Marcel Apeloig – février 2014 mapeloig@gmail.com

Aujourd’hui, force est de constater que l’antisémitisme, le vrai, pas celui qui était sous jacent dans l’antisionisme, le vrai antisémitisme qui exprime un rejet franc et net du Juif en tant que tel, s’exprime au grand jour. De Dieudonné à « citoyen lambda » en passant par les Soral des vieux tonneaux, ces personnes sont nettement antisémites et s’en réclament ouvertement, sans la moindre ambiguïté.

Allons-nous couvrir des pages et des pages pour les dénoncer, les citer, les faire connaître ? Si nous voulons leur apporter un supplément de notoriété, on ne peut pas faire mieux. Un commerçant avisé disait un jour à un interlocuteur qui lui rapportait qu’on disait beaucoup de mal de sa société et de son enseigne commerciale : « C’est vrai qu’on dit du mal de nous, mais on dit aussi du bien. L’essentiel, est qu’on dise, qu’on parle de nous, ça aide à nous faire connaître ! ». Si nous continuons dans la voie de la dénonciation permanente, des citations à longueur de publications, nous ne faisons rien d’autre que d’augmenter le nombre de « clients » de ces propagateurs de l’antisémitisme. Pour l’instant, cette clientèle, bien que déjà trop importante, ne l’est pas vraiment dans l’ensemble de la population française.

Je pense qu’il serait plus efficace de s’adresser maintenant à cette majorité de Français qui justement, ne sont pas encore gagnés à ces idées d’antisémitisme virulent. Comment ?

Mon idée est que nous devons ramener à notre mémoire, à leur mémoire, ce qui s’est passé, en France, entre 1940 et 1944. Alors que l’état, gouverné par les Pétain et Laval, était antisémite au point de promulguer des lois anti-juives et de livrer des Juifs aux autorités allemandes d’occupation, des Français de toutes confessions, voire sans croyance quelconque, sans maîtres à penser, par simple humanisme, ont aidé ce qu’on appelle « Les Justes » à sauver de cette persécution, le trois quart des Juifs e France.

À partir de ce rappel mémoriel, on peut s’adresser aux enfants, petits-enfants et même aux arrière-petits-enfants de ces Français là et leur tenir ce langage : " Vos ascendants n’ont pas hésité à risquer des graves dangers pour sauver des Juifs, que bien souvent ils ne connaissaient pas. Ceux-ci, persécutés par le gouvernement de l’époque furent accueillis dans vos familles, nourris, logés, cachés et protégés de l’arrestation et du voyage sans retour dans les camps d’extermination. Pourquoi vous, les descendants de ces gens braves, courageux et déterminés, vous seriez prêts à les désavouer en suivant les idées des antisémites d’aujourd’hui ?

Nous vous appelons à venir avec nous pour dire « non », la France et l’immense majorité des Français ne sont pas antisémites. Ne restez pas passifs. Ne riez pas et n’applaudissez pas ces humoristes qui se moquent de ce que nous, les Juifs, appelons la Shoah. Car ce mot - qui pour vous n’est peut-être qu’un mot – contient et rassemble un ensemble d’horreurs, de comportements inhumains, d’actes barbares et d’une volonté programmée, qui assurèrent la mort dans la torture de plusieurs millions de personnes.

Parmi celles-ci il y avait parfois, le voisin, l’ami, le compagnon de vos grands-pères et grands-mères. Parfois, c’était le docteur qui a guéri votre père ou votre mère, quand enfant, il ou elle étaient victimes d’une maladie grave. Ce pouvait être l’instituteur, le maire de la commune, l’épicier, le garagiste, etc. La Shoah, c’est ça !

Ce n’est pas un mot parmi d’autres, banal et qu’on peut moquer. Quand on se moque de la Shoah, on se moque de toutes ces personnes qu’on retrouva en 1945, sous la forme de squelettes et de cadavres entassés dans les camps où arrivèrent les troupes alliées, et qui pourrissaient au soleil ou sous la pluie. Soldats de ces troupes qui pour enterrer ces squelettes et cadavres furent obligés d’utiliser des bulldozers pour pousser ces monticules de restants d’êtres humains dans les fosses creusées par des excavateurs. La Shoah, c’est ça aussi ! Peut-on rire de cela ?

Aujourd’hui, les Juifs de France, ont besoin de vous comme ceux de 1940 eurent besoin de vos ascendants. Et ils les trouvèrent. Est-ce possible encore aujourd’hui ?"