à votre disposition est mieux. Savoir en même temps que nous sommes tous handicapés d’une certaine façon, que nous sommes tous « les gens » de quelqu’un, les idiots de quelqu’un, les têtes de Turc de quelqu’un et que nous avons ou aurons tous un jour ou l’autre besoin d’une solidarité active, c’est encore mieux ! Vous rencontrez une personne Noire qui se fait insulter pour rien si ce n’est la couleur de sa peau, quelle sera votre attitude ? Une personne juive, asiatique, amérindienne, quelle sera votre attitude ? Je connais, moi, l’attitude des Français qui ont sauvé l’enfant juif que j’étais et que les nazis avaient condamné. Ils n’ont pas ri !

Vous êtes Blanc ? Coluche parlait de vous en disant : c’est l’histoire d’un homme … normal… blanc. Et vous avez ri parce que si l’homme blanc a souvent souffert de guerres ou d’exactions diverses, ce n’était jamais en raison de la couleur de sa peau, c’était toujours par intérêt. Le vôtre ? Non ! Celui des commanditaires du conflit qui se cachaient derrière les nobles notions de Patrie ou de Religion ! Coluche vous donnait une leçon. Vous auriez pu entendre, si vous aviez dressé l’oreille, ce qui était sous-entendu dans ses propos, son deuxième degré bien à lui : c’est l’histoire d’un homme … normal… noir. Ou asiatique, juif, amérindien ou tout simplement pauvre … car pour lui, tout homme naissait normal et c’est la Société qui se chargeait de l’abîmer ! Il plaisantait, faisait rire en se moquant des travers des gens, mais il a inventé le resto du cœur !

Desproges, lui, disait : je suis fier d’être de ce pays où les juifs courent toujours. Il parlait de l’animosité des nazis envers les juifs qui ne pouvaient pas s’empêcher de se singulariser en arborant une étoile au revers de leur veston… une animosité réciproque, disait-il… Voilà de l’humour !

Ça vous a une autre gueule que « Shoananas, heilisraël et autres crématoires…dommage » du sieur Dieudonné qui ne se contente pas d’être antisémite ; qui va jusqu’à, pour attaquer la République et son Président, dénaturer de façon vulgaire la chanson culte de la Résistance, le chant du départ : « François la sens-tu qui se glisse …, la quenelle ? ». Pauvre homme, son bras quenelle, c’est son handicap à lui !

Le  langage et les gestes du racisme.

Le raciste, tout comme le xénophobe, a besoin de signes de reconnaissance et de ralliement qui dépassent le simple salut et le drapeau. Cela tient-il à la pauvreté de son oralité ? Peut-être. C’est le langage de la haine en tous cas - la haine des autres et la haine de soi – souvent poussée à l’absurde : le pas de l’oie comme s’il était naturel de marcher ainsi – même Lénine voulait que l’on fasse deux pas en avant, avant d’en faire un en arrière ; le bras tendu quand nul arbre fruitier ne vous tend ses agrumes. Ces gestes sont des démonstrations (ou tentatives de démonstration) de force physique et mentale individuelle et collective à l’échelle du groupe – voire d’un pays quand le groupe a « réussi », ce qui est toujours provisoire. Ils sont non seulement destinés à regrouper les partisans du chef, mais aussi à faire peur aux opposants de ce chef. Revoir les foules immenses, bras tendu sur la place de Berlin quand Hitler chauffait ses troupes civiles et militaires fait encore froid dans le dos quand on connait le bilan de ces hommes dans le monde, à commencer par celui de l’Allemagne.

Ces gestes sont, en complément aux paroles et particulièrement quand ils sont exécutés à dessein en des lieux sacrés de Mémoire, des actes de provocation. Ce sont aussi des moyens d’auto-motivation dont le gourou lui-même a besoin tant il connait, lui,  l’inanité à terme de son combat. Il y a aussi dans ces gestes une part d’ivresse et de sensualité, voire de sexualité : plus le chef débande, plus du chef il branle, plus il tend le bras ! Dieudonné, ta quenelle branle bas. Branlebas de combat, ô Dieudo, ah ! Dieudo, c’est sans intention de te blesser que je t’offre ce poème écrit par un homme que tes propos condamnent pour la nième fois, je t’offre son humour qui dit tout l’amour qu’il portait à toute l’humanité :

Maudit soit le père
De l'épouse du forgeron
Qui forgea le fer
De la cognée avec laquelle
Le bûcheron abattit le chêne
Dans lequel on sculpta le lit où
Fut engendré l'arrière-grand-père
de l'homme qui conduisit la voiture
Dans laquelle ta mère rencontra
Ton père

Robert Desnos (poète français né à Paris le 4 juillet 1900, décédé le 8 juin 1944 au camp de concentration de Theresienstadt mis en place par la Gestapo dans la forteresse et ville de garnison de Terezín, aujourd'hui en République tchèque. Wikipédia)

 

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21 janvier 2014

DIEUDONNE, suite: la folie comme moteur du racisme ou l’homme responsable de ses actes ?

DIEUDONNE jugement de valeur, la folie comme moteur du racisme ou l’homme responsable de ses actes ?

 

Souviens-toi, mon amie, il y a quelques années, déjà, nous descendions ensemble le Col de Fenestre depuis l’Italie, Col que nous avions préalablement grimpé en hommage à ces 1200 juifs que les Italiens de la IV armée avaient assignés à résidence à Saint Martin Vésubie afin de les protéger de Vichy et des Allemands, et que ces derniers avaient pourchassés sur ledit Col et celui de Cerise dès l’armistice signé  en septembre 1943 entre les alliés et, pour l’Italie, le Maréchal Badoglio qui succédait à Mussolini, arrêté.

Tu me disais d’Hitler et de sa bande d’assassins qu’ils étaient fous. Je t’avais répondu que non. Il ne faut pas, te disais-je,  porter comme cela des jugements de valeur à l’emporte-pièce sur les individus, car cela risque de les dédouaner  de leurs crimes ; il faut juger leurs actes, rien que leurs actes : le crime contre l’humanité et l’organisation du crime, la responsabilité d’une guerre mondiale qui a fait environ 75 millions de morts civils et militaires, la Shoah et la tentative génocidaire d’éradication du peuple juif, l'assassinat programmé des Tziganes et des gens du voyage, la suppression des malades mentaux au nom de « la race pure »…  Juger leurs actes en tenant compte des circonstances dans lesquelles ils ont été commis, circonstances atténuantes ou circonstances aggravantes. Ensuite, mais ensuite seulement, on peut attribuer ces actes aux individus. Sont-ils (sont-elles) fous (folles) et dans ce cas, malades ? Si Hitler était un grand malade, peut-on lui reprocher ses crimes. Mais il n’était pas malade, c’était un homme comme tous les hommes, avec la capacité de faire le bien comme le mal, qui avait librement choisi de donner libre cours à la haine. Comme je te disais cela, un homme grand et mince tout de noir vêtu à l’exception de son col blanc nous suivait et il me dit : ce que vous dites m’intéresse, pouvons-nous en discuter un jour, venez me voir à mon bureau, je suis Monseigneur Sankalé le Nouvel évêque de Nice. Sache, mon amie, que je n’ai jamais osé, moi si petit, frapper à la porte de l’évêque. Celui-ci a été depuis remplacé, mais cela est une autre histoire.

Ce que je te disais ce jour-là, je le pense encore, mieux et plus fort que jamais. Tout comme je réfute le raccourci que font tant de gens, à commencer par les victimes du nazisme ou pire, leurs ayant-droit : les Allemands sont tous … Rendre coupable les enfants des crimes de leurs pères, est intolérable, mais qui plus est, si ce sont les enfants des victimes qui rendent responsables les enfants des bourreaux des crimes de leurs pères, c'est la chaîne de la haine qui se forme et il n'y aura jamais de paix. Cela s’appelle de la xénophobie, sœur du racisme, cette phobie souvent meurtrière dont on cherchera vainement plus tard, quand elle aura fait tant de mal, à définir la cause. Le racisme et la xénophobie sont injustifiables. Car ils ne s’en prennent jamais à un individu qui déplairait pour une raison ou une autre, ils s’en prennent à des ethnies, sans vraiment savoir pourquoi : les Noirs sont ceci… le péril jaune… les Arabes ne m’en parlez pas… la perfide Albion… et les Juifs donc, cette race perfide, comme le disait le curé de mon enfance, qui à crucifié notre Seigneur Jésus Christ (un juif… pas le curé, le Christ !)

Je préfère tirer des leçons de cet archange noir que fut Nelson Mandela auquel je rends hommage. Sans oublier qu’à l’époque tous les Allemands n’étaient pas nazis, les premiers camps de concentrations, comme Dachau, ont été ouverts pour enfermer les opposants allemands à Hitler. Je dirai même: pour les éliminer !

Souvenez-vous, Monsieur le rabbin de cette réunion que nous tînmes à Nice dans un préau d’école de la rue Verdier. J’étais présent car l’Association des amis du musée de la Résistance que je représentais alors avait prêté à l’association organisatrice ses panneaux sur l’occupation, la Résistance et la Shoah. Ce jour-là, Monsieur le rabbin, vous affirmâtes que la Shoah était une punition de plus affligée aux juifs par l’Eternel, mécontent qu’Il était du peu de foi que montrait le peuple d’Israël, Son peuple élu, à Son égard. Et ce grand Dieu, quand Il n’est pas content, cela est bien connu, détruit Son peuple, tout simplement (le déluge, Sodome, Gomorrhe). Assad en Syrie tente de l’imiter, mais cela aussi est une autre histoire. Merci lecteur de ne pas confondre le  peuple d’Israël, notion biblique,  et Israël le pays, réalité des hommes dont nous pourrons discuter plus tard mais qui ne fait pas partie de ce message-ci. Je vous avais répondu, Monsieur le rabbin, dans des termes sensiblement identiques à mon propos sur la folie des hommes : si Hitler n’était que le bras armé de Dieu, que pouvait l’homme lui reprocher ? Rien ! Mais non, l’homme Hitler avait longuement muri son projet et avait exécuté point par point avec détermination et minutie tout ce qu’il avait annoncé dans son « Mein Kampf » (lequel « Mein Kampf »,  Mon Combat,  livre maudit, continue d’être réédité et diffusé comme parole sacrée, avec « le Protocole  des Sages de Sion », ce faux en écriture et véritable pamphlet, dans certains pays. Je n’avais pas été le seul à protester, Monsieur le rabbin, contre vos dires. D’autres personnes de la Communauté juives avaient suivi mon raisonnement, et même certains de vos collègues rabbins du Consistoire ou non –je pense à mon ami Yeshaya Dalsace, rabbin Massorti  -  vous avaient fermement tancé, ce qui m’avait quelque peu rassuré.

Cela me rappelait le procès Eichmann, cet organisateur en chef de la « solution finale » qui, depuis sa cage de verre dans le tribunal israélien, tentait de se faire passer pour un simple fonctionnaire ayant obéi aux ordres du Führer. Comptable méthodique, organisateur de talent, certes, mais obéissant aux ordres. Et je me demandais jusqu’où il faut ne pas obéir. Les Evêques, Cardinaux et autres Clercs de l’Eglise qui ont participé au sauvetage d’enfants juifs durant la seconde guerre mondiale n’ont-ils pas montré le chemin de la désobéissance à l’Etat et celui de la fidélité à leur foi ? Les Résistants qui ont combattu l’occupant et qui pour cela étaient qualifiés de terroristes n’ont-ils pas indiqué la voie de l’humanité contre la barbarie nazie ? Les simples gens qui m’ont accueilli et ceux qui leur ressemblent, qui par leur attitude ont sauvé de la déportation les deux tiers des juifs de France – bien sûr qu’un tiers, 76000, soit déjà trop - quand ailleurs ils furent massacrés à plus de 90%, ces patriotes bienveillants et emplis d’amour, n’ont-ils pas rendu ses couleurs à la France ? Si Eichmann n’a fait qu’obéir à Hitler et Hitler à Dieu, n’en sont-ils pas moins coupables vis-à-vis des hommes, des femmes, des enfants de tous pays qui furent leurs victimes pour n’avoir pas su dire non ? N’eussent-ils point dû, en humain et fidèles de l’Eglise qu’ils étaient, se rappeler que si Dieu – s’Il existe – n’est pas intervenu dans cette tuerie des hommes – c’est l’explication que donnent les Rabbins et autres clercs de l’église – c’est justement parce qu’Il avait voulu que l’homme se prenne en charge et qu’à cet effet, Il lui avait délégué sa capacité de choisir entre le bien et le mal ! En l’occurrence, ils choisirent le Mal absolu et l’Histoire comme les hommes les ont jugés ! 

Aujourd’hui, Dieudonné. Avec ses provocations verbales antisémites insensées d’un autre âge qui s'adressent aux plus bas instints et font se « marrer » une partie malheureusement trop importante du peuple  ; avec son geste assimilable à un salut nazi retenu effectué devant les mausolées et autres lieux de commémoration du martyre juif, et celui  plus explicite de certains de ses émules devant le théâtre de la main d’or et ailleurs (la ville de Nantua devrait lui faire un procès pour détournement de son image culinaire et celle de ses brochets) ;  avec son art de profiter à la fois du manque de pédagogie sur l’esclavage qu’il oppose à celle de la Shoah ; avec ses amalgames anciens et nauséabonds venus de la droite extrême qui le soutient, amalgames qu’il exploite auprès d’une partie de l’extrême extrême gauche pré conquise et de la jeunesse des quartiers pauvres (juif = riche était la justification du gang des « barbares » de son ami Fofana qui assassina Ilan Halimi) ; avec sa démagogie poussée jusqu’à l’incantation en guise de  pédagogie, aidé par les gens du dictionnaire qui, sans intention mais aussi sans réflexion, ont admis que le mot ghetto devint un  substantif commun ; avec des soutiens comme Soral qui lui apportent la culture antisémite traditionnelle et les liens familiaux qu’il tisse avec ses adversaires d’hier (J.M. Le Pen n’est-il pas le parrain de sa fille ?) ; avec la dissimulation de son racisme derrière la liberté d’expression ; avec sa connaissance (aidé en cela par un parterre d’avocats) des insuffisances ou des contradictions  de notre démocratie qui lui permettent de ne pas payer ses impôts et ses amendes (68000 Euros, une paille, comment n’est-il pas encore en prison ?). Oui, comment ? En organisant son insolvabilité derrière des Sociétés écran dirigées par Mesdames mère et épouse et alors que des transferts d’argent partent pour lui, incontrôlés et impunément vers le Cameroun et peut-être vers les paradis fiscaux… et je ne compte pas les agressions verbales contre notre pays, la France, notamment pour protester contre les frappes en Lybie !

C’est un peu beaucoup, ne trouvez-vous pas, pour un homme innocent ? Alors Dieudonné est-il fou ou responsable de ses actes. Je penche quant à moi pour la seconde hypothèse et je le dis crument, il faudra qu’ils en répondent, lui et ses associés. Démocratiquement !

En attendant que la justice fasse son travail jusqu’au bout, ce dont je ne doute pas, faisons à ce triste individu et aux forces du mal dont il s’est solidarisé le moins de publicité possible.

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16 janvier 2014

Dieudonné 1, Marketing

Je suis informé d’une personne se référant de moi actuellement et demandant par mail que soient dénoncés les enseignants qui toléreraient que leurs élèves exécutent le geste de la quenelle. Sachez, amis, que cette affirmation n’est aucunement fondée. J’estime qu’une telle démarche tiendrait de la délation, acte que je déteste. L’enfant juif que j’étais – l’imparfait ne vaut que pour l’enfant – est passé au travers des mailles de la délation pourtant grassement payée dans les jours noirs de l’occupation allemande en France. La délation, même si elle est organisée avec les meilleurs intentions, est pour moi un acte incohérent, contre-productif et dangereux, car il s’oppose en tous points à la discussion, à la force de conviction et d’entente. Il conduit au fascisme. C'est une arme du communautarisme, avant-garde du racisme, de la haine, de jugements irréfléchis de la valeur de l’autre. Le vivre ensemble est la seule voie qui soit ouverte à l’humanité, si l’humain choisit la vie! Un piège m’est tendu ? Soit, je l’accepte et je parlerai donc de Dieudonné.

Ayant préalablement diffusé, en accord avec ses auteurs un texte appelant à un rassemblement niçois contre son « spectacle: Le Mur », mais les conditions ayant changé avec les décisions du Conseil d’Etat interdisant ledit spectacle, j’ai envoyé aux représentants des 4 cultes et 19 associations des Alpes maritimes qui composent l’Entente « Ensemble respectons-nous », le message suivant qui a pour objet d’annuler la rencontre. Ce texte a été approuvé à l’unanimité :

« Le Collectif des Alpes maritimes, « Ensemble Respectons-nous », collectif d’associations françaises civiles, culturelles ou/et cultuelles, mues par un même idéal humaniste, avait envisagé pour le 15 janvier 2014, un rassemblement républicain pour dire « Non à la haine raciste, antisémite et xénophobe ».

Suite aux décisions du Conseil d’Etat interdisant le « spectacle » de Monsieur Dieudonné successivement à Nantes, Tours, Orléans et Paris, et dans le but de faire cesser toute agitation dont la conséquence serait d’augmenter l’indice de popularité de ce pseudo artiste – en réalité un dangereux propagandiste de l’antisémitisme -, cette rencontre est annulée.

Nous demeurerons cependant vigilants et nous nous opposerons à tout acte, toute action, toute violence et toute provocation raciste, antisémite ou xénophobe, d’où qu’elle vienne. NON ! Monsieur M’BALA M’BALA (DIEUDONNE) ne détruira pas notre République et nos valeurs républicaines. OUI ! Nous poursuivrons notre combat pour le VIVRE ENSEMBLE.

Pour le Collectif Ensemble Respectons-nous »

*

Est-ce à dire que j’emboîte le pas de ceux que seule la peur de propulser Dieudonné vers un triomphe immérité qui serait celui du crime, car le racisme est un crime ; à ceux qui vitupèrent les « fidèles de l’artiste » parmi lesquels la plupart ne seraient venus que pour « se marrer » sans réfléchir aux conséquences pourtant prévisibles qu’ils produiraient en soutenant une infime minorité racistes ? Non, allons plus loin dans l’analyse, une analyse que je ferai en plusieurs points :

1)    Dieudonné et le marketing.

2)    Jugement de valeur sur l’individu? La folie comme moteur du racisme ou l’homme responsable de ses actes ?

3)    Peut-on rire de tout ? Le langage et les gestes du racisme. Information et provocation, la liberté d’expression a-t-elle des limites ? Est-il interdit d’interdire ?

4)    Organisation de sa propre insolvabilité et ne pas payer ses impôts dans son pays.

5)    La notion d’antériorité, quand  à juste raison on se targue d’antiracisme, permet-elle d’avoir un langage « assassin » contre un ministre de l'intérieur qui prend aujourd-hui des mesures contre un spectacle antisémite et prendrait sans doute les mêmes mesures contre tout spectacle raciste ?

Chacun de ces points fera l’objet d’un message séparé dans mon blog. Vos nombreux commentaires, que j'espère, permettront de cerner les avantages et les inconvénients de la libération sans pareille de la parole, telle que nous la vivons dans notre République.

Dieudonné du point de vue marketing

Votre fabricant de voitures ou de laitages, auquel vous êtes fidèle et qui, supposition gratuite,  vous faisait rire de surcroît,  ne propose soudainement que des produits daubés ou dépassés ? Ce faisant, il altère son image de marque. Vous pouvez, comme c’est le cas aujourd’hui - avec un certain vague  à l’âme - trouver des constructeurs et producteurs concurrents plus sérieux ou mieux placés dans leur rapport qualité/prix, et donc choisir leurs produits. Mais si votre ex fournisseur s’emploie de nouveau à vous satisfaire - rapidement, avant qu’il ne soit totalement oublié (notoriété) -, son image se redressera et vous pourrez retourner à lui. Les spectacles sont des produits que vous proposent les artistes.

J’ai appris, et appliqué dans ma vie professionnelle le concept marketing faisant la différence entre l’image de marque et l’indice de notoriété. La première se gagne jour après jour par la qualité des produits et services offerts à la clientèle, cela prend du temps, c’est l’obligation d’une continuité, c’est difficile ! La seconde vient tout naturellement si précisément l’image de marque tient. Elle peut aussi, plus exceptionnellement, venir sur un coup d’éclat bien médiatisé, sans que l’image de marque ne progresse d’un iota, mais dans ce cas-là, elle est fragile. En un mot, l’image de marque est difficile à installer et ne dure que tant que l’on satisfait les exigences de son public, alors que la notoriété s’incruste dans les esprits, mais s’effacera dans le temps si vous avez altéré votre image, plus vite encore si elle ne repose sur rien.

N’est-ce pas ce qui est arrivé à Dieudonné au temps où il faisait ses duos avec Elie Semoun? Le duo  s’était construit une superbe image  basée sur le rejet du racisme et de l’antisémitisme – pensez, un juif et un noir devisant sur scène ! L’indice de notoriété grimpant, les deux partenaires en avaient bénéficié, ensemble et chacun ! Mais voilà que l’un des partenaires, Dieudonné, peut-être le meilleur combattant de l’antiracisme, tourne le dos à toutes ses valeurs. Du coup, il déçoit, plus personne ne parle de lui, il est oublié. Cela dure de longues années… et le voilà antisémite, car il faut bien que ce soit de la faute à quelqu’un ! Son ancien associé ? Les juifs ? Une aubaine pour les vrais antisémites et voilà leur coup de génie médiatique ! L’ancien champion de l’antiracisme, l’ex adversaire du Front National lors d’élections municipales à Dreux, enfourche les thèses du communautarisme et pratique les amalgames : juifs = Israël = sionisme = la Shoah y en a marre = les fours et les fours... dommage ! Il est désormais soutenu par cet autre « humoriste » qui grinçait d'un oeil et traitait les crématoires de "détail de l’histoire". Tous deux seront du reste condamnés à plusieurs reprises pour leurs propos antisémites. Amis, vous connaissez tout cela, les média qui se délectent à ce sujet s’en sont fait l’écho.

Curieusement, cela me fait souvenir d’un certain Mouloud Aounit – paix à son âme – qui, secrétaire Général – Président et porte-paroles du MRAP, minimisait avec sa faconde habituelle les actes antisémites – surtout s’ils émanaient des banlieues défavorisées, car là, disait-il, il pouvait les comprendre ! – sur les plateaux de télé et à la radio où il revendiquait la  viande Hallal aux cantines et le foulard à l’école. Le MRAP a-t-il réellement changé d'attitude? Certes il condamne Dieudonné aujourd'hui, mais se croit obligé de rappeler que "les propos incriminés ont déjà été dénoncés par le MRAP dans son communiqué du 3 juin 2009 dans les termes suivants : Quand Dieudonné répond à des injures racistes par d'autres injures racistes, antisémites au cas particulier, cela montre les limites de la vraie nature de son pseudo combat". Y a-t-il là la moindre condamnation? Non! C'est plutôt l'art de poser le bémol habituel dès lors qu'il s'agit d'antisémitisme sur la condamnation à laquelle le MRAP est contraint aujourd'hui de faire chorus. Rappelons-le, ce n'est pas Dieudonné que le Conseil d'Etat a condamné, mais son spectacle Le Mur qui n'existait pas en 2009, alors, quid des propos déjà dénoncés en 2009? Nous sommes en 2014, Le MRAP n'a-t-il pas de références moins anciennes à fournir? Ensuite, l'attitude actuelle de Dieudonné ne serait qu'une réponse, mais une réponse à qui? Le MRAP, pourtant spécialiste de procès en tous genres peut-il produire des jugements obtenus pour injures raciales contre Dieudonné? Non! Mais il poursuit ses condamnations en demi teinte pour les actes antisémites. J’ai produit, alors, un livre sur le MRAP – sur le MRAP et non contre le MRAP -, "Grandeur et misères de l'antiracisme, la MRAP est-il dépassé" que je vous fournirai à la demande, je n’en produirai aucun sur Dieudonné.

Revenons à la notion marketing: le spectacle de Dieudonné  contient des injures et menaces antisémites aussi bien qu'une nostalgie du nazisme. Il altère j'image de marque de l’artiste. Ce dernier comprendra-t-il un jour son erreur. S’il ne la comprend pas grâce à la magnifique réaction populaire aidée par les tribunaux et le gouvernement actuel, il ne pourra pas dire qu’il ne savait pas et il aura fait son malheur. Tout seul ? Non ! Manipulé, lui qui se prend pour un manipulateur, par une frange de vrais racistes et antisémites au premier rang desquels se trouve Monsieur Soral, imitateur (le talent en moins) du Céline d’avant. Dieudonné  a déjà il dit qu’il abandonnait son spectacle « Le mur » et annonce qu’il se produira autrement. Est-il crédible quand déjà il a menti en la matière, notamment en promettant de ne pas chanter sa shananas ? Non seulement il a chantée mais encore qu’il a faite chanter à tout son public ?  Faisons de prudentes réserves.

Je désespère moins des spectateurs qui ne souhaitaient voir ses spectacles que pour se "marrer", car je sais que le peuple de France n’est ni raciste ni antisémite, il l’a prouvé durant la seconde guerre mondiale. Certes il y a en France des antisémites, mais il y en avait aussi durant l’occupation et si nous connaissons leur triste bilan, c’est que nous connaissons notre triste destin. Pourtant, souvenons-nous : qui l’a emporté ?

Cela fait 8 ans que cela dure avec Dieudonné. Pour lui c'est la limite à ne pas dépasser, car en perdant son image de marque, il perdra sa notoriété et il ne reviendra pas. Son combat Dieudonné aujourd’hui doit le mener contre Dieudonné, contre les idées et beaucoup moins contre l’homme. S’il le veut ! S’il le peut encore car il est difficile de ne pas glisser quand on vous a installé sur une planche savonneuse et que vous en êtes tout fier. Fassent nos critiques l'y aider. J’ai aimé l’homme, l’humoriste, le militant antiraciste autant que je déteste le pantin articulé, le propagandiste du nazisme, l’antisémite. Taisons-nous désormais, ne serait-ce qu’un temps, pour l’aider à remporter la seule victoire qui vaille et qu’il est le seul à pouvoir emporter sur lui-même, celle de la démocratie républicaine française. S'il pert cette bataille, on ne parlera plus de Dieudonné l'artiste, l'artiste sera mort. Mais sans doute restera-t-il l'homme politique, le propagandiste de la haine raciale.

Alors le peuple de France répondra présent. NON ! Monsieur M’BALA M’BALA (DIEUDONNE) ne détruira pas notre République et nos valeurs républicaines. OUI ! Nous poursuivrons notre combat pour le VIVRE ENSEMBLE.

(a suivre:) Jugement de valeur sur l’individu? La folie comme moteur du racisme ou l’homme responsable de ses actes ?

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27 décembre 2013

Un conte de Noël tiré de: Symphonie de la mémoire, La colline et villa Jacob, Livret 2 - 2/3

 

 

Le Chien De La Mémoire! FICTION TIRÉE DE FAITS REELS (PV rédigé par la police française : 22 novembre  1943

Référence : « Adam 166w, N°704/V/Zi »)

II

Dans l’allée, le chien m’attendait. Il déposa sa balle à mes pieds. Je la lui lançai, il la rattrapa, la prit dans la gueule et me la redéposa. Nous recommençâmes ce jeu deux ou trois fois, jusqu’à ce qu’au lieu de la balle, il lâche une enveloppe kraft. Je la laissai sur place et voulus sortir, mais le portail resta obstinément clos. J’allai retourner sur mes pas pour quérir de l’aide, mais le chien me devança, reprit au vol l’enveloppe et se mettant en travers de mes pas, me la proposa de nouveau. Je me baissai, la pris délicatement et la lui retendis comme s’il s’était agi de sa rouge baballe, mais il refusa de la reprendre. Je regardai l’adresse du destinataire et j’y vis mon nom, suivi de la mention : « pour écrire notre histoire ».

Le chien, accélérant alors son fouet, revint vers la grille et s’étant assis sur son cul de chien,  jappa pour me faire signe de sortir. Son aboiement modulé était proche de la parole. Comme j’accédai à sa demande, la rose m’accompagna de ses effluves, le portail en s’ouvrant me dit : « À bientôt », et de loin j’entendis le mur émettre un grognement étrusque de satisfaction. Je rentrai chez moi en courant, tant j’avais hâte de lire le contenu de l’enveloppe. Voici le texte que j’y découvris sur du papier d’emballage, écrit au crayon à encre bleu, de ceux qu’il fallait imbiber de salive pour obtenir une écriture visible : « Pour qui racontera notre histoire, qu’il soit béni :

« 21 novembre de l’année 1943. En cette fin de matinée, l’hôtel Excelsior, ex lieu de villégiatures niçois, semble avoir recouvré ses habitudes. Sauf que les clients sont des Allemands en uniforme de la Geheime Staatspolizei,  la gestapo, ou des Français en civil, coiffés de chapeaux mous et revêtus d’un très long manteau noir. Ils ont tous des mines patibulaires. N’ayant rien d’autre à se mettre sous la dent, ils tuent le temps. Les Français sont à la fois les collègues et les subordonnés des Allemands, les grades n’ont que peu de rapport avec la hiérarchie. Ici, chacun espionne et est espionné, chacun craint chacun. Certains boivent leur chope de bière, d’autres tirent nerveusement sur leur cigarette. D’autres encore jouent aux cartes. Plusieurs bronzent sur les bancs du square d’en face interdit aux Juifs et aux chiens.

Comme tous les dimanches, ils attendent le chef pour commencer la traque de la semaine. L’hôtel sert de prison de transit pour les Juifs qui seront raflés ici ou là, individuellement, en famille ou de n’importe quelle façon, en fonction des dénonciations anonymes. Une prime de cinq mille francs a été prévue pour chaque prise. Des affiches présentent sur les murs les Juifs comme des affameurs, des profiteurs spoliant la population. Pourtant, les résultats sont loin d’être satisfaisants. La population française ne joue pas le jeu. Pas plus à Nice qu’ailleurs. Quoiqu’il en soit, les raflés resteront entassés dans les chambres, sans eau ni sanitaires et avec presque pas de nourriture, jusqu’au samedi suivant où aura lieu le délestage hebdomadaire. Le samedi n’a pas été choisi par hasard, c’est une humiliation supplémentaire le jour du Shabbat où les Juifs ne doivent pas voyager. Les Niçois médusés pourront alors apercevoir une colonne d’hommes, de femmes et d’enfants hagards, épuisés, angoissés, tremblant, sales, souvent ensanglantés et aux vêtements déchirés, encadrée par des policiers allemands aux uniformes rutilants, en armes, avec des chiens bien nourris mais montrant par leurs crocs découverts qu’un petit supplément ne leur ferait pas peur. Ils remonteront la rue Durante, traverseront l’Avenue Thiers et s’engouffreront dans la gare où avec force cris et coups, ils seront poussés dans des wagons en partance pour Drancy,  le dernier camp de triage avant les camps d’extermination.

Moi, le Chien, je traîne devant l’Excelsior, comme je le fais tous les jours depuis que mon Maître, le Trésorier de la Villa Jacob, Monsieur Debenedetti, ancien marchand d’huiles, a quitté son domicile, cela fait quelques mois déjà. Je sais où il se cache et je veux veiller à ce qu’il ne soit pas rattrapé. Je vois le monde de bien bas, mais j’ai l’ouïe fine. Aussi, ai-je toujours un œil tourné vers le haut et une oreille tendue, je surveille. Sur le coup de dix heures, Aloïs Brunner, le commandant du camp de Drancy, justement, fait son apparition : uniforme impeccablement cintré, bottes miroir, casquette agressive.

Chacun de ces hommes vit dans la hantise de lui déplaire ; la sanction serait sans appel : transfert immédiat sur le front de l’Est. Adieu, alors, ce boulot peu usant, sans grand danger et souvent rémunérateur, car il est admis que les chasseurs conservent une part du butin ; finies les fêtes, les jolies filles, la douceur de la vie sur les bords de la Méditerranée ; vain serait l’espoir d’en revenir, sinon entier du moins vivant. Nul ne sait d’où le chef tire ses pouvoirs. Ceux qui ont eu le malheur de lui déplaire ne sont plus là pour le dire. Je le sais, moi, par un congénère à poils durs de la kommandantur qui, foi de Chien, me l’a juré : le chef est le bras droit d’Adolphe Eichmann, le coordinateur de la solution finale.

Ces hommes, Aloïs les a choisis : les Allemands dans la Waffen-SS, et, dans cette unité, les membres de la police politique qui ont compris que la fin en soi, le vrai but de cette guerre, c’est l’éradication du peuple Juif, le terme d’une traque millénaire. Les Français – les hommes sans uniforme sont plus efficaces pour la poursuite de fugitifs – sont des officiers de police mis hors cadre par la République française avant Vichy au motif qu’ils étaient plus intéressés par l’appât du gain que par la chasse aux criminels, ou parmi des droits communs dont le casier chargé est garant de leur servilité. Ceux-là sont, de plus, capables, lors des interrogatoires, de faire avouer à un ange de Dieu que les dix commandements ne sont que l’œuvre d’un faussaire.

Aloïs entraine son adjoint, le Lieutenant Fisher, sous la véranda. Ayant vérifié que nul ne peut l’entendre – qui remarque un chien qui dort, un œil ouvert au soleil sur le trottoir - il siffle entre ses dents :  «            Villa Jacob, 32 Petite Avenue du Prince de Galles.

-       Ya Wohl, mein Hauptsturmführer – Mon Colonel -, enfin, nous allons chez les vieux ! Ils sont presque tous octogénaires, je crois. Ce sera facile !

-       Rien n’est facile dans ce métier, Untersturmführer – Lieutenant - Nous nous passerons de tes appréciations. Exécute les ordres sans commentaire.

-       Entschuldigen Sie mir – excusez-moi -, mein Hauptsturmführer . Ils sont quinze résidents, je crois. Je pars tout de suite. Je les trouverai réunis dans la salle à manger, ce sera plus commode.

-       Ils seront dix-huit en comptant l’infirmière qui fait actuellement fonction de  Sous-directrice, le jardinier et la cuisinière qui ne sont pas Juifs. Quoique, la cuisinière, va savoir si elle ne fait partie de leur tribu. Avec la nourriture cachère ! En tous cas, elle n’est pas inscrite comme telle sur les documents. Donc, quinze ou seize Juifs et deux ou trois qui ne le sont pas, dix-huit.

-       Bien sûr, la cuisinière, quoiqu’en ce moment, ils doivent manger n’importe quoi. Je ne la comptais pas parmi le personnel. Je pensais aux deux autres.

-       Tu as tort. La punition s’applique aux Juifs et à tous ceux qui les aident.

-       Permettez, mein Hauptsturmführer. La Directrice et la cuisinière, je ne dis pas, mais croyez-vous qu’entretenir le jardin dans une Maison de retraite puisse être considéré comme une aide aux Juifs ? Les non-Juifs ne sont pas tous coupables !

-       Coupables, pas coupables, tu me les ramènes tous. Une bonne trouille n’est pas inutile, on ne peut pas savoir ce qu’il en sortira, peut-être aurons-nous de bonnes surprises. Parce que, si nous devions uniquement compter sur les lettres anonymes… Ici, ne l’oublie pas, c’est moi qui décide qui est Juif et qui ne l’est pas.

-       Vous avez bien raison, mein Hauptsturmführer, les délations sont rares. Si nous permettons aux Français de croire qu’ils peuvent aider les Juifs, nous ne remplirons jamais notre mission. Bien sûr, c’est vous qui déciderez de la culpabilité de chacun.

-       Autre chose. Tu feras avouer à la Sous-directrice où se cache sa patronne. Tiens, prends ce carnet, tu y trouveras tous les noms et adresses.

-       Danke shön, Her Hauptsturmführer – Merci, Mon Colonel -. Les Français participeront-ils à l’arrestation ?

-       Non, ils t’attendront ici. Tu pourrais avoir besoin d’eux pour faire parler l’infirmière.

-       Oh ! Pour ça, je m’en tirerai bien tout seul, allez ! Quinze hommes suffiront, je crois.

-       Prends 3 voitures et un camion. Que tes hommes ne soient pas en uniforme. Évite de faire procession, ne fais pas crisser les pneus dans les virages de l’Avenue des Arènes, en un mot, essaie de ne pas attirer sur toi les regards. Les Niçois n’affectionnent pas nos descentes, alors, quand l’une d’elle concerne une Maison de retraite hébergeant des octogénaires, ils aiment encore moins.

-       Ya Wohl, mein Hauptsturmführer – Oui, Mon Colonel ! »

Le Lieutenant Fisher n’en est pas à sa première arrestation. A 12 heures précises, deux tractions avant 11 légères de chez Citroën et une Peugeot 301 s’arrêtent Petite Avenue du Prince de Galles, chacune à une intersection de rue encadrant la Villa Jacob. Une dizaine de policiers en civil en descendent et se précipitent dans la rue, fermant toutes les issues côté rue. Côté jardin, la Villa Jacob donne sur un à-pic vertigineux impraticables à quiconque, alors des vieilles personnes…  « Il faut craindre les manifestations hostiles des voisins bien plus que la fuite des octogénaires» semble penser l’officier. Seuls la 301 Peugeot et le camion stoppent devant la Villa. Bien entendu, moi le Chien, j’ai suivi. Quand à douze heures et cinq minutes Fisher à la tête d’un groupe de cinq policiers révolver au poing fait irruption dans la salle à manger, je suis sur ses talons.

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24 décembre 2013

Un conte de Noël tiré de: Symphonie de la mémoire, La colline et villa Jacob, Livret 2 - 3/3

Le Chien De La Mémoire! FICTION TIRÉE DE FAITS REELS (PV rédigé par la police française : 22 novembre  1943

Référence : « Adam 166w, N°704/V/Zi »)

III

Ayant consulté son petit carnet, il se présente d’un ton rogue à une petite femme assez ronde en habit d’infirmière: « UntersturmführerFisher,de la Gestapo. Fraulein Simon, je suppose ?

-       Oui Monsieur. Que puis-je pour votre service ? répliqua la Sous-directrice. 

-       Dites : Untersturmführer, s’il vous plait ou Lieutenant si cela vous est plus facile, mais pas Monsieur. Nous ne vous rendons pas une visite de courtoisie. Veuillez intimer à ces personnes l’ordre de se préparer en toute diligence. Que chacun se munisse d’un minimum de vêtement et objets de toilette et revienne dans cette pièce. Vous  avez cinq minutes. Pendant ce temps, vous irez chercher la cuisinière et le jardinier – derechef il consulta son carnet – Monsieur Cioli Hector : né à Cambrino,Italie,le 14 octobre1899, français par naturalisation, catholique, demeurant 1

-       21,  Avenue des Arènes  à Cimiez.

-       La cuisinière est là, dans sa cuisine, Lieutenant. » L’infirmière désigna de la main une porte ouverte, puis reprit : « Nous sommes prêts.  Cela fait longtemps que nous  attendions votre venue et chacun a déjà préparé sa petite valise ou son petit paquet. Je vais vous chercher le jardinier.

-       Mademoiselle, pourquoi dites-vous : « nous » ? Vous n’êtes pas coupable, vous, vous n’êtes pas juive ! Alors, pourquoi ?

-       Coupable ? Sont-ils coupables d’être nés Juifs ?

-       Je ne suis pas ici pour faire de la politique. Je vous demande seulement  pourquoi !

-       Monsieur le Lieutenant, je ne suis pas Juive, c’est vrai. Je suis baptisée, communiée, confirmée, je suis chrétienne et catholique ! Chrétienne, mon cœur est sans haine et j’aime toutes les Créatures de Dieu, quelque-soit la religion qu’elles professent. J’ai eu mon diplôme d’infirmière grâce aux bons soins des Petites Sœurs des pauvres qui m’ont élevée dans leur couvent et m’ont inculqué leur Foi. Je crois profondément en Dieu et en Jésus-Christ notre Sauveur qui a sacrifié sa vie pour racheter nos fautes, les vôtres et les miennes. D’ailleurs, lui était Juif, et comme ce Juif-là, qui disait à son Père avant son supplice : « Pardonnez-leur Seigneur car ils ne savent pas ce qu’ils font », moi sa simple servante j’ose humblement vous pardonner car vous ne savez pas ce que vous faites. Moi seule, ici, peut le faire, car je ne suis pas sûre que les Juifs, eux, vous pardonneront.

-       Vous voulez donc subir leur sort ?

-       S’il plaît à Dieu, je mourrai. Mais vous n’êtes pas immortel, vous non plus, et, en vérité je vous le dis, les voies du Seigneur soient impénétrables. Pourtant je doute que nous puissions nous retrouver jamais, vous et moi en Paradis. »

Le Lieutenant Fisher était devenu couleur pivoine. Jamais il n’avait subi un tel affront. Comment cette petite infirmière pour Juifs séniles osait-elle lui donner ainsi une telle leçon de piété ? Lui aussi était catholique, c’était écrit en toutes lettres sur son ceinturon : « Got mit uns, Dieu avec nous » ! Il élevait ses trois garçons dans l’amour de Dieu et du Führer, donnait au denier du culte. Il se sentait profondément chrétien et allemand. Et Allemand ! La gifle qu’il ne put retenir envoya Mademoiselle Simon valdinguer comme une toupie jusqu’au milieu de la pièce où elle s’écroula.

Alors qu’elle se relevait, l’un des Résidents, en costume noir de bonne coupe, médailles au revers, fit un pas en avant. Il sentait bien qu’il fallait aider l’infirmière. Que le coup avait fait monter au coin de ses yeux une larme qu’elle ne voulait pas montrer. Elle tentait de sourire, mais savait déjà qu’après sa déclaration le nazi n’aurait aucune pitié. Que s’il en avait eue ne fût-ce qu’un brin, il ne serait pas là. Le vieillard effectua un impeccable salut, puis, déclara dans un allemand parfait : «  Je me nomme Monteux Emile, né le 7 décembre1863 à Marseille, français, sans profession comme vous le serez vous-même à quatre-vingts ans si Dieu vous prête vie jusque-là ; ancien officier supérieur de l’Armée française, j’ai gagné ma Croix de guerre avec palmes et ma médaille militaire à Verdun, sous les ordres du Maréchal. Vous pouvez me frapper, je suis Israélite. Puis-je vous présenter les personnes ici présentes pendant que notre Sous-directrice s’en ira quérir, à votre demande, Monsieur Cioli le jardinier ? Je vous faciliterai la tâche en désignant, comme il se doit, les juifs français sous le nom d’israélites et en nommant juifs, les juifs étrangers ou non encore naturalisés ou encore ceux qui l’étaient mais que vous avez fait dénaturaliser ! »

Fisher stupéfait fixait l’octogénaire. Une telle impudence ! Devant ses hommes ! Son tempérament le portait à réagir sans douceur, bien sûr, à affirmer son pouvoir, mais la curiosité – et puis aussi, avouons-le, un certain respect pour le fait militaire - le força à temporiser : « Repos, Monsieur l’Officier. Procédez, je vous prie.

-       Alors, voici tout d’abord ma propre épouse, Rosalie Monteux née le 26 mai 1863 à St-Avold, Moselle, Israélite, anciennement professeur d’allemand. C’est auprès d’elle que j’ai appris à parler votre langue, assez bien je crois. Nous sommes elle et moi, les parents de trois fils, qu’ils soient bénis, qui sont à Londres avec le Général. Dois-je continuer ? »

Le lieutenant n’en pouvait plus. Allait-il laisser ce vieux toqué lui manquer de respect, allait-il perdre la face ? Il sentait bien que ces hommes et ces femmes avaient tout prévu. Que cette attitude n’était pas le fait d’un seul homme mais, au contraire, l’expression d’une volonté collective : ils espéraient se faire tuer sur place. Juifs et âgés de surcroît, leur avenir étant derrière eux, alors ils n’avaient plus rien à perdre. Ils attendaient une réaction violente de sa part pour déclencher leur propre carnage Et il savait aussi que si cela se produisait, il se retrouverait, lui, sur le front russe dans les vingt-quatre heures. Tout bien calculé, mieux valait prendre sur lui. De toute façon ces vieux-là ne perdaient rien pour attendre.

«  Poursuivez, dit-il en cochant son carnet.

-       Voici Monsieur Salomon Abraham, né le 5 janvier 1859 à Lyon, Rhône, historien et écrivain. Ses œuvres figurent parmi celles qui sont brulées lors de vos autodafés. C’est sa fierté. Français et Israélite, il demeurait 18, rue Masséna…

-       Et puis voici Madame Angéline qui fut sa cuisinière. Angéline Cans née le 24 juillet 1875 à Isolabonna, Italie. Italienne et Juive. Une véritable artiste. À soixante-huit ans, elle est vaillante comme une jeunesse. Voulez-vous goûter l’une de ses spécialités ? Non ? Alors je continue…

-       Je vous présente maintenant Madame Kagan, veuve Rosenstein Slava, née le 7 septembre 1885 à Hagueleff (Russie), russe de religion juive, ancien domicile : 154 rue de la Buffa. Madame Rosenstein était styliste. L’Europe entière se disputait ses modèles avant même qu’ils ne fussent exécutés. Elle fut reçue à la cours des Grands, elle connut Sarah Bernhardt, et cela, tout le monde ne peut en dire autant. Est-ce que par hasard, dans votre propre famille… Parce que… heu… Fisher… j’ai connu quelques Juifs qui portaient ce nom… Non ? Alors je continue…

-       Madame Foulègue, née Barach Lydie le 6 avril 1874 à Toulouse, Haute Garonne, française, israélite, sœur du premier ministre officiant, déporté. Par vos soins, sans doute. Et comme le disait Monsieur de La Fontaine : « Si ce n’est toi c’est donc ton frère… » Ah ! Vous non plus, vous n’en avez point ! Dommage ! Mais nous ne sommes pas ici avec vous pour ouvrir un débat littéraire, n’est-ce pas ? Lydie était pianiste. Elle a sacrifié son art à la Religion, ce que personnellement je regrette. Ah ! Si vous l’aviez entendue jouer sur le piano que voici les œuvres de vos grands compositeurs : Beethoven, Mozart… et pour ne pas vous faire de peine, je ne citerai pas Chopin le Polonais ni Mahler l’Allemand qui était un peu Juif. Je continue…

-       Voici à présent Madame Blume, née Vogue Fernande-Berthe le 2 janvier 1873 à Paris, française, israélite, ancien domicile : rue Descoubres. Elle était biologiste et travaillait pour l’institut Pasteur. Peut-être vous-même avez-vous bénéficié de l’une des molécules à la découverte desquelles elle participa. Elle disparue, le saurez-vous jamais ! Allons,  n’ayez pas de remords, cela ne serait pas bon pour votre avancement. Je continue…

-       Je vous présente Wolf Bohaub, Français et israélite qui fut cordonnier. Je vois à vos bottes que cette profession ne vous est pas indifférente. Dommage, vous n’utiliserez jamais les divines chaussures qu’il fabriquait. Je continue…

-       Monsieur Carcassonne, Français et israélite, architecte créateur de villes à la campagne et d’espaces verts en ville, ces espaces privilégiés que les vôtres s’ingénient à détruire courageusement. Je continue…

-       Madame Schwoob, sans profession, née en1868, Française et israélite...

-       Monsieur  Eisenmontich, garagiste. Français et israélite, Artiste peintre...

-       Monsieur Blasberg, cultivateur. Français et israélite…

-       Madame Simon, homonyme de notre chère infirmière, mais sans parenté, Française et israélite, elle …

-       Madame Ceriche, Flora, née Lattes le 12 mai 1869. Une famille d’éditeurs. Franco-italienne, Juive. »

 Chacun, chacune, à l’appel de son nom, s’était redressé. Enfin, autant que possible. Pour les Résidents en fauteuil ça n’était qu’un étirement douloureux, mais tous et toutes voulurent manifester par ce geste que s’ils cédaient à la force, leur dignité était intacte. Les plus robustes des femmes faisaient une révérence et chaque révérence rendait plus furieux l’Untersturmführer. Les plus robustes des hommes se figeaient au garde-à-vous, puis exécutaient le salut traditionnel de l’Armée française et chaque posture accentuait la panique, lisible dans ses yeux, qui s’emparait du policier. D’autant que quelques sourires retenus commençaient à paraître sur les visages de ses hommes. Il dut, pour se ressaisir, accomplir un véritable exploit, mais sans doute la peur des conséquences qu’il aurait à subir s’il perdait contenance l’encouragea-t-elle à ne pas céder à la violence. Au grand désespoir d’Émile Monteux.

«   Comme vous le voyez, asséna ce dernier, j’ai abrégé la fin de la présentation, car j’ai conscience de n’avoir aucun droit à vous faire perdre votre temps qui est précieux. Il y a tant et tant d’autres Juifs à rechercher, à incarcérer, à bastonner, à violenter, à déporter et, pour finir, à gazer et à brûler. Comment ? Vous ne saviez pas que nous savions ? Vous nous imaginiez donc assez shlémil, si j’osais je vous traduirais ce terme qui désigne un imbécile doublé d’un idiot. Le genre de type qui entre chez un antiquaire et qui demande : « Quoi de neuf ? », vous nous imaginiez assez sots pour croire à la fable des camps de travail à notre âge ? Sans compter que vous êtes aujourd’hui dans un hospice de vieillards, mais que demain vous gagnerez vos galons dans une crèche ou un orphelinat ! »

Fisher ne broncha pas sous l’insulte. Il était formé pour ça !

Dommage, pensa le vieil officier français : « quatorze vieillards – Madame Bain, alitée en un jour pareil, mieux valait de n’y pas penser - quatorze vieillards qui auraient sauté sur ces six nazis en armes et se seraient fait tuer, sans doute, mais quel panache ! Leur histoire aurait été connue. Ce salaud aurait fini ses jours sans gloire dans le froid terrible d’un hiver caucasien, devant une ville inconnue ! En tout cas, on leur a montré que les Juifs ne sont pas des trouillards et que nos amis non-juifs ne le sont pas davantage. Que l’humanité, cela existe ! Je suis certain qu’un jour quelqu’un racontera notre histoire ! Il faut que cela arrive ! Je vois d’ici la manchette : « Exploit guerrier exceptionnel du Lieutenant Fisher : dans le souci humanitaire de leur éviter la chambre à gaz, l’adjoint d’Aloïs Brunner le Commandant de Drancy, assassine sur place les quinze octogénaires niçois de la Villa Jacob et le personnel de service. Il paie aujourd’hui sa faute devant Stalingrad ». 

Mais nous ne serons plus là pour la lire ». 

« Avez-vous votre compte ? demanda Mademoiselle Simon de retour avec le jardinier. Non ? Vous a-t-on parlé de Madame Bain ? Amélie Bain est malade. Elle a été obligée de décliner l’honneur de vous recevoir. Croyez qu’elle le regrette. Vous la trouverez dans sa chambre, au troisième étage. Une belle chambre avec vue sur la mer, vous verrez. Vous pouvez monter la voir. Son état civil ? Pardon, j’oubliais : Bain Amélie, née le 30 septembre 1858 à Pauillac , Gironde, israélite et Française. Vous pouvez le vérifier sur votre petit carnet. Sachez aussi qu’elle fut institutrice et que beaucoup de Niçois qui sont passés dans sa classe la portent dans leur cœur comme une autre maman. Voilà, j’ai tout dit. Nous sommes tous à votre disposition. 

-       Nous irons d’abord voir la malade, dit le Lieutenant. Vous, venez avec moi. Les autres, mettez-vous en ligne devant la porte. Interdiction de sortir ! , Verbot, Untersagung ! – Interdit !»

Les chambres furent alors visitées sommairement. Pas un des policier n’avait assez de culture pour apprécier les peintures exécutées par des artistes renommés à même les murs de l’établissement - Chagall ? Connais pas !

Pas un seul ne sut distinguer la synagogue, lieu de prières et de rencontres. Ils ne virent pas l’équilibre qui se dégageait de la Villa, avec ses dégagements, ses terrasses côté mer, n’en ressentirent pas l’harmonie propre. Ils s’emparèrent uniquement des registres et papiers de bureau, après quoi ils firent monter les octogénaires munis que quelques baluchons dans leurs voitures – décidément, il était trop difficile de les faire grimper dans le camion et ce sont les policiers qui y prirent place. Puis, le convoi  prit la direction du retour vers l’hôtel Excelsior où ils arrivèrent à 14 heures. L’heure du Schnaps et du ragoût. L’horaire avait été respecté. 

Le lendemain, une doctoresse allemande et son adjoint, assistés de 5 policiers français, se présentaient  à nouveau à la Villa Jacob. Elle examina Mme Bain et la fit hospitaliser à Pasteur, pavillon P4, où elle se trouva démunie du strict nécessaire. Pendant ce temps, les policiers se livrèrent à une minutieuse perquisition, cherchant d’abord les bijoux et l’argent qui feraient poche restante, puis ils transportèrent dans une camionnette, tous les objets courants, vêtements, couvertures, chaussures et photos qui appartenaient aux pensionnaires.

Mademoiselle Simon qui n’avait pas répondu aux interrogatoires musclés de Fisher et des Français, respecta enfin la demande de sa patronne qui, elle non plus, ne voulait pas se séparer de ses pensionnaires : elle dévoila son adresse : Adrienne Chatiel, âgée de 65 ans, israélite, demeurant rue de l’Escarène.

Hector Cioli dut attendre une semaine avant que tous les meubles et bibelots soient enlevés. Il fut le seul survivant.

Ah, non ! M. Debenedetti, mon Maître, ne fut pas retrouvé, ni à cette occasion ni après. Je le sais, moi le Chien qui, toujours, garda le contact avec lui, mais jamais personne n’eut l’idée de suivre un chien divaguant dans les rues de Nice.

L’une des dernières volontés de Monsieur Monteux avait été que quelqu’un écrivit cette histoire ? Moi, le Chien, je l’ai jappée à mon Maître. Pour lui ; pour les pensionnaires de la Villa Jacob qui, tous, me lançaient la balle et furent mes amis ; pour le personnel non Juif de la pension qui suivit les résidents jusqu’à la chambre à gaz ; pour les voisins, aussi, qui eurent bien souvent peur de notre voisinage, mais qui ne le dénoncèrent pas ; pour mes amis la Rose, le Portail et le Mur étrusque, pour la table Louis XV et les thermes romains. Pour toi, lecteur, désormais détenteur de cette fable qui n’en est pas une.

Et je vous le dis en confidence : je ne suis pas circoncis.

Signé : le Chien » »

Voilà, vous connaissez maintenant le contenu de l’enveloppe qui me fut donnée - que dis-je donnée,  imposée par un après-midi de novembre 2012 - au cours d’une promenade que je croyais sans but. Vous savez désormais ce qui s’est passé Villa Jacob le 21 novembre 1943. Vous comprendrez que si un chien peut dicter les dernières volontés d’un mort, je puisse à mon tour publier cette histoire. Mais je vous le dis en confidence : l’évènement qui eut lieu ce jour-là ne se passa pas tout à fait comme je l’ai dit, il fut bien plus brutal, plus sadique, plus inhumain. Je rends hommage à ce chien qui n’a pas d’autre nom que « Le Chien » et qui a su donner un peu de gloire et de prestige à ces gens que j’aurais aimé serrer dans mes bras pour leur dire que je les aime. Qui les a rendus immortels. Ce chien et sa descendance qui a su, de générations de chien en générations de chien, se passer jusqu’à moi, l’homme, le témoin de la Mémoire, ce que bien des humains ne font pas. Je remercie, pour finir, la Rose, le Portail, le Mur et… et vous aussi, qui m’avez peut-être lu jusqu’à la fin de ce conte dont tous les noms, les faits, les lieux, et les dates sont exacts. Seules certaines professions sont de mon cru, pas toutes, et vous comprendrez par vous-mêmes la raison qui me poussa à les concevoir. Je vous livre cette histoire de vie comme un hommage. Et peu me chaut que vous croyiez ou non qu’un portail, un mur, une fleur, et un chien
m’aient parlé, je les ai entendus et nous nous sommes compris !

(fin)

 

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Un conte de Noël tiré de: Symphonie de la mémoire, La colline et villa Jacob, Livret 2 (1/3)

 

Le Chien De La Mémoire! FICTION TIRÉE DE FAITS REELS (PV rédigé par la police française : 22 novembre  1943

Référence : « Adam 166w, N°704/V/Zi »)

I

Une douce brise de mer atténuait les effets d’un soleil de novembre qui se serait voulu d’été. La Baie des Anges était radieuse en ce début d’après-midi. Au hasard, j’empruntai l’Avenue des arènes de Cimiez, un nom évoquant les combats de gladiateurs : le sang et la sueur des rétiaires, bestiaires, thraces et autres mirmillons - "Ave, Caesar, morituri te salutant". 

Á Nice, les voies longues, étroites et tourmentées sont des avenues ; les voies larges et rectilignes sont des boulevards. Je trouvai sur ma route la « Petite Avenue du Prince de Galles » qui fait exception à la règle ; c’est sans doute pour cela qu’elle est qualifiée de petite. Les villas y sont belles, originales, accueillantes et souvent grandioses. Chacune a son caractère. Les accidents de terrain ont été exploités pour bâtir, comme on savait le faire au dix-huitième siècle. Je l’ignorais, mais déjà, j’étais dans le périmètre de Céménélum, l'ancienne ville romaine.

Soudain, je passai devant une grille et la grille me dit : « Pousse-moi ». Je pénétrai dans l’allée et j’entendis : Merci. Je n’étais pas revenu de mon étonnement qu’une rose me dit : « Sens-moi ! ». Un chien du genre Bigle-bâtard courait comme un fou après une balle rouge et, quand il passa près de moi, je crus entendre : « C’est au bout, suis le mur sur ta droite, on t’attend, va ! ». 

Au fond de l’allée, je buttai le mur qui, faisant un angle, devenait mitoyen. Et ce mur me dit : «  Je suis étrusque . Je fus érigé vers quatre cents ans avant Jésus-Christ. Avant moi, c’était la période archaïque…

-       Comment, demandai-je. Que se passe-t-il ici ? Le portail m’invite à entrer, une rose à sentir, un chien à poursuivre …

-       La rose t’a parlé, approuva le mur. C’est une rose ancienne que les horticulteurs ont tenté d’imiter. Tu as vu comme elle est tendre et comme elle porte bien son nom ! Rose ! « Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un printemps… » disait Monsieur de Malherbe en 1599 pour consoler son ami Du Perier – mais console-t-on jamais un père de la mort de sa fille ; elle s’appelait Marguerite, tu vois, une autre fleur -.  Si tu la voyais matin…

-       Je l’ai vue.

-       Tu l’as vue matin, une goutte de rosée perlant sur ses pétales ?

-       Je l’ai vue.

-       Tu l’as entendue ?

-       Oui ! Elle m’a invité à la respirer et elle sentait si bon… et voici que toi, un mur, tu me fais un cours d’histoire préhistorique et de botanique, que tu fais étalage de poésie ! Ou suis-je donc ?

-       Sache d’abord, répondit le mur,  que nous parlons à tout le monde de la même façon, mais que depuis longtemps, déjà, nous attendions de te rencontrer

-       Me rencontrer, moi ? Pourquoi moi ?

-       Je veux dire, de rencontrer celui ou celle qui nous entendrait. C’est donc toi que nous attendions. Eux, ils n’entendent pas. D’ailleurs ils ne voient pas, non plus. Mais entendre est une chose, comprendre en est une autre. Nous comprendras-tu ? Pour le savoir, veux-tu vraiment continuer la visite ?

-       Oh ! Oui ! Tu as bien aiguisé ma curiosité. Réponds-moi d’abord : Où suis-je ?

-       Tu es Villa Jacob, et notre histoire est ancienne. Tu te doutes bien qu’enraciné comme je le suis, je ne pourrai t’accompagner, n’est-ce pas ? Mais retourne vers la rose. Face à elle, tu trouveras l’entrée de la Villa. Pénètre sans crainte dans le hall, on t’y attend déjà. »

Je revins vers la rose, lui adressai un petit signe et elle m’envoya une bouffée d’exquise senteur au goût légèrement poivré. Je pénétrai dans un grand hall circulaire dont les murs étaient ornés de peintures aux sujets bibliques. Autour d’un comptoir d’accueil en rond, fermé pour cause de sieste, toutes les portes sauf une étaient closes. J’attendis un moment et, ne voyant venir personne, je me dirigeai vers la seule issue qui me fût offerte. Elle donnait sur un escalier de cave.   

J’hésitais, mais ma curiosité l’emportant, je descendis les marches et arrivai dans les sous-sols du bâtiment. Curieusement, j’y voyais comme en plein jour. Je découvris bientôt, sur une table Louis XV branlante, enfouis sous une poussière mémorable, les actes notariés décrivant l’histoire des successions de la Villa, ainsi qu’un vieux parchemin bien annoté, au sceau des services archéologiques de la Ville, qui me permit de reconnaître les lieux. Les murs de soutènement existaient, que les archéologues avaient reconnus comme antérieurs à l'implantation romaine dans les Alpes-Maritimes. Des murs épais mais non porteurs étaient, eux, couverts de céramique datant du premier siècle avant Jésus-Christ. Dans un coin, une stèle surmontée d’une statue, celle de Jacobus l’Ancien.

Cachée derrière un fatras de ferrailles et de bois mêlés  où les rats défendaient leur territoire contre les araignées, à moins que ce ne fût le contraire, une seule porte ouverte me donna accès à trois salles de thermes privés datant des deuxième et troisième siècles après Jésus-Christ. Une merveille.

La Villa était construite sur le site d’une riche demeure patricienne. Je consultai sans attendre les actes notariés : 1875, un terrain de trois mille cinq cent dix mètres carrés acheté à un certain colonel Armand, un vieux Colonel d’empire ou plus vraisemblablement l’un de ses descendants, par Monsieur Jacob – aucune parenté avec Jacobus l’Ancien qui, allez-savoir, était peut-être anti… Comment ! me direz-vous, avec un nom pareil ! Si, si, il y en avait déjà, mais comment disait-on alors, quand les Sémites eux-mêmes ne savaient même pas qu’ils l’étaient ? - pour y construire une Maison de Maître à l’attention de sa fille mariée à Monsieur Vivaldi. Rien là que des choses banales, mais c’est à ce moment-là que les fouilles archéologiques furent entreprises. Cependant, c’est en vain que l’on rechercherait les vespasiennes dont les pierres ont été utilisées pour d’autres constructions, profanes ou pas, au cours des siècles. Chacun sait, par ailleurs, que les Romains buvaient bien plus que nous. Alors, sait-on encore Pisser à Cimiez ?

1892, Monsieur Vivaldi vend la propriété à cinq philanthropes juifs qui en font un asile pour indigents sous le nom de « Villa Jacob ».

1895, dénommée « Sanatorium » elle abrite des jeunes filles tuberculeuses. Trois ans plus tard, elle devient le « Sanatorium de Cimiez ».

Á partit du 3 novembre 1914, baptisée « Fondation Hospitalière Israélite de Nice » elle sert d’hôpital pour les soldats français blessés de guerre et est reconnue d’utilité publique.

Le 21 avril 1931, elle est inscrite au Journal Officiel où il est stipulé qu’elle a « vocation à recevoir gracieusement les vieillards israélites indigents et à leur fournir soins et assistance. »

Je remontai les marches et m’apprêtai à partir en catimini, car quelqu’un pouvait arriver qui à coup sûr me demanderait ce que je faisais là, seul. Qu’aurais-je à rétorquer ? Que j’avais répondu à l’invitation d’un portail, d’une rose, d’un chien et d’un mur ? Cela m’aurait conduit rue de la Gendarmerie dans la prison de Nice ou, pire, à Sainte Marie dans l’asile d’aliénés !

(à suivre)

 

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17 décembre 2013

Quand je pose un message

 

Quand je pose un message

Quand je pose sur ce blog un message, je le pèse afin de communiquer au mieux avec ceux qui me font la gentillesse de me lire. Certains approuvent, d'autres contredisent mon point de vue, mais toujours nous tentons de faire en sorte que nos échanges soient emprunts de courtoisie au moins, qu'ils soient fraternels souvent. Ainsi, nous échangeons sur les thèmes de la politique et de la géopolitique en faisant attention de ne pas heurter de front les sensibilités. Mais il y a un sujet qui heurte les consciences : le Moyen-Orient provoque souvent des réactions difficilement contrôlables.

Aborder le thème des gouvernements israéliens, de leur responsabilité d’Etat fort  poursuivant une politique de colonisation face aux Palestiniens demeurant sans Etat ; en déduire que l’espoir de paix (voire de survie en tant qu’Etat juif et démocratique) est de plus en plus précaire, voire même illusoire;  cela provoque la panique dans les rangs de la Communauté juive et 3 ou 4 personnes me demandent, au nom du ciel mais tous ne le disent pas, de les ôter de ma liste. Le ciel et moi les entendons : Amen, c’est fait et cela se fera encore !

Dire ce que je pense à mes amis Arabes ou musulmans avec lesquels je ne suis pas toujours en désaccord, ni toujours d’accord - sinon cela ne voudrait-il pas dire que nous ne sommes pas libre de parler franchement entre amis? - provoque la même proportion de demandes d'extraction. Constat troublant, les 3 ou 4 demandes proviennent de Niçois, de Bretons ou de Parisiens qui se sentent plus Palestiniens que les Palestiniens. Pourtant, je ne fais que leur demander, puisque nous militons ensemble justement pour vivre ensemble: "comment peut-on si allégrement s’entretuer au nom d'une même religion dans les pays à gouvernance musulmane, sous l'œil d'Allah?" Bien sûr, mes amis, chez nous en France, ne s'entretuent pas, Allah en soit loué! Seulement là-bas…! Alors je leur demande de crier sur la place publique ce qu’ils me disent à voix basse : qu'ils désapprouvent ces massacres, comme ils désapprouvent qu’au nom de leur religion prise dans ses différents rites et facettes soient massacrés des chrétiens ou des juifs au motif, précisément, qu'ils sont juifs ou chrétiens et donc incroyants au regard de l'Islam. Je leur demande de clamer leur refus d'être les otages des extrémistes et là, rien, ils lèvent les bras d'impuissance: "ici, en France, à Nice, nous  vivons ensemble!". 

*

Sur ma liste d'envoi qui dépasse les mille adresses, trois ou quatre de mes amis, pas davantage, décrochent la timbale de la discrimination négative - permettez-moi ce pléonasme - Et chacun, pro ou anti mais trop souvent anti jusqu'au racisme le plus vil, défendant avec acharnement soit Israël soit  la Palestine, affirme sans démontrer mais avec une belle constance que sont vrais ses propres dires et mensongers ceux des autres, quand bien même leur envoi serait la reprise d'une vidéo de propagande datant de quelques années déjà et aurait été démenti dix fois (ce qui n’a pas eu pour autant la conséquence de tuer le virus qu’il contient.) Ils se sont fait une spécialité d’être les transmetteurs d’autres transmetteurs qui, eux-mêmes, transmettent ce qu’ils reçoivent d’un transmetteur anonyme rarement neutre en politique, sans jamais vérifier leurs sources  (ce serait sans doute selon eux un crime à la Face de Yahvé ou d'Allah que d’oser, en tous cas un crime de lèse-Majesté) et ils  polluent de diverses façons nos boîtes de réception sans vergogne.

La première de ces pollutions est à l’évidence que ma boîte de réception devient trop pleine… de rien, de vent, mais un rien nauséabond, un vent  qui prend tant de place que cela en devient gênant. D'autant qu'avec le bouton "répondre à tous" nous assistons à la multiplication de la désinformation organisée. La deuxième est plus ennuyeuse car elle consiste, l’émetteur ne se donnant pas non plus la peine de vérifier ses envois du point de vue de la sécurité, j’hérite de ses virus, hameçonnages divers, espionnages en tous genres et de publicités variées pour des dessous féminins aguichants et même pour des nanas sans lesdits dessous.

La sagesse, connaissant mon ami émetteur pour avoir déjà reçu de sa part moult mails du même genre, serait de supprimer son message. Mieux, d’inscrire une fois pour toutes son nom dans la liste des courriers indésirables. Mais, et là est ma faiblesse, il s’agit peut-être d’un ami d’enfance ou d’un camarade de combat  que je ne souhaite pas perdre et d’autre part, il arrive que son dernier message, celui que je n’ai pas encore ouvert et qui m’agacera sans doute une fois déchiffré, tout comme les précédents, contienne exceptionnellement quelque vérité inédite. C’est rare, donc  c’est cher, mais jurez-moi que cela ne peut pas arriver ! Je vous donnerai, les prochaines fois un ou deux exemples du genre.

Je vous lance, mes amis, un appel à la retenue: vérifiez vos sources. Si, vous ne le faites pas, j'en déduirai que pour vous, transmettre sans vérification des mails incendiaires est un acte volontaire. Un acte antisémite pour les uns, un acte raciste pour les autres, une déclaration de guerre en tout cas, le contraire de ce que je voudrais que fasse mes amis. Le contraire du vivre ensemble.

 En attendant, soyez en paix vivez heureux. Bonnes fêtes de fin d'année à toutes et à tous.

 

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10 décembre 2013

Lettre à Monsieur le Président du CRIF

Amis bonjour, Je rouvre mon blog: "déferlantes et écumoire". Les "Evènements" sont trop nombreux, trop rapprochés, trop prégnants pour que l'on demeure immobile: les insultes racistes qui fleurissent, particulièrement contre notre Ministre de la justice, la mort de Nelson Mandela, les prochaines élections et particulièrement les municipales de Nice...

Bonne lecture!

Lettre à Monsieur Cukierman, Président du CRIF

 Monsieur le Président,

Que ne l'avez-vous dit de son vivant ! Mais tard vaut mieux que jamais

Je vous ai critiqué pour vos propos quand, en janvier 2003, vous vous en preniez de façon maladroite aux Verts, à la gauche de la gauche et à la Confédération  paysanne en la personne de José Bové (qui au passage ne l'avait pas volé) quand vous aviez dénoncé l'alliance "Brun-Vert-Rouge". C'était au cours d'un dîner comme sait les organiser le CRIF, un de ces dîners où certains - doit-on dire une élite? - vont pour être vus et non pour voir, saisir et comprendre, un dîner que quittèrent quelques personnalités qui s'estimèrent visées par vos propos. 

Mais c'était aussi, alors, un moment dont tout le monde sortit blanc-bleu : Monsieur Cukierman vous vous expliquâtes (déclarant vouloir «entretenir un dialogue constant avec toutes les formations politiques démocratiques, y compris les Verts et leurs dirigeants»; Monsieur Bové s'excusa (des propos qu'il avait tenus à Ramallah, en avril 2002 lors d'une visite à Yasser Arafat, sur la purification ethnique en Israël ­ et sur la responsabilité du Mossad dans les attaques contre des écoles juives en France), et l'antisionisme resta, depuis, une forme moderne et déguisée de l'antisémitisme. Je vous en voulais, aussi, de dénoncer sans distinction les musulmans et non pas les seuls voyous responsables (et condamnables) de propos ou d'actes antisémites, sans jamais tenter d'aborder le thème de la ségrégation des autres que nous, les juifs. Et je vous en veux, aussi, de ce que le CRIF fût massivement absent des dernières manifestations contre le racisme et pour soutenir Madame Taubira: je n'ai vu dans les communiqués du CRIF que quelques lignes à propos du journal Minute et de la présentation intolérable et déshumanisante qu'il fait de la Ministre de la Justice. Pourtant, il y en aurait eu des choses à dire, par exemple les réactions  de ce torchon sorti en mars 1962, après le massacre organisé le 8 février de la même année par Papon et Frey au métro Charonne, le même Papon qui fut à Bordeaux responsable des déportations de juifs en juillet 1942 ! Si le racisme et l'antisémitisme ne se confondent pas, leur combat est identique, c'est le combat de l'humain. Je vous citerai pour mémoire la réaction immédiate du rabbin Joe ABBITAN qui a proclamé, dès le 13 novembre lors de son émission à radio Chalom Nitsam, que les Juifs doivent être les premiers à se mobiliser sans réserve contre ces formes de racisme tendant à assimiler à un animal un être humain.

Bref, vous l'aurez compris, j'étais fâché contre vous.

Et voilà que, à mon grand soulagement,  vous publiez le 6 décembre, L'éditorial du Président du CRIF, qui rend hommage à cette rare figure de l'antiracisme et de la paix que fut Nelson Mandela... Aussi, il me plaît de donner enfin une image ouverte du CRIF dont je rappelle qu'il fut créé en juillet 1943 durant l'occupation allemande et dans les conditions difficiles de la Shoah, et je publie votre texte.

Mais je veux aussi, si vous me le permettez, vous poser une question d'éthique. Que pensez-vous de la décision de Benjamin Netanyahou de ne pas représenter Israël aux funérailles de Nelson Mandela, et surtout, que pensez-vous du prétexte avancé : le voyage serait trop onéreux ! Ne pensez-vous pas, comme moi, que ce prétexte est indéfendable de la part d'un chef d'État ?

Je vous assure, Monsieur le Président de mes sincères salutations

Maurice Winnykamen

 

 Monsieur le Président, votre édito, avec mes remerciements :

Je me suis rendu plusieurs fois en  Afrique du Sud du temps de l'apartheid 

J'avais été choqué par les conditions de vie de la communauté noire à Soweto et dans bien d'autres compounds. 

J'étais admiratif du courage de Nelson Mandela à dénoncer les méfaits de l'apartheid et les souffrances du peuple noir alors même qu'il était privé de liberté. 

J'étais encore plus admiratif à sa libération qu'il ait pu surmonter sa haine en pardonnant à ses bourreaux, en prêchant la coexistence pacifique pour préserver l'unité de son pays. 

Elevé dans une famille royale noire, avocat de formation, c'était un homme épris de justice et de tolérance  malgré les 27 ans passés en prison. 

Lorsque le Président Frédéric de Klerk, auquel je rends aussi un grand hommage et sans lequel Mandela serait toujours en prison, le libéra sans condition, Nelson Mandela pris symboliquement un enfant blanc dans ses bras, nous montrant ainsi le chemin du vivre ensemble. 

Ils reçurent tous deux le prix Nobel de la paix en 1993. 

J'espère que le message de Nelson Mandela inspirera tous ceux qui aujourd'hui n'ont pas encore renoncé à la violence et les incitera à se tourner vers le dialogue, l'amour de l'Autre et la paix.

Roger Cukierman

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01 avril 2012

Toutes les victoires sont trop chèrement payées.

« Ce qui est arrivé à ma famille me paraît encore inconcevable. J’ai perdu trois superbes filles et une adorable nièce. Elles ne peuvent m’être rendues mais il me reste cinq enfants à élever. Ils portent l’espoir que j’ai en l’avenir, l’espoir que les choses changent et que le monde vive en paix. Je veux dire une chose : que mes filles soient les dernières à mourir. Que ce drame ouvre les yeux à chaque être humain sur terre. Demandons-nous tous : « Où allons-nous ? Que faisons-nous ? » Il est temps de s’assoir et de parler ». Voilà ce qu’écrivait dans son livre « Je ne haïrai point » le docteur Izzeldin Abulaish[i].

Ce propos me revient en mémoire aujourd’hui, après la tuerie de Toulouse. Il est temps de s’assoir et de parler. C’est ce que nous avons fait, ce vendredi 23 mars à la mosquée de l’Ariane. Pour rendre hommage à Jonathan Sandler, 30 ans, professeur de religion juive, à ses deux fils Arieh (5 ans) et Gabriel (4 ans), et à Myriam Monsonego (7 ans), fille du directeur de l'école Ozar Hatorah de Toulouse, assassinés « au nom d’Al Qaeda » par un jeune Islamiste français. Celui-ci, manipulé par les extrémistes de l’Islam politique,  avait été rendu  sensible à la haine des autres  par une idéologie meurtrière soigneusement distillée et relayée - de façon différente certes mais également nocive - chez nous du plus haut de l’État (revoir les propos discriminatoires des ministres et anciens ministres de l’intérieur Nicolas Sarkozy,  Brice Hortefeux, Claude Guéant) jusqu'aux plus extrêmes fous de Dieu, et formé dans les camps terroristes en Afganistan.    

Il est temps de s’assoir et de parler. Nous avions répondu à l’invitation de l’Imam Otmane Aissaoui. Nous, c’est-à-dire quatre membres juifs du Conseil d’administration de "l’Association pour l’Amitié judéo musulmane" : un pratiquant et trois non croyants également membres de "La Paix Maintenant" dont l’un des objectifs est de refuser l’importation en France du conflit israélo-palestinien - accompagnés du Rabbin Abittan. Plus de mille Musulmans étaient venus  entendre l’exhortation de leur Imam, une exhortation à la paix, à la reconnaissance mutuelle interreligieuse incluant les athées, au respect et à l’écoute de l’autre.

Dénonçant les crimes de Toulouse, trois enfants et leur professeur « pour venger les enfants tués à Gaza », ainsi que ceux de Montauban, trois soldats, assassinés, deux Musulmans et un Chrétien : « Non, a-t-il déclaré, cela n’est pas l’Islam. » Il a, alors, stigmatisé les parents défaillants, les manquements aux règles républicaines : « Vous n’êtes pas des Musulmans tunisiens, irakiens, égyptiens, libyens ou afghans, vous êtes des Français musulmans. Vous devez appliquer les lois de la République française, à commencer par Liberté, Égalité et Fraternité. Et les Juifs français, quoiqu’ils pensent d’Israël, ne sont pas des Israéliens.  Eux aussi, appliquent les lois de la République, les lois de la laïcité et la laïcité n’est pas l’ennemie des religions.  Ce sont des êtres humains, comme vous ! Respectez vos sœurs ! Respectez-vous ! Cherchez du travail, même si c’est difficile a-t-il déclaré en direction des jeunes, et  les plus âgés ont le devoir de  vous y aider. Les petits trafics de tous genres, la drogue et les larcins ne vous serviront à rien pour faire votre chemin dans la vie. Au contraire. Soyez efficaces, étudiez et travaillez ! Soyez Musulmans entièrement, pas en inventant des traductions fantaisistes du Coran où l’on prêcherait la haine de l’autre, car l’Islam est une religion de paix. Le Coran où sont inscrits, tout comme dans la Torah des Juifs, les mots : « Qui attente à une vie assassine le monde entier, qui sauve une vie sauve l’humanité » [ii]

Puis, il a dévoilé notre présence qui a été applaudie. N’eussent été les circonstances, ces assassinats autant horribles qu’insensés qui nous réunissaient, cette attitude de la part de mille Musulmans pour cinq Juifs n’aurait pu que nous réjouir le cœur. D’autant que la veille, c’était l’Imam Hadj Abdelkader qui honorait de sa présence la Synagogue Deloye pour un hommage identique aux mêmes victimes. Fait remarquable, il avait réagi séance tenante, dès qu’il avait appris le meurtre de Toulouse, de même que l’Imam Otmane Aissaoui n’avait pas attendu de connaître l’identité de l’assassin pour nous inviter en son lieu saint.

Ces réactions face au crime raciste – antisémite – marquent un tournant profond que je veux saluer. Une injure faite au Mais. Car ce Mais, que ne l’avons-nous entendu ! Chaque fois qu’un acte antisémite était commis  - particulièrement s’il l’était par un jeune des banlieues, les antiracistes à la mode, ceux qui ont accès aux ondes, exprimaient l’idée que bien sûr, ce n’était pas bien, Mais que l’on pouvait comprendre si l’on tenait compte de la misère de ces immigrés - français depuis trois, voire quatre générations et que l’on s’obstine à nommer « d’origine maghrébine[iii] » – alors à fortiori des autres.  Cela a commencé dans les années 70. En verrait-on le commencement de la fin ?

Cela est souhaitable, et pourtant, ce n’est pas encore gagné. Je le répète avec le Médecin Palestinien Izzeldin Abuelaish : seule l’hypothèse où ces enfants morts, ses propres filles et ceux de Toulouse seraient les dernières victimes innocentes de cette haine absurde pourrait nous faire dire qu’ils ne sont pas morts pour rien. Cela n’atténuerait pas la peine individuelle de leurs proches auxquels j’adresse ici mes plus sincères condoléances, Mais et ce mais est cette fois-ci constructif, ils pourraient au moins se dire que leurs chers enfants ont participé à faire la paix. Que grâce à eux, l’entente et l’amitié peuvent remplacer la haine et la violence.

Ce serait une victoire, mais Dieu, s’il existe, vous le dira – vous le dirait - en français, en hébreu, en arabe et dans toutes les langues du monde et sur tous les continents : « que ces victoires coûtent cher ! » Et il ajouterait, peut-être, mais cela dépendrait de son humeur et de son humanité :  « N’aurait-il pas simplement suffi que je dise un mot ? »

 

 

 

 

 

 

 



[i] Le docteur Izzeldin Aboulaish est né dans la bande de Gazza. Dans ce livre publié chez Robert Laffont, il raconte son histoire , en même temps que la vraie vie quotidienne des Palestiniens à Gaza, leur souffrance, leurs humiliations,  prisonniers entre les contrôles des autorités israéliennes et la tutelle militariste et sectaire du Hamas. Chacun se souvient de l’opération « plomb durci » en décembre 2009 qui fit 1400 morts à Gaza. Chacun se souvient de l’appel à la paix lancé par ce médecin quand deux obus tirés par l’armée israélienne ont tué ses trois filles et sa nièce.

[ii] Que l’Imam Otmane Aissaoui me pardonne, je le cite de mémoire et je vous livre davantage le fond de sa pensée telle que je l’ai entendue, que la répétition mot-à-mot de son texte.

[iii] Note de l’auteur

Posté par WinnyLourson à 20:23 - Commentaires [20] - Permalien [#]